Une Palme d'or prétentieuse et aussi méprisante que méprisable.

Avis sur The Square

Avatar Rémy Fiers
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Comment ce film a-t-il pu recevoir la plus prestigieuse récompense du Festival de Cannes cette année au nez et à la barbe du magnifique et poignant « 120 battements par minute », qui a du se contenter du Grand Prix du Jury ? Le mystère est insondable, surtout que le Président du Jury Pedro Almodovar n’a aucune sorte d’accointances avec ce type de film prétentieux. Mais souvenons-nous que le réalisateur espagnol avait cependant susurré aux journalistes sa préférence pour le film de Robin Campillo et donc que les débats avec son jury ont du être houleux. Rassurons-nous en nous disant que c’est le public qui tranchera et très certainement en faveur du second. Rüben Ostlund reprend à peu près le même procédé formel et théorique que ce qu’il avait entrepris avec « Snow Therapy » qui nous avait également laissé un souvenir glacial. Une mise en scène faite de plans fixes dénonçant l’égoïsme, la lâcheté, le manque d’altruisme de l’homme et l’incommunicabilité, ces deux dernières caractéristiques étant ici au centre de « The Square ».

Si l’on doit essayer de faire ressortir les points positifs de cet interminable film à thèse, il faudra surtout retenir la composition de l’acteur Claes Bang, très investi dans ce pensum intellectuel qui se croit plus intelligent que son spectateur. A se demander même comment il fait pour être crédible dans ce n’importe quoi permanent et auteuriste qui s’adresse davantage aux petits bourgeois facilement dérangés par quelques scènes chocs qui ont plus besoin qu’on leur remue la conscience qu’autre chose. Ajoutons également que le cinéaste suédois sait filmer et qu’il soigne ses plans et ses cadrages. A la limite, un Prix de la mise en scène eut été plus raisonnable et surtout plus adapté. Mais à quoi bon si la vacuité du contenu et l’ennui que procure l’ensemble ne servent en rien ce bel emballage ? Ostlund est loin, très loin, d’un Paolo Sorrentino dont les films éminemment beaux stigmatisent quelque chose avec finesse et surtout envoûtent par leur maestria visuelle. « The Square » est juste agaçant de prétention voire pire, soporifique. Les dialogues sur l’art débités ici font l’effet d’une berceuse !

C’est un film dont on se demande quand il va se terminer. Car en plus d’être désagréable et vaniteux, le long-métrage qui a reçu la Palme d’Or est long, très long. Près de deux heures et demie à supporter les atermoiements de ce conservateur de musée en proie à une remise en question existentielle suite au vol de son téléphone et ses papiers. Certaines scènes n’ont ni queue ni tête (la scène centrale et cruciale présente sur l’affiche) et d’autres sont complètement inutiles (celle de la relation sexuelle). Quant au milieu dans lequel se situe le film, celui de l’art contemporain, difficile de savoir si, au final, il est fustigé comme cela semble être le cas. En effet, dans sa déballe formelle, le metteur en scène réitère les mêmes choses que ce dont il se moque ou ce qu’il entend dénoncer. Quel paradoxe et quelle vaste farce ! A la manière du turc Nuri Bilge Ceylan, le suédois risque de faire partie des cinéastes cannois surestimés et qui fabriquent leur art dans une autarcie complète loin de se soucier des attentes de leur public. Un cinéma intello, vain et bourgeois sur lequel il fait bon de jaser et de s’exprimer en société bien qu’on en ait pas saisi grand-chose. Et bien ce sera sans nous !

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