Avis sur

Time and Tide par Rubedo

Avatar Rubedo
Critique publiée par le

Ca me trottait dans la tête de revoir Time and Tide, ne serai-ce que neuf mois après mon premier visionnage. Grosse claque en fin d'année dernière, je l'ai un brin dévalué depuis, l'impact étant moins fort mais la virtuosité n'en reste pas moins stupéfiante. C'est le genre de film obsédant, pour des plans : le fameux qui passe par la fenêtre en rappel, des séquences : toutes celles d'action en définitive, des raccords : la surimpression sur le briquet uniquement quand celui-ci s'allume.

Revoir Time and Tide après ce petit laps de temps, c'est déjà le redécouvrir, d'un point de vue narratif, pour se rendre compte une seconde fois que c'est incompréhensible et qu'on s'en fout. Que ça met un certain temps à démarrer tellement tout arrive comme un cheveux sur la soupe et qu'il lui faut un certain temps pour que les intrigues s'imbriquent et le bordel se décante. Surpris d'ailleurs de constater que finalement la première moitié du film est quand même en deçà de la seconde. Mais c'est redécouvrir un mixage son incroyable, un générique dont le kitsch appelle à l'adoration, un montage toujours aussi hallucinant, une frénésie jubilatoire et communicative devant certaines idées mais aussi un décrochage extatique devant des choix aussi impromptus que visionnaires.

L'esthétique numérique, qui tient ici en germe les effets assez peu ragoûtants qui parcourent le cinéma de Hark aujourd'hui, est à tout le moins précoce, en vue de ce que les yes men lui doivent - vous connaissez l'adage : cent copistes pour un génie. La folie visuelle qui se dégage du film, le chaos incroyablement maîtrisé, ainsi que la contingence de toutes les formes, parachèvent les obsessions pour la vitesse et le mouvement qui parcourent le cinéma de l'auteur depuis probablement Histoires de Cannibales voir son premier film, et bien que The Blade soit aussi viscéral que déterminant dans sa carrière c'est sans compter sur les possibilité que lui offre ici le numérique.

Hark y développe presque une esthétique du bug dans une logique d'une contingence des images à l'ère du numérique, l'une venant chasser l'autre, avec des contre-rythmes et des arrêts sur images couplés à une continuité sonore, allant jusqu'au découpage saccadé en diaporama. Que ce soit l'arrêt total du temps et le voyage d'une caméra totalement indépendante de l'action sans aucune limitation physique, ou les angles totalement fous avec des ralentis sur-stylisés sur des objets volants. L'utilisation du numérique ne connaitra jamais dans son cinéma de meilleure utilisation, ni de plus pertinente.

Mais la réalisation n'est pas en reste puisque Hark choisit à bien des moments de ne pas filmer l'action. A ce titre il devient totalement inspirant avec des mouvements de caméra qui démarrent ou terminent sur un mur pour finalement ne filmer le combat qu'à la volée, au passage, comme si de rien était. Les plans les plus spectaculaires ne sont jamais amenés, ils tombent comme ça au milieu des autres sans aucune valorisation. C'est une pure maîtrise mise au service d'un pur chaos. Choisir de ne montrer que les effets de la violence en évacuant celle-ci par un hors-champ ou un arrêt sur image.

Pionnier d'une certaine esthétique de l'action ainsi que folie visuelle et auditive, Time and Tide (mais il est n'est pas le seul de sa filmo) a quelque chose de la fougue adolescente et d'une fureur incandescente, à tout le moins d'un pétillement étincelant, tout au plus d'une déferlante de flamme. Car si le feu est l'élément central de ce film ce n'est sûrement pas un hasard, Hark est probablement celui qui a Hong Kong en retranscrit le mieux l'ardeur, là où un John Woo tiendrait davantage d'une lourdeur terrestrielle brute de décoffrage et tout-venant, et Johnnie To d'une subtilité aérienne et gracile lorgnant plus vers la chorégraphie de ballet avec une certaine ingénuité romantique et bon enfant.

Un chef d’œuvre en son genre.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 120 fois
Aucun vote pour le moment

Autres actions de Rubedo Time and Tide