Cette affiche !

Roger Corman (oui, bon), Jack Nicholson, Peter Fonda, Dennis Hopper...
Nous sommes deux ans avant Easy Rider, mais les trois derniers cités vont collaborer pour la première fois.
Le sujet ? Le LSD, dont la bande-annonce témoigne qu'il s'agit d'un des sujets les plus brûlants et controversés de l'époque.

C'est Nicholson qui a écrit le scénario (de fait, on ne le voit pas devant la caméra), se servant de ses expériences personnelles: le divorce, la drogue, son rapport à l'époque et au mouvement hippie.

Corman change de registre, quitte ses habituelles réalisations horrifiques (inspirés de Poe, Lovecraft, pas toujours avec le plus grand bonheur...) pour mettre en image ce... trip.
Car là est bien l'enjeu unique du film. Un jeune réalisateur de pub mal dans sa peau et en instance de divorce tente le LSD pour voir s'il parvient à se lâcher un peu.

Au delà de la façon dont les commentaires habituels décrivent ce film, la démarche utilisée pour décrire ce trip est assez honnête, et le propos semble sincère. Ni apologie ni dénonciation, on suit les hallucinations de Paul Groves avec des aller-retours incessants entre visions et réalité. Mieux, l'aide et l'assistance de John, son "guide de descente" montre les risque de l'expérience.

Alors, au final, quoi ? Bon trip ? Ovni sixties ? Expérience cinématographique à la hauteur de ce nous promet une affiche rêvée de cinéphage maniaque?
On navigue forcément entre plaisir et déception. On aurait presque espéré encore plus barré.
Cependant, la tentative ne manque pas de qualité. On peut reprocher pas mal de choses à l'ami Corman, mais pas celle d'expérimentateur visuel. Certaines scènes sont très réussie, l'une d'entre elle même magnifique: lorsque Paul fait l'amour avec sa future ex-femme (fille du créateur de l'actor studio pour la petite histoire), les projections stroboscopiques sur les deux corps nus est si bien faite que le résultat est un festin pour les yeux.
De superbes trouvailles ça et là émaillent l'ensemble, comme aussi l'apparition des femmes qui obsèdent notre héros à travers la vitre d'un sèche-linge.

Les ambiances changent rapidement entre deux visions de Paul (et ses allez-retours avec la réalité), et on passe d'une séquence à l'autre sans que cela ne soit aussi déstructuré qu'il pourrait paraître.
La paranoïa la peur, la mort, l'amour forcément, se bousculent de manière récurrente dans l'esprit d'un Fonda qui ne parviendra jamais à se détendre vraiment (donc, comme pour l'herbe, pas besoin de continuer les expériences ?).
La courte durée du film, enfin (1h15) permet de ne pas redouter une expérience longue et douloureuse: on a même pas le temps de s'ennuyer.

Quelle réserve émettre en fin de compte ? Que reprocher à ce film très digne d'une facette de cette époque ?
Bof, deux ou trois détails sans doute: une musique peut-être un peu trop convenue (proposée par American Music Band, groupe connu autrement plus inspiré sous le nom d'Electric Flag) et un manque flagrant de demoiselles nues (au delà de quelques flashs, plus frustrants qu'autre chose).

Au bout du compte, les obsessions de Paul Groves sont un poil chastes et convenues, peut-être le film aurait-il dû suivre la première expérience psychédélique de quelqu'un d'autre qu'un pubart.

Nicholson s'essaiera encore deux fois à l'écriture après ce trip ("The Head" et "Drive, he said") sans que l'on puisse considérer qu'il se soit agit d'oeuvres impérissables pour l'histoire du glorieux septième art.

En tout cas, ce trip est, a bien des égards, fort sympathique et agréable.
Tout ça grâce à une petite pilule.
(Non non Blanche, cette fois Néo)

PS: pas arrivé à trouver un titre potable dans le genre (ma-trip reloaded ou (ma)Trip révolutions)...
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