"Et le vent apporta la violence...."

Avis sur The Strangers

Avatar Diego290288
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Avec des oeuvres comme Thirst, The Host ou le récent Sea Fog, le cinéma coréen a démontré sa capacité à investir des genres balisés pour les subvertir et déjouer toutes les attentes de l'audience. A ce titre, les spectateurs du monde entier sont désormais familiers des ruptures de ton brutales et de la richesse thématique caractéristiques du 7ème art pays du matin calme. Toutefois, The Strangers s'impose comme une des œuvres les plus extrêmes qui nous soient parvenus, non pas à cause de sa violence (quelques moments gores mais on est très loin d'un I Saw The Devil par exemple) mais de par son iconoclastie forcenée et son jusqu'au boutisme narratif.

Ainsi, même si on le voyait venir, ceux qui s'attendaient à un thriller rural teinté d'une pointe de fantastique, en seront pour leurs frais car Na Hong-Jin orchestre un jeu de fausses pistes éreintant dont le but est de dissimuler le propos du film.
Pour cela, le cinéaste s'approprie certaines grandes figures du polar et du fantastique ainsi que les codes qui leurs sont propres : The Strangers passe donc allègrement du film social avec en filigrane une réflexion sur la xénophobie et les conséquences dramatiques de la rumeur, à l'horreur pure tendance film d'infectés bien craspec et ghost story sur fond d'exorcisme. On saluera d'ailleurs, le traitement de cette dimension fantastique qui emprunte autant au folklore locale qu'au christianisme ou à des légendes païennes.
A l'arrivée, l'aspect changeant et mouvant de l'intrigue accouche d'une ambiance pesante et d'un suspense qui vous prend aux tripes. The Strangers est une oeuvre éminemment malsaine et dérangeante dans la mesure où elle joue perpétuellement avec nos nerfs en distillant une tension permanente, alternant les moments de terreurs pure avec les saillies comiques et occultant la nature réelle de la menace jusque dans ces ultimes secondes.
A ce titre, la maestria technique typique du cinéma coréen est ici mise au service d'une grande variété d'ambiances qui balaient le spectre de toutes nos peurs (la contagion, la possession, la perte d'un enfant...) et en refusant les gimmicks faciles comme les jumpscares.
Ce renversement perpétuel des enjeux narratifs impacte aussi la caractérisation des personnages et l'empathie que l'on peut ressentir pour eux. On pense notamment au héros maladroit incarné par le formidable Do Won Kwak et à l'ermite japonais campé par le grand Jun Kunimara qui passe rapidement du statut de suspect n°1 à celui de victime.

Il s'en faut donc de peu pour qu'on soit en présence d'un chef d'oeuvre mais c'était sans compté sur la longueur du métrage qui a pour conséquence quelques passage à vide et surtout, sur un climax final tendu au possible mais qui multiplie les twists jusqu'à frôler l'indigestion. A mon humble avis, l'impact de la fin n'aurait pas été altéré avec une demi-heure en moins même si on comprends que Na Hong-Jin ait voulu pousser son cluedo mystique jusqu'au bout.
The Strangers souffre donc un peu du syndrome du scénario de " petit malin " inhérent aux œuvres possédant de multiples degrés de lecture.
Néanmoins, ces quelques écueils ne dispensent en aucun cas de vivre une expérience cinématographique unique et intense, qui vous hantera longtemps après la projection. On se dit même qu'un film de ce calibre aurait mérité mieux qu'une sortie en catimini, pendant l'été, entre deux blockbusters...

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