Little Monet

Avis sur Thomas Crown

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Les grattes-ciel, les taxis jaunes, le chrome du métal et des vitres qui flamboie de partout, une suite de personnages spéculant sur la canicule à venir, à peu de choses près, ça pourrait se passer dans le New-York de Die Hard 3, à quelques pâtés de maison d'un John McLane tâché de cambouis sautant sur le toit d'un métro. On y est, c'est de la même couleur, de la même température, c'est filmé pareil. C'est du McTiernan. Et clairement, ce n'est plus le même Thomas Crown.

La caméra de McT. s'adapte parfaitement bien à cette histoire, l'extrême mobilité de son objectif épousant une fois de plus tous les espaces avec voracité et se fondant à merveille dans les divers jeux de regards et disséminations de détails qui peuvent ponctuer une version moderne d'Arsène Lupin. Une peinture, une mallette, une main baladeuse, le tout souvent composé de manière admirable (et reconnaissable entre mille) dans des cadres étirés, des profils en bordure, des mouvement fluides et enveloppés, Monsieur Predator s'amuse et crée un de ces jeux du chat et de la souris dont il a décidément le secret bien gardé.

Ce Thomas Crown là a vraiment beaucoup d'argent, trop, ça ne l'intéresse plus vraiment, ce n'est qu'un moyen, il n'y a aucun panache à chaparder des billets. Un Monet ou un Manet c'est nettement plus audacieux. Plus chevaleresque. Plus intime. Qui n'a jamais rêvé de s'offrir un verre en tête à tête avec Saint-George Majeur au crépuscule ou une escapade avec Sur les berges de la Seine, je vous l'demande. Tout est dans ce ton joueur, enjoué, d'une grande élégance, malicieux, à la lisière de la sournoiserie, sur une corde de funambule vibrant sur des notes de jazz si chères à Bill Conti, une danse avec de mythiques petits rectangles de toile jusqu'à un ballet endiablé de chapeaux melons et on en oublierait presque qu'il ne s'agit que des quelques passes-temps qu'essaie de s'offrir un type gorgé de tunes qui commence à s'ennuyer dans son immeuble gigantesque.

Pierce Brosnan est un Thomas Crown parfait, délicat, raffiné, taquin, sorte d'excroissance capricieuse de sa version de James Bond. Et ça m'coûte de l'dire, parce-que l'autre Thomas Crown, j'me dois de l'préciser, avait les traits de celui que je considère comme le plus grand acteur du monde, qu'on soit bien clairs là dessus. Mais dans ce rôle là, et peut-être parce que je n'ai pas un très grand attachement pour le film original, je trouve Brosnan parfaitement à la hauteur. Rene Russo nous fait elle découvrir la femme McTiernanienne avec plus d'ampleur, séductrice jusque dans les griffes, écrasant tout sur son passage et s'imposant avec talent comme un personnage fort et détonnant. A côté d'elle, les flics, tous très attachants, s'affirment comme ce que seraient les flics de Die Hard sans John McClane, souvent perdus, démunis et devancés de plusieurs coudés.

Voilà, juste pour dire qu'avec le temps, j'ai fini par avoir plus d'attachement pour celui-là que pour l'original. Que ça m'a coûté de me l'avouer parce que j'aime bien Faye Dunaway et que j'adore Steve McQueen par dessus tout. Que j'aime décidément bien Pierce Brosnan. Que tout ça doit être dû à la thématique, la peinture et l'impressionnisme que je trouve mine de rien abordée ici avec une grande classe. Que vraiment, McTiernan fait des merveilles avec sa caméra glissante et sinuante. Que je trouve que sa moyenne ici n'est pas représentative de la vraie qualité du film. Que mince, prenez le comme autre chose qu'un remake, c'est faisable. Que j'ajoute un point parce-qu'il faut bien que quelqu'un le défende ce film.

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