Un Malick des extrêmes

Avis sur The Tree of Life

Avatar Dodeo
Critique publiée par le

Le cinéma de Terrence Malick est en constante évolution. En partant de Badlands jusqu'à Tree of life, le cinéaste est passé par plusieurs étapes. Sur ses deux premiers films Malick avait un certain détachement avec son récit, un écart avec ses personnages. Sur les deux films qui suivirent (La ligne rouge, Le nouveau monde), le réalisateur américain semblait plus impliqué dans son histoire, il se livrait plus, se permettant des envolés lyriques et des moments d'osmoses qu'il n'aurait pas tenté auparavant. L'on peut alors distinguer deux grandes périodes ou plutôt tendances chez ce cinéaste. Mais The tree of life en démarre dors et déjà une troisième.

En tout logique Malick s'implique donc de tout son possible, se livre comme jamais il ne c'est livré pour aboutir sur quelque chose de très passionné, encore plus extrême dans ses thèmes que ses oeuvres précedentes. A ce titre Tree of life se montre donc comme une évolution logique de son cinéma, logique mais non moins contestable. Ceux qui avaient déjà du mal avec Le nouveau monde vont probablement se retrouver totalement déboussolés tant le projet est à la fois très personnel et grandiloquent. A n'en pas douter une oeuvre qui doit lui tenir très à coeur, il est d'ailleurs regrettable que le film fut criblé de sifflets en fin de séance cannoise. Dès les premières minutes ont remarque l'énorme travail sur le montage, l'énorme prise de risque aussi tant le montage est serré, les plans courts mais néanmoins très instinctifs. Rare sont les plans s'étendant sur plusieurs secondes ce qui au départ est assez troublant, d'autant plus lorsqu'il tente de mettre ce montage rapide au service du silence. Un silence dérangeant et très présent lors de la première partie du film. Et comme je le disais un peu plus haut, Malick pousse son cinéma à l'extrême, ses tics de réalisation y compris et ça émerveille autant que ça laisse dubitatif. L'ont connait ses qualités de mise en scène, sa justesse technique qui fait de lui un des maîtres dans le domaine. En sachant cela il était déjà évident qu'il nous proposerait des plans sublimes, si sublimes qu'il finissent peut-être par nous paraître de trop par moment, on se lasse un peu de voir la même chose, les mêmes mouvements de caméra qu'on lui connait bien dont la contre-plongée que l'on retrouve constamment

Malick est constamment dans l'exagération, dans la caricature probablement involontaire de lui même. Sur ce point on restera donc assez dubitatif tout comme sur bien d'autres choses tel que les moments où le réalisateur américain se détache totalement de son intrigue pour y ajouter une puissance, un appui extérieur (scène du big bang entre autre). Au final ce genre de scènes comprend un intérêt bien limité si ce n'est l'enchaînement de 'belles' images à n'en plus pouvoir. La scène des dinosaures n'a d'ailleurs pas manqué de faire rire une bonne partie de la salle, (je ne serais pas aussi critique sur ce point malgré des incrustations un peu ratés), c'est peut-être parfois assez beau mais ça me laisse totalement froid.

La déception était donc assez présente lors de la première demi-heure, trop de mauvaise choses, peu de bonnes, on sent que le potentiel filmique est présent mais le film reste bridé par de trop nombreux mauvais choix. Bien heureusement tout cela s'améliore très rapidement lorsque l'on repose les pied sur terre avec la partie des années 50/60 où tout nous semble plus humain, plus immersif aussi. L'on y trouve des personnages plus vivant, plus dramatiques, prononcés, romancés, troublants aussi. La figure du père (incarné par un très bon Brad Pitt) qui tente de déverser toute sa culture, ses connaissances, à ses enfants en s'y prenant de manière violente voire irrespectueuse. C'est un personnage empli de regrets sur la vie, sur le fait de ne jamais avoir pu réaliser sa passion, sur le sentiment au final de n'être rien, de n'avoir rien réussi malgré son âge assez avancé. Tout simplement être passé à coté de la vie. On retiendra parmi les scènes les plus marquantes celle du repas. Le père s'oppose donc à la mère (Sublime Jessica Chastain !), une femme calme, en osmose avec la nature, attentionnée, sensible, peut-être même trop tant elle n'ose jamais s'opposer aux décisions du père, à la rébellion de son enfant lorsque son mari sera parti en voyage d'affaires. La mort et la fraternité se croisent de fort belle manière, l'ensemble est bouleversant tant les personnages sont des pantins qui se débattent coûte que coûte, c'est profond, humain, désespéré, dommage que le film soit parfois un peu désespérant.

Au final la dernière oeuvre de Malick laisse autant dubitatif qu'elle émerveille (Très belle séquence dans le désert avec Sean Penn), on y voit de belles choses mais qui restent néanmoins restreintes par de nombreuses lourdeurs. L'expérience est donc assez déstabilisante mais non moins intéressante. Un film décidément bien intriguant.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 324 fois
1 apprécie

Autres actions de Dodeo The Tree of Life