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The Target par Schwitz

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The Target prend la suite directe du film Cold Eyes dans la récente tendance de remake du cinéma sud-coréen, en s'appuyant cette fois sur un thriller d'action français, à savoir "A Bout Portant" du réalisateur Fred Cavayé. Officiant autrefois comme réalisateur de clip vidéos, puis passé depuis par la case du film d'horreur avec le populaire Death Bell, Yoon Hong-seung, plus connu par certains sous le pseudonyme de Chang, remplace au pied levé Juhn Jai-hong derrière la caméra pour un authentique thriller coréen cette fois-ci, bien aidé dans cette tâche par l'acteur Ryoo Seung-ryong fraîchement auréolé de son nouveau statut de star du cinéma asiatique après le succès de Miracle in Cell N°7 en 2013, jouant ici le rôle d'un homme dangereux poussé dans ses derniers retranchements. Il s'agit d'un film ayant connu un certain succès critique et commercial à sa sortie, notamment en étant sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2014 dans la catégorie Séances de minuit, ainsi qu'en attirant plus de 2 millions de spectateurs dans les salles de cinéma sud-coréennes.

Analysons de suite les raisons de ce succès, en commençant par un petit tour du côté du synopsis:

Le film s'ouvre sur le personnage de Yeo-hoon, un ancien mercenaire pris pour cible par des hommes armés pour avoir été accusé du meurtre d'un chef d'entreprise renommé, blessé et pris en chasse par ses poursuivants, il parvient tant bien que mal à se faire conduire dans un hôpital, où il se voit placé sous la garde de la police en raison de ses blessures suspectes. Peu de temps après, le médecin chargé de le soigner, Tae-joon (joué par Lee Jin-wook) est attaqué et sa femme enceinte, Hee-joo (Jo Yeo-jeong), est enlevée. Informé par un mystérieux appel téléphonique qu'il doit d'une façon ou d'une autre faire sortir Yeo-hoon de l'hôpital, il se verra désormais forcé de faire équipe pendant 36 heures avec ce tueur surentraîné pour tenter de démanteler ce qui se révèle rapidement être une conspiration mortelle qui pourrait bien coûter la vie à sa femme...

The Target suit les traces d’A bout Portant de manière assez fidèle, il s’agit fondamentalement d’un thriller efficace, enchaînant les scènes de poursuite pendant 98 minutes intenses. Il y a beaucoup de positif à tirer de ce film, comme il l'a déjà démontré avec "Death Bell", Yoon Hong-seung est un réalisateur très typé cinéma de genre, sa réalisation dénote un travail solide, notamment en ce qui concerne le timing et le rythme de son film, comme vous le savez certainement, un bon film d’action nécessite une réalisation millimétrée, avec un bon équilibre entre scènes intenses et moments plus calmes, dans ce film, le cinéaste parvient à maintenir l’intrigue dans un rythme constant, en plaçant toujours une bonne dose d’action à chaque fin de séquence. Le film bénéficie d'une imagerie présentant un grain dur et argileux, avec beaucoup de violence brutale, de combats à mains nues, de fusillades, de coups de couteau et autre scènes de torture vicieuses, qui ont toutes un impact considérable grâce à une excellente chorégraphie des combats et des cascades, ainsi qu’un montage "Jason Bournesque" agressif et rapide, sans tomber toutefois dans l’overdose de cut, bien heureusement. C'est un film très "masculin" dans le sens purement bestial du terme, flirtant parfois presque avec la parodie, notamment avec une galerie de personnages ayant tous l’air de gros durs à qui on ne la fait pas, présentant des corps criblés de diverses piqûres, blessures, coups de sang ou contusions, un vrai étalage de testostérone sur pattes! Tous ces éléments se combinent sans mal pour donner au film une certaine ambiance, avec quelques détails un poil clichés, mais garantissant néanmoins son lot d'adrénaline, et il s’agit incontestablement d’un des thrillers coréens les plus intenses de ces dernières années.

Un bémol est toutefois à signaler concernant la surcharge d'action de ce film, bien que ces scènes soient formidablement mises en place, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine lassitude concernant le manque de développement des personnages, et ce n’est malheureusement pas le seul point sur lequel le film pêche. L'intrigue elle-même est montée de façon fragile et manque cruellement de surprises, la conspiration au centre du récit se déroule de façon bien trop prévisible et le script n’est finalement qu’un outil fonctionnel servant à propulser le récit de morceau en morceau, rien de plus. Pour revenir aux personnages, aucun ne semble réellement posséder une vraie profondeur, Yeo-hoon étant plutôt vide dans l’ensemble, quand à Tae-joon, il ne convainc jamais totalement en tant que simple médecin contraint de se salir les mains en plongeant dans un monde qu’il ne connaît pas. Qu’on soit bien clair, il ne s’agit en aucun cas d’un blâme à l’encontre de Ryoo Seung-ryong ou Lee Jin-wook, qui sont tous deux très bons dans leurs rôles en livrant une performance crédible, chacun dans un style différent, mais le film y aurait sans doute gagné en impliquant plus fortement son spectateur par le biais d’un développement psychologique plus poussé, le suspense n’en aurait été que plus intense, et l'attention du spectateur, plus facile à garder, de même pour l’intrigue qui aurait mérité un poil plus de réflexion, de manière à la rendre plus crédible et substantielle.

Inutile cependant de trop cracher dans la soupe, car Yoon Hong-seung semble tout de même être conscient de tous les défauts de son film, sa réalisation étant clairement plus axée sur une recherche constante de l’action, de façon à ne laisser aucun moment de répit à ses protagonistes, le film se déroule comme un train lancé à pleine vitesse, qui ne cesse d’avancer sans relâche en poussant son intrigue aussi loin qu’il le peut, The Target est clairement un film qui "fait le job" et remplit ses modestes objectifs sans fioritures. Bien que peu mémorable au final, il s’agit tout de même d’un thriller solide, nerveux et décomplexé qui fournit sans mal sa dose de divertissement et d'excitation.

Un bon point à signaler est que malgré son statut de blockbuster à grosse affiche, ce film n’hésite pas à jouer sans pudeur avec les émotions du spectateur, et c'est bien sur ce point précis que ce remake se détache de l’original. Alors qu’A bout Portant présentait une opposition composée de quelques mauvaises pommes dans le panier de la justice, The Target développe un scénario impliquant le système tout entier, y compris la loi et l'ordre, symbole absolus du pouvoir de l’état, dans ce film la pourriture a infecté les fondements mêmes de l’arbre, et pas uniquement ses fruits, la description de nos deux personnages fugitifs par l’antagoniste principal, à savoir "un défi à l'autorité gouvernementale" est en ce sens particulièrement éloquente. En effet, le pouvoir des "méchants" et leur manque de scrupules est particulièrement frappant, mais ils ne sont finalement que les serviteurs d’une strate de pouvoir située bien au-dessus d'eux. C'est un concept qui plaira très certainement aux téléspectateurs de séries américaines récentes, et une couche de commentaire social bienvenue dans un scénario quelque peu convenu dans l’ensemble.

On remarque également une évolution au niveau de l'environnement des personnages, on se déplace ainsi à travers différents types de décors, allant du lieu intime (comme des appartements privés), jusqu’à l’espace public bondé, accroissant progressivement les enjeux en termes de danger et de chaos. Ce qui en fait au final un film de genre typiquement coréen dans la façon dont il pousse son concept original jusqu’à un niveau de fureur psychotique et de violence punitive incroyable.

Un sujet étonnant et beaucoup abordé dans ce film se révèle être la fétichisation de la douleur, soulignée par des moments sortants tout droit d’un film de John Woo, notamment avec le personnage de Yeo-hoon se ventant sans cesse de ses propres blessures ou de celui de Tae-joon, qui n’hésite pas à le rafistoler sans anesthésie. Les deux fugitifs ne se gênent d’ailleurs pas pour abattre des bataillons entiers de gangsters armés tout en perdant eux-même des gallons entiers de leur propre sang, une démesure pareille dans la violence pourra faire sourire certains, mais peut également se révéler être un point intéressant pour stimuler l'adrénaline des amateurs d'action brute peu intéressés par l'intrigue elle-même.

Globalement, on ne peut tout de même s’empêcher de se dire que la tendance actuelle de remake provenant de Corée du Sud est quelque peu dommageable. En fin de compte, est-ce le signe que les cinéastes coréens commencent à être lentement mais sûrement à court d'idées comme leurs collègues de Hollywood? C’est une possibilité, cependant, The Target reste tout de même une bonne surprise et un thriller d'action solide qui ne déçoit pas dans l’ensemble. Son scénario peu profond est largement rattrapé par ses performances d’acteurs et son rythme propre. Un film qui n’est pas exempt de quelques incohérences et qui démarre de façon plutôt poussive, mais qui réussit l’exploit de parvenir à augmenter continuellement son niveau de tension et d’enjeux avec une belle confrontation à la clé. Malgré des défauts évidents, le film ne devient jamais ennuyeux et parvient tout de même sans mal à impliquer le spectateur dans sa diégèse.

En résumé, Yoon Hong-seung démontre une fois de plus qu'il possède une solide maîtrise de la formule du film de genre coréen, et même si son dernier effort de cinéaste manque quelque peu de flair pour surpasser le film de Cavayé sur de nombreux points. Il mérite d’être salué pour son audace, sa volonté de proposer une expérience différente de l’original, notamment de par son montage nerveux et sa recherche constante d’une tension toujours plus élevée, non pas à travers des petits détails, mais plutôt par une approche totalement explosive, plus simpliste, mais faisant tout de même écho à bon nombre de thrillers coréens récents, à vous de voir si il s’agit d’une qualité ou d’un défaut. Une mention spéciale est d’ailleurs à attribuer au final du film, qui instaure une atmosphère particulièrement vibrante, fournissant ce quelque chose de spécial qu’on ne retrouve que dans le cinéma du pays du matin calme.

Au final, un film qui dépasse aisément son simple statut de remake, en s’appropriant totalement son matériau de base, le cinéaste a transformé le film de Cavayé en un pur thriller coréen, dont le style se fait particulièrement ressentir dans son humeur et ses séquences d'action. Plombé par un début quelque peu médiocre, mais bien rattrapé par la suite, notamment grâce à un sens du rythme hors du commun, qui ne cesse de monter en crescendo jusqu’à atteindre des sommets au cours d’un final surprenant et captivant. Au bout du compte, avec ses scènes d'action millimétrées et son duo d’acteurs principaux tout bonnement parfaits, The Target est un film qui ne fera certainement pas date, mais peut néanmoins se targuer d’être un solide et très divertissant thriller d'action.

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