Confessions Intimes

Avis sur The Witch

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J’aimerais débuter cette critique par une révélation honteuse : j’aime regarder des films d’horreur. Par crainte du jugement d’autrui, je m’adonne à mon péché en cachette, à la hâte. Un moment de solitude et je file sur internet télécharger le premier film d’horreur venu, non sans prendre quelques précautions. Un petit coup de CCleaner pour effacer les traces du méfait, un dossier « impôts locaux 2012 » pour y cacher mes obscènes trouvailles. Malgré ces précautions, le risque zéro n’existe pas. Un soir que ma petite amie dormait à poings fermés, une irrésistible envie vint me titiller les entrailles. Je filai en trombe vers le salon afin d’assouvir ma pulsion déviante quand elle fit irruption dans la pièce.

  • Tu ne dors plus ? Tu fais quoi ?
  • Euh… je téléchargeais le… le dernier épisode des Marseillais à Dunkerque.
  • Hein ? Mais attends, c’est un film là, pourquoi la caméra bouge autant ? Ne… ne me dis pas que t’es en train de regarder un found footage ? Comment tu peux me faire ça, à moi ?

Elle me gratifia d’une superbe taloche, la même qui fut jadis adressée à Gilles Verdez lorsque celui-ci s’invita dans une loge qui n’était pas la sienne. Un châtiment amplement mérité. Oui, je l’admets volontiers, les films d’horreur sont de nos jours majoritairement composés de navets grotesques et insipides. Je crois pourtant que sur cet infâme tas de boue, au cœur de ce répugnant marasme, il est possible de voir un jour éclore une fleur délicate, symbole de l’espoir et du renouveau. Une œuvre susceptible de redonner ses lettres de noblesse à ce genre tant décrié. Heureuse nouvelle : The Witch est de cette caste.

La réussite du projet repose sur trois éléments clés. Le premier est l’intelligence de son scénario. Le point de départ est simple : une famille intégriste vit recluse en bordure de forêt sous la houlette d’un patriarche toujours prompt à sermonner ses ouailles. Le traitement du fanatisme religieux est tel qu’il ferait passer les personnages d’Ordet pour de doux modérés. Mais lorsque le mal frappe, le discours moralisateur perd de sa superbe et l’on assiste à l’effondrement de la cohésion familiale. La méfiance s’installe, de fait, la menace n’est plus seulement extérieure mais se développe au sein même du cercle familial permettant d’évacuer le traitement manichéiste du bien contre le mal. Eternel poncif du cinéma d’horreur à tendance mystique.

Le second point fort concerne le traitement de l’élément perturbateur. Si Robert Eggers lève rapidement le voile sur la nature de la menace (au vu du titre, on s’en doutait légèrement) les apparitions maléfiques ont le mérite d’être fascinantes et suffisamment rares pour renforcer le climat anxiogène autour de notre petite famille esseulée. Si la rareté est appréciable, l’on peut aussi souligner la capacité du réalisateur à entretenir la tension grâce à un rythme lent et envoûtant. Une séquence anodine sur la forêt plongée dans la pénombre inspire insidieusement la crainte, le tour de force est réussi. L’habituelle surenchère nous sera épargnée jusqu’à la toute fin du métrage. Une fin jugée un peu trop « haute » en couleur pour certains, elle m’a néanmoins rappelée Pasolini dans sa démesure mystique.

Reste le soin apporté à la mise en scène et la photographie. Le rendu est superbe, l’immersion totale. Les acteurs, eux, sont bluffants. Le père charismatique, empêtré dans ses mensonges et ses doutes, l’excellente Kate Dickie en mère apeurée (Lisa Arryn dans GOT, toujours aussi prompte à offrir le sein à sa progéniture) et les enfants sont parfaitement crédibles. Quant à la bande son, on approche le sans faute. Murmures et chuchotements diaboliques, chants éthérés hallucinés, violon hystérique. L’ambiance sonore est saisissante et décuple la puissance de l’œuvre. Veuillez pardonner l’exaltation qui m’habite, il convient de me comprendre : dénicher un film d’horreur dont le plaisir n’est pas coupable mais légitimé par le travail et le talent d’un réalisateur et son équipe, cela mérite son lot d’éloges. The Witch ne finira pas dans mon dossier « impôts locaux 2012 » mais sur la plus haute étagère de mon salon.

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