Double focale my love

Avis sur Titane

Avatar Smathy27
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Titane est déconcertant. Son plus gros problème est qu’il n’est pas ce qu’il semble vendre au premier abord. Je m’explique. Je pense que ma plus grosse erreur en appréhendant ce film était dû au fait que j’étais finalement très mal informé. J’avais vu une bande annonce très séduisante mais je n’avais pas vu le synopsis… le résumé qui était fourni avec. Et peut-être que ça m’aurait aidé à mieux appréhender ce qu’on allait me présenter. 
Eh oui, malheureusement le plus gros soucis que j’ai avec le film, c’est le scénario. D’habitude j’arrive à passer outre ou du moins à le reléguer au second plan si on me donne à manger dans la réa, dans la plasticité de l’œuvre. Et ça n’a pas loupé j’ai été charmé, que ce soit ce plan séquence introductif virtuose et si minutieux qu’à l’instant où on a la mise au point sur un lion on entend un moteur ronronner, mama vous m’attrapez. Ajoutez à cela une photo et une lumière virtuose, et des plans extrêmement bien composés, bien cadrés, qu’ils soient autant d’élégants tableaux que des longs plans et plans séquences, double focale, le film en a sous le capot et ça fait grandement plaisir. La couleur est d’ailleurs annoncée par le générique de taule à la musique enivrante. Donc pour faire court, on aura une très bonne soundtrack et ça va parler gros cylindré… et en fait non, l’une de ces deux informations est fausse. La bande annonce me laissait sembler un milieu urbain où le béton brûle, où les voitures tunées sont à leurs meilleures. Hors non, à part l’introduction tout cela disparaît. Et c’est déjà une première publicité mensongère. La seconde réside dans les 30 premières minutes de film : notre protagoniste tue quantité de monde, enchaîne les crimes tous plus graphiques, gores et jouissifs les uns que les autres qui plus est avec un humour et un comique de situation absolument cynique et irrévérencieux. Et c’est hilarant ! Et on en redemande. Par ailleurs, on surfe constamment et ce pendant tout le film entre du Carpenter (Christine omg oui) et Cronenberg (et particulièrement Crash) dans son rapport au body-horror… et tout ça fonctionne et le fait penser à des trucs qu’on a vu récemment comme Relic qui faisait passer ses messages à travers le symbolisme derrière le body-horror ou l’elevated horror et le sens du tableau graphique et sanglant de David Robert Mitchell dans It Follows. Bref c’était stimulant, jouissif et ça promettait avec l’apparition d’un Vincent Lindon une traque, une chasse à l’homme (a la femme plutôt… quoi que) nerveuse et endiablée. Ça c’est ce qui aurait pu se passer si le personnage de Lindon aurait été en deuil… à pardon il l’est dans le film… oui mais si il était en deuil d’une des personnes tuées par notre héroïne Alexia. Et non, raté à la place, on nous sert un truc compliqué à digéré qui va remettre en cause votre pacte d’incrédulité tant ça n’est pas crédible : le fils de Lindon est porté disparu et Alexia va se transformer pour lui ressembler afin que Lindon la récupère en pensant qu’il récupère son fils… et ça va marcher.
Oui vous ne rêver pas, d’autant plus que le jeune Adrien ne ressemble pas du tout à Alexia, c’est Lindon qui reconnaît son fils… bon. Après quoi, le propos se développe et mine de rien est intéressant bien qu’il ne soit pas crédible et très en désaccord avec ce à quoi je m’attendais (je m’attendais à un No Country For Old Men). En effet, Alexia devra se déguiser en homme tout en contrôlant et surtout en masquant sa mystérieuse grossesse, ça va clairement pas aidé, et on aura quelques très beaux passages entre un père et son fils. Quelque part ça pose pleins de questions sur la trans-identité, sur l’acceptation de l’autre, sur le deuil, sur la virilité, sur la maternité et tout cela n'englobe finalement qu’une grande chose : l’humain n’est pas à ranger dans un case et certainement pas dans un cliché, où une étiquette viendrait dicter ce qu’est réellement un homme, une femme ou n’importe qui. Bref des tonnes de questions qui forment un gloubi boulga difficile à digérer et beaucoup plus simple, sobre et petit qu’attendu. Cependant, c’est toujours réalisé d’une main de maître dans un décor de caserne de pompier et on dit pourquoi pas finalement même si on peut être déçu de ce virage quelque peu discutable. Fin y a une trop grosse différence entre la bisserie sanguinolente du début désamorcé par l’intimisme dérangé néanmoins touchant du reste. Qu’on se le dise c’est très bien, c’est très fort mais le cœur n’y étais plus… plus du tout.

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