Le chat, cet enfoiré

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Je hais les chats. Et malheureusement, ma mère ne partage pas ce sentiment. C'est donc, depuis maintenant 7 années, que je me coltine un félin gras du bide incarnant l'archétype du chat, le vrai, pas celui tout mignon de par sa connerie qui inonde YouTube. Mon chat (ce cliché sur patte qui ne mérite même pas que je l'appelle par son nom) n'en est pas pour autant plus intelligent, il lui manque pas mal de cases et fréquentes sont les fois où il fait preuve d'une stupidité sans borne. Mais, si certains de ses pétages de boulons ont le mérite de faire rire et de détendre l'atmosphère, le reste de ses actions donnerait plus envie de le défenestrer de mon 13ème étage que de lui faire un gros câlin (http://i1.wp.com/bitcast-a-sm.bitgravity.com/slashfilm/wp/wp-content/images/tumblr_n2ckiaweyt1rp1voro2_250.gif). Rien que parce qu'il risquerait de vous dégueuler dessus sans vergogne (son plus gros exploit en la matière restera le jour où il a flingué un décodeur TNT en dégobillant dessus...) après avoir voler un morceau de pizza, viande, poisson ou racler avec sa langue rappeuse un fond de yaourt. Mais le chat a conscience de son petit appétit, c'est pourquoi, par pure gratuité, il se doit de croquer dans tout les côtés possible du butin pour empêcher ses congénères humains de pouvoir le manger (car, personnellement, ça me bouche le trou du cul de becter après son passage... Je sais, je suis grave). Cependant, le chat n'a pas besoin de voler pour s'engraisser la panse et le recracher aussi sec, car ce que le chat demande, le chat l'obtient. Il ne reculera devant rien pour avoir ce qu'il désire, point de remords à nous casser les couilles à coup de miaulements irritants ("ma bouffe connard !") mais jamais ne sera t-il reconnaissant de quoi que ça envers vous.

Tout ce long paragraphe sur cette espèce de bel enfoiré qui crèche chez nous pour simplement vous dire, lecteur, que Marjane Satrapi a parfaitement compris l'essence d'un chat, de son caractère individualiste et hautain. Bon nombre de critiques ont reproché à The Voices son scénario d'une extrême simplicité, sa linéarité et un certain effet de répétition, mais il pourrait presque se le permettre tant le concept sur lequel le long-métrage repose est délicieux. En-effet, si le chien est très politiquement correct, représentant l'ange, et donc moins intéressant, c'est le chat, Mr Moustache, qui attire l'attention du spectateur. Doté d'un très amusant accent écossais (avouez que pour un matou roux, l'idée est géniale), ce félin représente tout ce qu'un chat a de détestable. Ici, en plus d'avoir un regard condescendant, l'apport de la parole rajoute du cynisme à cette allégorie de l'esprit maléfique de Ryan Reynolds.

L'on pouvait avoir peur que le mélange des genres (thriller / comédie / drame / horreur) ne soit comme chien et chat, dissociable voire aux rapports conflictuels, essayant de prendre le pas sur l'autre. Mais aussi étrangement que Bosco et Mr Moustache ne se foutent pas une seule fois sur la tronche pendant 1h45, tout ces genres cohabitent merveilleusement bien. Marjane Satrapi parvient, non sans difficultés (changement parfois abrupte), à sauter d'un extrême à l'autre en un très court laps de temps, si l'on esquissera un sourire voire un rire face à une situation déconcertante ou macabrement (ça existe ça comme adverbe ?) amusante, dès la seconde suivant, le disque s'interchangera avec un, tout autre, plus dramatique et sensible.

Pourtant est-ce réellement une surprise que de voir la réalisatrice française d'origine iranienne maîtriser aussi bien ces différents tons ? Après tout, même Persepolis ne s'enclavait pas dans un seul registre mais touchait un peu à tout sans jamais se brûler les doigts. Sa réalisation enchaîne donc les références et codes propres aux genres mis en scène, sublimé par une photographie intelligemment changeante selon le point de vue adopté, tantôt témoignant de la réalité morbide, tantôt celle de Jerry. La deuxième prédomine au sein du film par ses couleurs chaudes voire pétantes, contrastant avec le cadre spatio-temporel, une ville aux apparences de trou du cul du monde, dont le seul intérêt reste la présence de Gemma Arterton dedans.

Une ville malade engendrant des habitants qui le sont tout autant, ravagé par la solitude et la vie quotidienne dans une usine aux façades roses bonbons masquant à peine la détresse et l'ennui qu'une telle existence provoque. Certains arrivent à l'intérioriser, vivre avec, mais d'autres n'y parviennent pas, sont trop sensibles pour ne pas le montrer, trop fragile pour ne pas craquer. Jerry fait parti de ceux-là. Il représente cette petite caisse, disposée à l'envers de toutes les autres, au milieu d'une pyramide de plein de caisses, un émotif attachant à l'esprit un peu à l'envers.

Avec ce personnage, Ryan Reynolds trouve sûrement l'objet de sa rédemption, le moyen de se racheter après quelques affronts bien connus du grand public. En plus de doubler 3 différents animaux aux voix très particulières, l'acteur américain incarne brillamment ce personnage ambigu et original. Les malades mentaux n'ont que rarement un traitement intéressant dans le cinéma, trop cantonnés au cliché du bad guy psychopathe (ou du débile profond). Marjane Satrapi et le scénariste Michael R. Perry prennent à contre-pied ce poncif en immergeant dans un premier temps le spectateur dans le monde idéalisé de Jerry pour ensuite le surprendre en filmant la dureté de ce monde. On se rend alors compte de la laideur de cet environnement pas toujours jojo, même sous le point de vue du meurtrier et c'est, non sans être mal à l'aise, que l'on conçoit et comprend ce détachement de la réalité. Comme Jerry, le spectateur se laisse aller un peu plus profondément dans la folie, celle qui nous fait du bien et nous donne goût à la vie.

Une identification s'opère alors progressivement avec ce meurtrier, attachant, comme le film, hybride et généreux, doté d'un casting aussi pétillant (Gemma Arterton ! Quel corps ! Quelle voix !) que la composition de l'image, colorée et joviale mais cachant une histoire bien plus sordide, non sans rappeler l'excellent The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson.

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