The Thing is Us...

Avis sur The Thing

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https://www.youtube.com/watch?v=NWidoMhF9Qw

Cette critique fait partie de la liste "John Carpenter: The Prince of Darkness"
https://www.senscritique.com/liste/John_Carpenter_The_Prince_of_Darkness/1608951

La Chose, c'est l'Humanité:

  • entité protéiforme masquant ses intentions, trichant sur ce que l'humain est au fond de lui (un animal instinctif),
  • créature indicible capable de mentir, d'anéantir, de se jouer des autres, de les manipuler (la course au pouvoir)
  • prônant la pensée unique: des corps, un esprit (fanatisme religieux ou idéologique).

C'est en cela que The Thing est un film crucial, car il traite d'abord du côté le plus sombre de l'Humanité, via cet organisme cellulaire venu d'un autre monde.

Au vu de la filmographie de John Carpenter, The Thing en est la somme (films sortis avant 82 et ceux ultérieurs):

  • Assault on Precinct 13 et ses psychopathes sans visage,

  • Halloween et son Myers inexpressif,

  • Escape from New York et son nihiliste Snake Plissken,

  • Prince of Darkness et ses clochards sans volonté sous la coupe de l'Anti-Dieu,

  • They Live et sa population manipulée,

  • In The Mouth of Madness et ses lecteurs envoûtés par les écrits de Sutter Cane,

  • The Village of the Damned et ses enfants à la pensée unique...

Une constante présentant tous les affres de l'Humanité, dite évoluée à l'égard des autres formes de vies Terrestre.

Magnifié par le Scope de Carpenter et l'excellente photo de Dean Cundey, l’Antarctique du film est un no man's land entièrement blanc, où la toute puissance de l'Humain sera réduite à néant par un organisme basique, mais intelligent.

La formidable composition d'Ennio Morricone, est empreinte d'un insondable pessimisme qui contamine parfaitement les images .

L'incroyable bestiaire de Rob Bottin tutoie l'indescriptible horreur des créatures chères à Lovecraft.
Comment oublier le torse-mâchoire, la tête arachnéenne ou le fameux corps au double-visage fondu ?
37 ans plus tard, personne n'a pu faire mieux que ça...Si Lovecraft avait assez vécu, nul doute qu'il aurait été profondément troublé par ces incarnations de ses pensées les plus folles...

Quant aux personnages créées par le défunt **Bill Lancaster* (fils de qui vous savez...)*, ils ne sont aucunement des héros, mais plutôt de pauvres bougres livrés à l'indicible vérité qui se révèle progressivement.
L'écriture de ces pauvres bougres livrés à eux-mêmes face à l'indicible peur est d'ailleurs juste à tous les niveaux.
De plus, le récit se concentre uniquement sur la paranoia ambiante et n'est aucunement parasité par un arc narratif annexe qui aurait cassé le côté quotidien ennuyeux et professionnel de ces 12 hommes.
Sans présence féminine, ils ne peuvent que se consacrer à leur tâche respective en tuant le temps avec les moyens du bord.
A ce titre, les 12 acteurs sont juste formidables, dans leurs compositions parfaitement crédible de quidams dépassés par la situation.

La scène d'introduction est excellente de par sa narration et sa simplicité:

-le désert blanc immaculé (la pureté) où se détache la silhouette d'un husky (un animal qui provoque l'empathie immédiate), poursuivit par un hélicoptère, dont l'un des occupants tente de le tuer (la nature humaine).

De ces images parlantes, nous ne savons pas encore que ces homme (altruistes) veulent éliminer ce chien (vecteur d'une possible extinction humaine), dont le manteau neigeux (conservateur ad-æternam de l'organisme) est en fin de compte une solution de survie.

Carpenter nous manipule déjà...
...et continuera de plus belle, jusqu'au final forcément ambigu (qui abrite La Chose?).
Cette station perdue dans la blancheur pure deviendra le réceptacle d'une paranoia allant crescendo, retournant frère contre frère jusqu'à ce que l'Humanité (dans ce microcosme) soit annihilée par le virus.

Comme toujours chez l'ami John, rien n'est jamais résolu dans ses films (quand il a le final cut) et ces non-dits enflamment toujours l'imagination de ses fervents adeptes (dont votre humble narrateur) !

Il est donc malheureux que le studio Universal ait choisi de distribuer le film en juillet 82 (période encline à se divertir et à être positif tout plein) alors qu'une sortie en fin d'année eut été bien plus judicieuse.
L'échec cinglant du film a de plus été causé par le marshmallow E.T et son héros-titre à tête de pied (coupez lui le coup et inversé l'image et ça ressemble à une jambe et son pied, mais sans orteil) animé comme un Muppets (hey, comparez le côté organique des merveilleuses créations de Bottin pour The Thing et celui tout vilain de Carlo Rambaldi sur E.T et vous comprendrez...).
Le Spielberg est un bon film mais...

Si je devais revoir un film avant la fin du monde, ce serait incontestablement celui-ci...

A noter que la station d'observation du film - soit McMurdo - tire son nom d'un site réel, toujours existant en Antarctique de nos jours (https://duckduckgo.com/?q=station+mcmurdo+antrctic&t=opera&iax=images&ia=images&iai=http%3A%2F%2Fwww.coolantarctica.com%2FBases%2FMcMurdo%2FP8100168.jpg).
En effet, nous entendons cette dénomination lorsque Windows tente (en vain) de joindre l'extérieur, via sa radio...

Le mot de la fin revient à MacReady, s'adressant et à Childs et à nous, spectateurs:
"Why don't we just... wait here for a little while... see what happens? "

Humanity part 2/End credits
https://www.youtube.com/watch?v=FXUbHLu9KEc&index=4&list=RDxM76aag_wVY

P.S: 1982 tagline: Fuck E.T !

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