Un esprit n'a ni chair ni os.

Avis sur The Strangers

Avatar Flavien Par.Là
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Après deux excellents thrillers, The Chaser et The Murderer, Na Hong-jin revient avec force pour nous présenter The Strangers.

Plongé dans le village de Goksung, un policier doit faire face à une série de meurtres sanglant. Alors qu'un ermite japonais devient le principal suspect, les crimes semblent provenir d'une origine surnaturelle.

Campagne meurtrière

À son habitude, Na Hong-jin propose une histoire complexe et pleine de rebondissement. Mélange subtil des genres, typique du cinéma de la nouvelle vague coréenne, ce film glisse lentement du film policier à un film fantastique à travers des péripéties qui ne laissent pas indemnes les protagonistes. Torturant psychologiquement ses personnages avec finesse, Na Hong-jin les fait évoluer bien au-delà de la caractérisation linéaire et nous offre des personnalités complexes et obscures. Le réalisateur reste attaché aux sentiments de ses personnages, prenant plaisir à filmer leurs mœurs, alors qu'il les malmène, à son habitude, dans des situations où les protagonistes ne sont que des marionnettes.

Bien sûr les images sont sublimes grâce au travail du directeur de la photographie Kyung-pyo Hong, aillant déjà travaillé sur Snowpiercer et Mother, qui souligne le calme d'une campagne sud-coréenne au travers de ses paysages magnifiques. La caméra nous offre ainsi des plans larges magnifiques qui n'hésiteront pas à se rapprocher au plus près des personnages.

Tout le suspense est créé par le rythme des scènes, ainsi qu'à l'utilisation des éléments exposés, qui viendront s'entrecouper dans le montage, osant briser avec parcimonie une certaine linéarité. La richesse des rebondissements va ainsi permettre de faire tenir le film dans sa longueur, en étant ni trop lent, ni trop long, malgré sa durée de deux heures et demie. Le spectateur est ainsi tenu en haleine jusqu'à la dernière minute, ne laissant pas indemne ses préjugés.

"Voyez mes pieds et mes mains, c'est bien moi."

The Strangers nous propose une remise en question sur la perception de notre réalité. Ainsi, l'enveloppe corporelle est-elle une preuve d'humanité ? Jouant sur les apparences et les fausses pistes, le spectateur est sans cesse bousculé vis à vis sa perception des personnages. Voilà qu'intervient le fantastique dans toute cette histoire : qu'est-ce qui est réel ? Le protagoniste devient lui même le fantôme de l';histoire, voulant à tout prix protéger ses proches, et n'arrive à comprendre, tel le spectateur, le vrai dénouement de l'histoire.

À travers un extrait de l'Évangile selon Luc (chapitre 24 verset 39), Na Hong-jin place la question de la croyance tout au long de son récit. Menant son propre débat interne entre le rationnel et l'irrationnel, la réelle cause des événements n'est jamais proposée et préférera laisser le spectateur choisir sa propre explication. Ainsi, ni des croyants, ni des sceptiques de l'histoire n'auront raison, et ils seront tous confrontés à leurs propres préjugés, détruisant le simple manichéisme des confrontations tout au long de l'histoire. D'une certaine neutralité, le réalisateur ne laisse pas pencher la balance d'un coté, et préférera prouver à tout le monde qu'ils avaient tords : il n'existe ni mal ni bien absolu, mais seulement des nuances où tout positionnement n'est que subjectif.

Conclusion

The Strangers est le film le plus abouti de Na Hong-jin, proposant ici un vrai questionnement métaphysique à travers son histoire. Évoluant dans son style, il sait reprendre les mécanismes efficaces des ses précédents films afin de nous proposer une œuvre voilée d'un sombre mystère.

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