John SAIGNAAAA

Avis sur The Wall

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Aucune musique. Le film démarre et vous n'avez aucune musique. Du début à la fin, vous n'entendrez jamais de musique extra-diégétique excepté lors du générique de fin. Le seul son constant que vous entendrez en fond, c'est le bruit du vent qui souligne le vide de cette zone. Vous avez juste deux soldats américains en Irak qui attendent que quelque chose se produise. On leur a dit qu'un sniper venait de faire des ravages alors que la guerre est finie, donc ils sont venus et ils scrutent le paysage en se demandant s'il est toujours là. Joués par John Cena et Aaron Taylor-Johnson, ils stationnent depuis tellement longtemps qu'ils n'y croient plus trop, ils blaguent entre eux et forment immédiatement un sympathique duo gentiment beauf. Les voir hésiter entre continuer d'attendre un signe de vie et se risquer à découvert fonctionne bien dans ce silence de zone abandonnée. Ce suspense est bien dosé alors qu'on sait ce qu'on est venu voir : un film sur un soldat piégé derrière un muret par un sniper pendant que son pote gît blessé au loin.

L'absence de musique rend l'approche bien moins spectaculaire que ce que proposent habituellement les films de guerre ou même les thrillers, cela ne rend la situation que plus inconfortable pour ce soldat. Il faudra malgré tout se farcir pas mal de ahanements et de "Fuck fuck shit fuckfuckfuckfuck shit SHIIIIIIIT" de la part de Aaron Taylor-Johnson, on en regretterait les grognements du revenant Di Caprio. Mais le film sait imposer la lenteur des actions du héros qui doit réfléchir à la situation, se calmer, se reposer et prendre le maximum de précautions pour ne pas se retrouver dans la ligne de mire du sniper. Cette lenteur, alliée à la sécheresse de la mise en scène, sert le film en accentuant la douleur et la fatigue du personnage. Son parcours sera agrémenté de micro-péripéties qui ne font pas toujours avancer le scénario, mais qui se justifient (par exemple, prendre le temps de soigner sa blessure). On ne nous fait pas le coup de l'événement inattendu à affronter avant de revenir au statu quo comme si rien ne s'était passé, genre une bestiole qui attaquerait le soldat pour un boost de suspense, mais il y aura tout de même de nombreux passages qui pourront paraître vains. Mais c'est pour une bonne raison, à savoir appuyer l'impuissance du soldat Isaac.

Plutôt que de faire du sniper ennemi un mal mutique, ce dernier s'adresse directement à Aaron Taylor-Johnson par radio tout en restant parfaitement invisible. Cela aurait pu en faire un adversaire moins impressionnant, mais au contraire c'est ce qui fait l'intérêt de leur confrontation. Ce sniper n'est pas un idiot ou un inculte comme trop d'américains se représentent les irakiens, il a l'intelligence et le sens de la répartie de Bane. Il sait remettre le soldat à sa place et lui rappeler que le terroriste est toujours l'adversaire, il est d'un calme effrayant. Il représente un force supérieure qui dépasse complètement Isaac, au point qu'on se demande s'il n'essaierait pas sciemment de le forcer à un éveil mental par une éducation cruelle. Isaac n'a presque aucune marge de manœuvre et le silence environnant lui rappelle constamment qu'il ne pourra pas avancer en restant confiné derrière son muret à attendre Godot. Muret dont il s'affranchit progressivement, prenant de plus en plus confiance en l'étendue de la protection apportée. Tandis que le jour cède très lentement la place au crépuscule, on assiste ainsi à la progression mentale de Isaac qui accepte petit à petit la méthode à employer pour échapper à son sort.

The Wall constitue ainsi un thriller sec qui ne s'embarrasse pas de superflu. Des plans assez longs et stables, un nombre très limité de personnages, un sound-design discret, une intro qui balance tout ce qu'il y a à savoir en quelques minutes sans s'étaler ni se presser, des plans larges bien dosés pour rappeler l'étendue de vide infranchissable qui entoure Isaac et sa petitesse dans ce désert. Le film de Doug Liman n'est pas parfait pour autant. J'aurai aimé que Aaron Taylor-Johnson en fasse moins dans les fuckfuckfuck et l'énervement à l'encontre du sniper, mais cela se calme à mesure que le personnage se résigne et se repose, donc cela contribue à son évolution. Ce personnage nous fait d'ailleurs le coup de l'exploration du passé d'une manière peu subtile. J'ai aussi un regret concernant la toute fin que je trouve moins intéressante que ce que je m'étais fait dans ma tête, surtout lorsque intervient la musique de fin que j'ai trouvé hors de propos. Mais The Wall s'en sort franchement bien, en 1h30 il esquive pas mal de problèmes qu'il aurait pu avoir s'il avait tenté une approche plus grand public et il impose tranquillement son rythme. Il ne bouleverse pas le paysage cinématographique mais il en fait pas mal avec peu.

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