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Après son excellent Grave, la réalisatrice Julia Ducournau avait généré une grande attente de la part des cinéphiles et cinéphages. Sa bande-annonce cryptique, cadencée à la musique She’s not There des Zombies, se trouve être l’un des meilleurs trailers de ces dernières années : il arrive à ne pas trop en dire sans pour autant cacher son propos.

On est dès les premières minutes face à un film qui n’arrête pas de changer de genre, pour le plus grand bonheur (coupable) des plus sadiques d’entre nous. On remarquera dès le début de Titane tout le talent de la révélation du film, Agathe Rousselle. Ce talent ne s’estompera d’ailleurs jamais tout au long du récit tant la jeune actrice crève l’écran du début à la fin du film. Surtout quand il faut faire passer la plupart de ses émotions sans dialogues.

Avec Titane, une sensation de malaise s’installe chez le spectateur tout au long du film. En revanche, le malaise s’avère être un efficace vecteur d’émotion puisqu’il permet de maintenir la/le spectateur/trice en haleine. Âmes sensibles s’abstenir : on a affaire à un pur film de body-horror.

Ce personnage d’Alexia a autant de l’envoûtant, du sensuel que du terrifiant. Julia Ducournau parvient à faire ce que peu de réalisateurs (et encore moins de réalisateurs dans le paysage français) osent mettre en scène. C’est-à-dire une pleine exploration du corps de la femme sous toutes ses facettes.
Parce que le film pose aussi la question du tabou que provoque la culture du corps, certes parfois difficile à comprendre mais qui n’en sera pas forcément moins cru qu’une scène d’une grande violence, banalisée par le cinéma depuis toujours.

Peut-être encore plus radical que son prédécesseur Grave, Titane s’inscrit largement dans sa lignée en poussant ses thématiques encore plus loin et d’une façon faite sciemment pour choquer. Ainsi, le premier acte n’est pas sans rappeler le tueur de Mulholland Drive avec ses témoins qui débarquent presque de façon infinie et la froideur tristement comique de Jean Dujardin dans Le Daim. (À noter que Ducournau et Dupieux sont 2 fans de Lynch assumés)

Titane déploie de façon claire son point de vue, ce ne sont pas les codes qui définissent le genre. Ainsi, une femme qui jouit (littéralement) des plaisirs des voitures (symbole de la virilité masculine) n’est pas une exception tout comme le fait que Vincent Lindon joue le père (ou mère ?) de substitution imparfait qui peut pourtant demeurer un être sensible avec des émotions moins taciturnes qu’on pourrait le croire.
Vincent Lindon livre sans aucun doute l’un de ses plus grands rôles.

Tout comme Grave, le film dépeint un monde encré dans le patriarcat, non sans nuance. La relation entre Alexia et son père, basée sur la peur, n’est que le précepteur des futurs fantasmes de son héroïne. Des fantasmes quasiment incestueux qu’on retrouvera dans la deuxième moitié du film.

Ce rapport à l’inceste se montre aussi par la relation qu’entretiennent Justine et Alexia, la protagoniste partageant le même prénom avec la sœur de Justine dans Grave. Garance Marillier livre une prestation remarquable et brille à l’image, signant avec Titane sa troisième collaboration avec Julia Ducournau.

Au-delà même de ses symboliques et thématiques, Titane est un pur bijou de cinéma. Techniquement c’est parfait, on croit à cet univers déjanté de bout en bout. La photographie de Ruben Impens qui avait déjà travaillé avec Ducournau pour Grave, sublime le tout. Ce serait criminel de ne pas saluer la réalisation irréprochable de Titane qui montre sans juger, qui montre avec justesse. Le film est aussi servi par sa bande originale mais aussi par des morceaux bien connus comme « She’s Not There » justement ou « Nessuno mi puó giudicare »

Ceci étant dit, on peut avoir l’impression que la plupart des critiques négatives qui ont émergées sur le film eussent été écrites par des personnes qui n’ont vraisemblablement jamais vu de films d’horreur (ou d’auteur) de leur existence. Tous les films ne font pas que dans l’explicite. De facto, nul besoin d’avoir un discours moralisateur sur les actes commis par Alexia, ce n’est pas le but de la démarche.

À la fois hilarant et terrifiant, Titane est un ovni qui brise le genre humain et les genres du cinéma d’une façon brillante. La nouvelle palme d’or montre que ce film n’est que le précepteur d’une nouvelle génération de films de genre et d’horreur en France.

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