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The World of Kanako par batche

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"The world of Kanako" de Tetsuya Nakashima.

L'histoire de Kanako, lycéenne insolente, racontée au fil de ses découvertes par son père violent et alcoolique.

Un film brillant dans sa forme mais nihiliste.

Le film est d'une virtuosité parfois étourdissante (et ce dès les premières secondes dans une introduction de très haute qualité), tant les tournures prises par le réalisateur ou la personne au montage sont parfois surprenantes, à même de nous faire perdre le fil de ce film totalement dingo.

L'image, léchée comme une publicité aux accents pop et sanguinolents (les affiches retranscrivent très bien le délire visuel du film), est parfois ponctuée de quelques séquences animées, de motion design si propre au japon dans nos esprits d'occidentaux. C'est très beau mais très lisse, comme de nombreuses autres productions nippones qui empruntent à la publicité (entre autres) un univers pictural fantasmé, mieux à même de nous renvoyer cette fantasmagorie d'un japon propre, stylisé à l'outrance, comme une couche de ripolin sur toute une strate d'ordure qu'on peine à cacher tant la coupe en semble pleine.

Le film ne déroge pas à cette règle de l'image propre opposée à des esprits pervers et dégueulasses. Cependant, même si la plupart du temps est conservé ce "flat design" un peu gerbant, il arrive parfois (souvent) que le papier peint se décolle pour laisser voir cette fameuse strate d'ordure évoquée plus haut. Comme si la cocotte arrivait à saturation de fureur vaporeuse (et pour cause), le film est d'une violence totalement hallucinante, dans une explosion de sang, de ferveur meurtrière et haineuse qui pose de très nombreuses questions quant à l'intérêt d'un film comme celui-ci si on écarte la forme.

Car ici, pas la peine de vraiment voir une fiction sociale hallucinée comme un Suicide club ou un noriko's dinner table de Sono Sion pour ne citer que lui. Il s'agit avant tout d'une mise en abyme familiale d'un démon qui se transmet comme génétiquement, avec aucune autre fin que de nous souligner ce miroir apocalyptique entre deux personnages qui n'ont selon moi pas grand sens tant ils apparaissent comme grossièrement méchants et machiavéliques, sans morale (pourquoi pas) et surtout, sans raisons apparentes, ou alors mal dégrossies, de foutre autant la merde et de tuer autant de gens et de briser autant de vies.

Cette folie non conduite par la folie, sorte de mixture indigeste entre des raisons sociales/familiales et le comportement propre à certains névrosés, est au final équivoque. D'un côté, il semblerait que les personnages soient menés là à cause de certains évènements qui, couplés à leurs névroses, les rendent ainsi, ce qui apparaît comme peu plausible pour diverses raisons. D'un autre côté, on se dit qu'ils sont tellement méchants qu'il n'y a guère que le plaisir d'être méchants et de se foutre dans des situations impossibles qui ne leur donne l'envie de vivre afin de mourir et faire mourir le plus rapidement possible cette chienne de vie. C'est furieux, totalement furieux, n'eut été cette ambition socialisante qui fait tâche.

Il y a jusqu'aux personnages secondaires qui réagissent selon cette sophistique du meurtre déluré. Simplement, les personnages secondaires étant ce qu'ils sont, il apparait encore plus difficile de croire une seule seconde à des monstres sanguinaires quand ces derniers viennent de poper comme au milieu d'un jeu vidéo en tour par tour.

Le problème principal est donc d'avoir un film à volonté sociale, mais tellement mâtiné de grossièretés qu'il en devient à mon sens parfois un peu scabreux et pour ainsi dire, gratuit. Je suis peut-être passé à côté de quelque chose.

Reste le montage de très très très haut niveau, une mise en scène vraiment cool et donc un film qui se regarde malgré tout avec plaisir un peu coupable donc.

Mais la question que je me pose est à quoi sert-il de faire un film aussi nihiliste ? Un film qui, au final, ne dit rien d'autre que sa propre destruction. Regardé, pas oublié, mais un peu hagard d'un tel vide de sens.

outbuster
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