Mécanophilie transexuelle

Avis sur Titane

Avatar JeanFoutre
Critique publiée par le

N'ayant pas aimé Grave et ayant été fortement étonné de la Palme d'Or décernée à ce film, je dois bien dire que la curiosité de le découvrir a remplacé mon indifférence à son égard. Et si le premier Ducournau n'était pas très bien, Titane n'est guère bien mieux...

Ce que je ne peux comprendre déjà, c'est ce besoin de mettre des scènes dérangeantes assez gratuitement. En fait pendant les 30 premières minutes du film, on va alterner entre scènes "normales" et petit moment violent, malsain. Sauf que ça ne raconte rien. Du coup on a clairement l'impression de se retrouver face à un petit caprice de la réal qui a décidé que pour que son film soit subversif et bien dérangeant, il fallait mettre ce genre de scènes ! Alors oui, ça peut marcher, mais je trouve ça personnellement insupportable de montrer du gore pour du gore, ça n'a aucun intérêt. On apprend ensuite un peu plus tard que c'est une tueuse en série, très bien ! On se dit que le film va porter sur ça et qu'il sera peut-être juste un film de genre assumé et sans prétention. Sauf que non ! Après les 30 premières minutes, on quitte ce climat de scènes violentes (le caprice s'arrête là), et là le film se lance dans un terrain tout à fait différent.

Mais avant de passer à cela, je pense qu'il est important d'expliquer une chose. En fait la protagoniste s'est fait mettre dans le crâne une plaque en titane à la suite d'un choc de voiture. Bon, c'est un postulat de base assez classique, j'ai envie de dire qu'on s'en fiche un peu, qu'on fait avec, et qu'après tout on ne peut pas demander à un film de genre d'être une merveille d'écriture. Mais cela induit ensuite une relation entre l'héroïne et les voitures. Un truc sexuel, une véritable attirance. Et cette relation n'est pour moi vraiment pas assez développée. D'accord, au début, après son opération, on la voit caresser sa voiture : très bien. Mais ensuite le film ne s'attardera pas plus sur ça, on nous montrera quelques scènes de "sexe" avec la voiture, qui ne dureront pas plus de quelques secondes, mais c'est tout. Il aurait en revanche été plus intéressant de voir la relation prendre place dans la vie de cette fille, qu'on ressente cette attirance sans forcément la comprendre et surtout qu'on sente cette confusion dans sa tête alors qu'elle se rapproche d'une voiture. Mais non, là on a juste un moment au début où elle caresse la carrosserie, et puis tout de suite un saut dans le temps où on la voit faire l'amour avec un engin. Dommage, pour le coup ça se présente plus comme un prétexte pour amener la transformation qui s'opérera véritablement à l'intérieur de l'héroïne (puisque oui, la voiture va la mettre enceinte).

Il est maintenant temps d'aborder ce qui, pour moi, est un autre gros défaut du film : ce qui suit les 30 premières minutes. On ne sait vraiment par quelle pulsion la réalisatrice décide de se lancer dans un truc radicalement différent. Va alors s'installer une relation entre la figure de la protagoniste et celle du père dévasté (Vincent Lindon). Alors à défaut de se taper entre des scènes plus banales des moments de violence gratuite, on se mange des moments de danse et de pulsions esthétiques à la Winding Refn. Et j'ai un peu encore une fois l'impression de me faire arnaquer. Comme si ces séquences n'étaient là que pour combler un vide plus profond. Mais en fait pour moi le film n'a rien à raconter. J'ai vu qu'on lui prêtait un propos sur la transidentité, d'accord, très bien. Mais qu'est-ce que Ducournau à d'intéressant à dire là dessus, à travers la transformation physique de son personnage ? Qu'on aura beau essayer de cacher, de vouloir que notre corps se métamorphose, celui-ci prendra toujours le dessus ? En bref, que même en voulant à tout prix (et pour le coup sa survie, véritablement) devenir un homme alors qu'on est une femme, notre identité première reprendra toujours le dessus ? Mais ce n'est pas très progressiste ça, madame la réalisatrice...

Bon, blague à part, si le propos sur la transidentité s'arrête à là, j'ai juste envie de dire qu'il ne raconte rien d'intéressant. Alors peut-être ai-je loupé un discours d'une pertinence rare, qui sait ? On ne sait jamais... Mais on me dit qu'il y a un autre propos, celui-ci peut-être réellement plus intéressant : c'est celui du père qui n'arrive pas à faire le deuil de son fils disparu. D'accord, on voit bien que le personnage de Lindon est blessé, qu'il est prêt à tout pour se mentir à lui-même, qu'il va tout faire, et ce même devant l'évidence, pour se convaincre qu'il a retrouvé son fils. Très bien, mais ça ne me touche pas. Pour moi le film s'est juste perdu. A défaut de vouloir raconter une histoire comme celle-ci, il aurait très bien pu rester sur sa lancée de film de genre assumé. Et peut-être que ça aurait été mieux comme ça. Parce que se lancer dans une histoire tragique comme ça, c'est penser qu'on est meilleur réalisatrice qu'on ne l'est en réalité. Et non, Ducournau n'est pas une grande dramaturge, ou tout du moins elle n'est pas douée pour raconter des histoires tragiques comme celle-ci. Dans Grave, le symbolisme des deux sœurs qui s'entre-dévoraient était lourd, quoiqu'il n'occupait pas tout un pan du film. Ici, cette relation couvre tout le reste. Et c'est bien dommage, puisqu'on se rend bien compte qu'après ce virage tragique elle n'a plus rien à raconter. On tourne en rond, jusqu'au moment de l'accouchement. Qui est un peu prétentieux. Pour le coup, face au dernier plan, on à l'impression de se retrouver dans un Malick, c'est dire !

Un autre gâchis de cette année, même si je n'en attendais pas grand chose, voire rien du tout.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1424 fois
5 apprécient · 1 n'apprécie pas

Autres actions de JeanFoutre Titane