Tiens, et si on profanait l'enfance ?

Avis sur Tideland

Avatar Eowyn Cwper
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Gilliam a vraiment été pris d'une folie burtonienne dans les années 2000. Son Tideland en est sa création la plus représentative, pas toujours pour de bonnes raisons. Étudiant tous les degrés du pathétique, faisant soupçonner la dérive sectaire chez des parents junkies irresponsables mais attachants, il met très vite l'œuvre entière dans les mains de Jeliza-Rose, préado bizarrement innocente dans son environnement de colère, de misère sociale et de drogues.

Grande lectrice d'Alice au pays des merveilles, Jeliza-Rose n'y est jamais entrée car elle n'en est, en fait, jamais sortie. Jouant telle une petite avec des idées de grande, les têtes de ses poupées sont tout autant détachées de leur corps qu'elle l'est de la réalité. Son insouciance absurde et dérangeante nous fait craindre pour sa toute proche adolescence.

Gilliam a eu du génie en faisant surjouer sa jeune actrice, Jodelle Ferland. Lucide dans la conception de son personnage gênant et malsain, elle semble à tout moment mieux savoir que nous à quoi sert le film, et maîtriser parfaitement les triggers qui vont faire glisser notre affect du protagoniste à l'interprète. Car on a peur de ce que l'artiste doit être pour jouer ainsi. Gilliam a-t-il vraiment monté une secte ? N'y a-t-il pas eu des rumeurs d'actes pédophiles ou de détournement de mineurs sur le tournage ?

Tout cela parce que la peur que nous fait ressentir Tideland n'est pas interne à l'œuvre : elle se situe en-dehors d'elle. Si c'est indéniablement une qualité, ce n'est pourtant pas le signe d'une ambiance réussie. Le réalisateur a tendance à mettre tous ses œufs dans le même panier, peut-être par contrecoup de son Les Frères Grimm à peine fini où il se dispersait énormément.

Tideland manque d'engagement. Il sait déranger, jusqu'à transformer l'innocente imagination d'une enfant en délires schizophrènes, et il est bourré de points forts. Le déni de la mort, l'obsession pour les recoins de la maison, les personnages ambivalents, un monde ouvert qui semble être le fond d'un abysse où naîtraient les rêves, tant de ces choses fonctionnent. Mais rien ne les revêt ni ne les pare, et l'on n'en sort pas ébahi. On aura surtout vu une jeune actrice surjouer, entourée d'un monde délirant qui ne se sublime pas. Ce n'est pas du gâchis, mais presque.

Quantième Art

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