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The Theatre Bizarre par Fry3000

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J'avais en grande partie choisi ce film dans ceux à voir à L'étrange festival parce qu'il y avait Buddy Giovinazzo en invité, et qu'il avait réalisé un film distribué par Troma, et finalement vu le nombre de personnes ayant participé à ce film qui étaient présentes, je me suis dit que c'était le mieux pour rentabiliser l'achat de la place. Et il y avait aussi Tom Savini qui avait réalisé une des parties, donc ça pouvait valoir le coup, même si je n'avais pas aimé sa version de La nuit des morts-vivants.
Je ne connaissais pas les 3 autres réalisateurs annoncés par le site du festival, pour certains je savais juste vaguement quelques choses d'un de leurs films. J'ai fini par en voir au moins un de chaque réalisateur présent, et au fur et à mesure j'étais de plus en plus enthousiaste à l'idée d'aller à cette séance, ou du moins rencontrer ces artistes. Il n'y a que Family portraits de Douglas Buck que je n'ai pas aimé, mais il a écrit Terror firmer pour Troma, donc j'étais finalement plus impatient que pour les autres.
Mais c'est surtout la rencontre avec eux qui m'enchantait, plutôt que le film. Le film d'horreur à sketch, c'est toujours tentant, surtout quand plusieurs grands noms sont réunis, mais bien souvent ils sont inégaux voire simplement mauvais.

Après avoir rencontré certains des réalisateurs, j'avais encore plus envie d'y croire, à ce film, mais les premières minutes me rendirent la tâche difficile.
Les fragments qui relient chacune des histoires sont réalisés par Jeremy Kasten, qui avait dirigé le remake de "The wizard of gore" de Herschell Gordon Lewis, je ne suis pas certain que ce soit un gage de qualité, mais je n'en ai pas tenu compte pour juger. Malheureusement dès le départ nous avons des effets propres au cinéma de genre récents et dores et déjà clichés : un montage frénétique, des zooms à gogo, des bruits bizarres, tandis qu'une peintre agite son pinceau sur des toiles, comme si on avait besoin de ces effets pour faire comprendre que son esprit est torturé, en plus de son air de psycho, ses cernes énormes, et ses mouvements agités lorsqu'elle peint.
L'actrice n'est pourtant pas mauvaise, enfin elle ne parle pas, mais son expression m'a plu lorsqu'elle est intriguée par le cinéma en face de chez elle, dont les portes s'ouvrent toutes seules et se referment sur elle quand elle rentre.
Ces portes, voilà encore quelque chose qui m'a de suite fait penser que j'allais devoir supporter un film sans aucune finesse, avec uniquement des signes bien lourds. Le bruitage d'une mouche dans le cinéma, à un volume trop élevé pour être crédible mais cherchant à bien montrer que ce n'est pas bien propre par ici, et donc que c'est louche, ne m'a pas rassuré, de même pour les mouvements d'Udo Kier en homme-pantin au jeu un peu trop exagéré.

J'avais envie de rester confiant tout de même, et de ne pas trop critiquer de suite, j'ai voulu repenser à l'introduction par les producteurs de Metaluna, c'est indépendant, etc...
Le premier sketch est "Mother of toads", de Richard Stanley, le réalisateur d'Hardware, et malheureusement ce qui m'avait déplu se retrouve de façon encore plus gênante dans cette partie.
Il y a des petits détails comme le faux objectif d'appareil photo à travers lequel on voit qui suffisent à donner une trop forte impression d'amateurisme. On se retrouve après avec une histoire bancale, une sorte de monstre qui observe les personnages principaux avec une vision fluo très laide, et un cliché vraiment lassant d'une blonde conne.
Il y a Catriona MacColl, ancienne héroïne de Fulci, et ma supposition que Richard Stanley l'ait fait jouer car il est fan de ce réalisateur est confirmée par le fait que le scénario inclue le Necronomicon et autres références à Lovecraft, comme dans la fameuse trilogie de Lucio Fulci.
Malheureusement, même l'ancienne actrice de Frayeurs m'a paru mauvaise, certainement à cause des instructions étranges qui lui ont été données. Elle joue une vieille gitane à l'accent trop appuyé pour ne pas être un gros stéréotype, et qui parle en franglais ; c'était affreux.
Il n'y a pratiquement aucune originalité, à part la scène du réveil du héros qui est amusante, mais en dehors de ça c'est vide, il y a du sexe totalement gratuit, une mort où tout le fun est retiré, et des personnages auxquels on ne croit pas une seconde. La blonde, qui est juste là pour être filmée en maillot de bain à la piscine en fait, et qui confond le signe de l'infini avec un 8, en couple avec l'anglais qui reconnaît le signe des Grands Anciens de Lovecraft en voyant une boucle d'oreille... sérieusement...
Catriona MacColl a dit qu'elle n'avait pas encore vu le film, je me demande comment elle en est ressortie.

J'ai perçu Richard Stanley comme un réalisateur d'une autre époque, qui avait fait un bon film en son temps, Hardware, mais qui se retrouve perdu aujourd'hui. Il avait expérimenté les filtres rouge et bleu dans son film le plus connu, ça marchait bien, et pour moi il a voulu faire la même chose avec la vision de la créature, mais cette fois c'était laid.
J'ai eu la même impression avec la première image de "I love you", la partie de Buddy Giovinazzo. On se retrouve dans une salle de bain d'un blanc pratiquement immaculé, alors que c'était l'exact inverse dans les 80's avec "Combat shock", crasseux de partout.
Si on comprend bien que ce n'est plus du tout la même époque et qu'on ne pourra plus faire revenir l'ancienne, le réalisateur prouve en tout cas qu'il sait bien utiliser les outils modernes. Le plus simple est de souiller ce blanc de rouge sang, mais il y a également cette très belle scène au lit, où les draps remplissent l'écran et on s'y sent bien, même si le couple allongé dans la literie se déchire.
On traite ici d'une séparation, un sujet bien classique, mais rendu très intéressant par les dialogues qui le composent. Le drame m'aurait largement suffi, j'ai été captivé, et qu'il n'y ait pas de conclusion horrifique ne m'aurait pas dérangé. Je n'irais pas voir un drame sur un couple qui se sépare, je préfère un film qui promet de l'horreur, mais là, comme l'histoire de Giovinazzo était partie, ça me plaisait beaucoup.
Les acteurs sont bons, surtout celui jouant le mari, qui sait capter l'attention du spectateur et rendre compte du sérieux de la situation quand il s'énerve.
La fin dévoile un procédé un peu factice de complexification du récit par une chronologie chamboulée, et l'issue est plutôt facile, comme si pour tenir sur 20mn de pellicule il avait fallu se presser, mais l'impact était très fort.
La réalisation était aussi très bonne, rien qu'à voir ce très léger mouvement de caméra qui s'éloigne de l'homme pour, en contre-champ, se rapprocher de la femme, ou ce plan tout simple sur le plafond qui fait voir le subjectif de la femme quand ils sont au lit, et donne l'idée qu'elle a l'esprit ailleurs.
Peut être la partie que j'ai le plus apprécié.

Avec une conclusion de partie aussi coup-de-poing, les premiers applaudissements de la projection se sont fait entendre.
Il n'y en a eu aucun à la fin du troisième sketch par contre, "The accident", j'en suis totalement désolé pour Douglas Buck qui l'a réalisée et qui était dans la salle, ça doit faire mal ; pourtant ce n'était pas que sa partie était mauvaise, mais qu'elle était trop en décalage avec le reste. C'est uniquement un drame, une réflexion plutôt simple sur la vie et la mort à travers les interrogations d'une petite fille qui a assisté à un accident. On s'attendait à un rebondissement, à quelque chose d'horrible survenant tout d'un coup, mais rien. Car là n'était pas l'enjeu de cette partie, contrairement à ce qu'on pensait.
Le défunt ne revient pas en zombie, contrairement à ce que la fillette a imaginé, et le père ne devient pas un tueur fou.
Il faut dire aussi qu'à la fin de cette histoire, il y avait un plan étrange qu'on aurait pu lui attribuer, mais qui venait en fait de la transition dans le "Theatre bizarre". Du coup l'histoire était déjà finie qu'on ne le savait pas, et les applaudissements dans ce cas là aurait été retardés.
Bref, la partie de Douglas Buck n'était pas mauvaise, son seul vrai défaut était de traîner un peu trop en longueur, et par ailleurs je n'ai pas aimé la musique quoiqu'elle sonnait comme une longue plainte qui pouvait bien correspondre aux images. Si le réalisateur a ressenti le besoin de raconter une telle chose, je respecte ça, peut être qu'il voulait saisir l'occasion de ce film pour réaliser un court qu'il n'aurait su où placer autrement, mais c'est juste que dans The Theatre bizarre cette histoire n'a pas sa place.

Sûrement parce qu'il y avait déjà eu des applaudissements, mais aussi très certainement parce que c'était réalisé par la légende Tom Savini, lorsque son nom est apparu après le titre de sa partie, "Wet dream", les acclamations ont été plus fortes que jamais à cette séance.
Cette partie doit être celle qui se veut la plus humoristique de tous. Il y a quelques bonnes idées pour ce faire : la saucisse dans la poêle après le mauvais rêve du personnage principal, et l'identité de la femme mystérieuse qu'on découvre avec les photos du psy.
D'autres fois ça tombe à l'eau, comme quand Savini parle de violer sa mère en rêve, c'est beaucoup trop bizarre et inapproprié. Et j'ai du mal à savoir si la mutilation du héros, et son fou rire mal joué, avaient aussi pour but d'être drôles.
Il y a un peu de gore, mais rien de bien marquant, et ce n'est même pas le maître qui s'est chargée des effets spéciaux de sa partie.
La fin est étrange, j'ai eu une impression d'incomplétude avec cette histoire, je ne sais pas où on voulait en venir.
A noter que Debbie Rochon joue dedans, c'est une habituée des séries Z et des Troma, mais comme d'habitude je ne l'ai pas reconnue, et même en regardant ses photos sur IMDB j'ai du mal à croire que ce soit la même personne sur chacune.

Vient ensuite "Vision stains", sûrement le court le plus éprouvant parmi ceux formant The Theatre Bizarre.
Il y est question d'une femme qui tue des junkies ou des clochardes et vole le liquide dans leurs yeux ! Et on les voit se vider en même temps ! Déjà que s'en prendre aux yeux dans un film, c'est affreux, il y avait en plus de quoi mettre mal à l'aise ceux n'aimant pas les piqûres.
L'idée que le personnage récupérait ainsi les souvenirs de ses victimes me plaisait, jusqu'à ce qu'au mystère soit substitué une explication du type "j'ai trouvé une façon de récupérer les souvenirs, il suffit d'une simple intervention chirurgicale, etc..." qui brise tout le charme. Heureusement l'idée que ce soit parce que toute la vie de quelqu'un défile devant ses yeux sauve le coup.
L'héroïne ne vit que pour écrire les mémoires de ces femmes, et le fait dans des conditions similaires aux leurs : elle a des habits vieux et dégoûtants, et est entourée par la saleté.
Je voulais voir où allait mener tout ça, on ne pouvait tout de même pas simplement voir quelqu'un voler les souvenirs d'autrui. Le changement qui survient reste inexpliqué et issu de nulle part ; à en croire ce qui nous est dit il n'est pas nouveau pour l'héroïne, alors même qu'il nous est resté inconnu jusque là. Et le mot de la fin n'a aucun sens dans ce contexte, à croire qu'elle a été piquée ailleurs juste afin d'avoir une conclusion, pour faire bien. "Je vois plus clairement que jamais", mais de quoi elle parle ?
Et une petite musique rock pour finir, complètement inutile.

La dernière partie, "Sweets", est réalisée par David Gregory, qui jusque là dans sa carrière ne s'était occupé pratiquement que d'écriture et de montage de documentaires et de bonus pour d'autres films. J'avais donc quelques doutes sur la qualité de sa partie. Et j'avais tort, c'est là aussi le type de préjugés dont je devrais me débarrasser.
C'était le segment le plus délirant du film, dès le départ on comprend être dans une dimension autre avec tous ces bonbons pourris étalés dans une pièce, avec d'un côté cette femme immobile qui tient fermement sa glace qu'elle laisse fondre dans sa main, et de l'autre cet homme qui surjoue quand il supplie sa compagne de ne pas le quitter. Le moins que l'on puisse dire, c'est que David Gregory et Buddy Giovinazzo ont deux façons bien différentes et intéressantes de mettre en scène une rupture.
Le réalisateur du documentaire "Ban the sadist videos" et de "No flesh shall be spared" se crée un monde particulièrement inventif et amusant, aux couleurs aussi farfelues et flashy que celles d'une gamme de bonbons.
Bien que scénaristiquement ils n'apportent pas grand chose, les flashbacks qui entrecoupent la séparation, et qui présentent le couple passant des moments privilégiés où les scènes sensuelles habituelles sont détournées pour y inclure des friandises diverses, façonnent un univers loufoque tout à fait attachant.
Même si l'ambiance change après dans le club privé où des gens apparemment hype et hautains se délectent de mets extravagants aux couleurs aussi artificielles que celles de produits de démonstration, l'idée est la même, et toujours aussi plaisante.
Il n'y a que le dénouement qui est trop classique.
J'avais demandé à David Gregory s'il comptait continuer dans la fiction, et finalement j'espère qu'il va vraiment le faire.

La conclusion des morceaux de transition Jeremy Kasten est trop attendue, mais pas dérangeante.
Je suis content de ce The theatre bizarre finalement, ça partait mal mais en réalité le plus mauvais se trouvait juste au début.
J'aurais voulu parler un peu aux réalisateurs après avoir vu le film, il y avait Buddy Giovinazzo à proximité quand je suis remonté, mais il y avait Douglas Buck à côté, et ça n'aurait pas été aimable de dire à l'un que son sketch était mon favori. Tant pis, je les ai laissés à leur discussion.
Je me souviens qu'il y a deux ans, à chaque séance avec Uwe Boll, il était là au début pour présenter le film et à la fin pour un échange de questions et de réponses. C'est bête que cette fois-ci, avec autant d'invités pour The Theatre Bizarre, ceux-ci n'aient servir qu'à introduire le film, certains ne sachant même pas quoi dire, et que la séance d'après ait débuté seulement quelques minutes après que celle-ci se soit terminée, ne laissant donc absolument pas le temps pour qu'il y ait un débat.

Metaluna productions souhaite en faire une suite, avec des réalisateurs français si possible. Pourquoi pas, je n'ai rien contre, mais je ne suis pas tout excité non plus, ça peut toujours être mauvais, les films à sketchs c'est très hasardeux.

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