Ce n’est pas que pour les enfants !

Avis sur Titeuf, le film

Avatar Jay77
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Sorte de version très soft de la série South Park, Titeuf, depuis sa naissance en bande dessinée, fait autant la joie des petits que des plus grands. Le succès de la série aura enclenché l’envie du long métrage par ses producteurs et Zep. Après plusieurs années de gestation, le petit gars à la mèche blonde débarquait au ciné. Qu’est ce que film va bien pouvoir amener à Titeuf et à nous ? Quel sera l’intérêt de cette œuvre ?

La vie vue par un petit garçon de dix ans

Quoi ?! Qu’entends-je ? Titeuf c’est pour les gosses ? Gaffez-vous les monopoils, Titeuf, c’est le parfait exemple du héros qui n’est pas ce qu’il semble être. Après la bande dessinée, puis la série animée, Zep, le créateur de ce loustique à la mèche blonde décidait d’adapter en 2008 une aventure inédite de son personnage fétiche dans un film. Surprise pour les fans de la bd, cadeau de noël avant l’heure pour les inconditionnels de la série animée. Mais pourquoi Titeuf, ce n’est pas que pour les enfants ?

Depuis l’avoir découvert en série télévisée, je voue une véritable adoration pour ce personnage et son univers. Avec Titeuf, on replonge en enfance d’une manière totalement différente des autres œuvres du genre. Pas de chichis, pas de niaiseries, on parle de tout sans aucun tabous, et tant pis si ça choc les plus coincés. L’enfance et sa naïveté, l’enfance et ses questionnements, l’enfance, ses jeux et ses bêtises, l’enfance et ses peurs de l’école, d’être jugé par les autres parce qu’on est différent, l’enfance et ses moments de tendresses.

Une belle leçon de vie, des gags tantôt enfantins (du prout, du rot, des crottes de chien, des boutons d’acné explosés dans le miroir), tantôt vulgaires, tantôt crados, un dialecte ressemblant à ce qu’on peut entendre dans les cours de récré, une vision naïve d’enfants prenant expressions, métaphores au pied de la lettre, Titeuf, c’est du réfléchit. Agé de dix ans, notre héros, tout comme ces copains et les enfants en général, il se pose tout un tas de questions sur la sexualité, l’amour, le monde des adultes, la mort, l’adolescence, etc .

-Tu feras ça avec Nadia?!
-Mais t'es malade?! On mélangera pas nos salives. Chacun sa bave. C'est vrai quoi! C'est personnel!

Lâchez le slip de votre gosse et mettez lui du Titeuf, c’est mieux qu’une séance chez le psy !

Titeuf le film reprend la base de ce qui fait le succès de la série animée. A la différence près, c’est son ambiance un poil plus crue. Zep voulait sans aucun doute que son film ressemble à sa bande dessinée et non pas la série animée un peu trop édulcorée ciblant au départ les plus jeunes bien que le travail sur les dialogues nous poussent à croire qu’elle peut coller à un public plus âgé. Truffé de références à la culture pop, le monde dans lequel évolue Titeuf ressemble un peu à Paris, que ce soit l’architecture, les divers quartiers ou les quelques arbres plantés de ci de là. Vous aurez droit à une jolie référence aux Galeries Lafayette.

Comme on est dans un film, les traits de crayon, les couleurs, les expressions et gestuelles des personnages ainsi que la mise en scène iront au-delà de ce qu’on pu nous offrir les trois premières saisons de la série. Pas besoin de connaitre le personnage pour se lancer dans la vision du film. Tout vous sera expliqué. De la présentation des personnages principaux et secondaires à l’enjeu de notre histoire, Zep n’oubliera pas les nouveaux venus.

L’un des éléments qui a fait que Titeuf à gagner mon cœur : Son dialecte. Dans la bande dessinée puis la série, attendez-vous à apprendre de nouvelles répliques typiquement Titeufiennes. Espèce de niouk, c’est over mega kill, pôv naze, le célèbre « c’est pô juste », lâche moi le slip, de quoi craner à la récré et même au boulot ! Oui, Titeuf prend grand plaisir à modifier mots et expressions Française. C’est vous pensiez qu’on s’arrêtera au vocabulaire employé par notre gosse à mèche blonde, vous vous trompez complètement.

Son coté courageux, persévérant, cancre de la classe, fidèle à son premier amour, irrespectueux où il pousse les adultes dans leurs retranchements, ses moments où il emploie quelques grossièretés, Titeuf aux cours de ces diverses histoires et de même celle dont on parlera ici, ce rend compte que les adultes ne savent pas toujours tout, qu’ils sont autant paumés que les enfants. Forcément, on va en jouer. L’enfant cherche à comprendre la vie et ses contradictions, il a peur, il veut être rassuré et ce même s’il doit prendre des décisions maladroites et un brin extrémistes (cf un épisode où il entendait parler du réchauffement climatique et de la fonte des glaces, et se mettait à stocker de la glace dans son congélateur).

Surtout, Titeuf, on l’aime aussi parce qu’il galère à avouer ses sentiments à Nadia, une élève de sa classe qu’il considère déjà comme l’amour de sa vie. Maladroit, notre personnage manquant beaucoup trop de tact passera son temps à se prendre des baffes. C’est trop injuste, mais nous, spectateurs, ça nous fait rire.

-Mes parents ils gueulent aussi des fois. Mon père il dit que c’est à cause de ma mère qu’a ces règles.
-Alors mon père il doit avoir ces règles aussi… Ca m’étonne pas trop, il a toujours aimé le dessin technique.

Parfois, les français peuvent nous offrir des perles en matière d’animation

Titeuf oblige, tous ces copains de classe ainsi que sa maitresse répondent à l’appel et participeront activement à cette nouvelle histoire :

• Manu, le meilleur ami de Titeuf, bon conseillé et toujours présent pour participer aux délires de son copain,
• Hugo, le plus âgé de la classe, il est balèze, il mange beaucoup et il veut jouer les grands,
• François, l’intello de la classe et pote de Titeuf, François est un grand moralisateur et chouchou de la prof,
• Hervé, rebaptisé Vomito, ce petit roux au visage fatigué vomit tout le temps et pour un rien. évitez de trop le secouer ou lui proposer un tour de tourniquet,
• Jean-Claude, un autre copain de Titeuf. Le bouc émissaire de la bande, Jean-Claude est reconnaissable entre mille grâce à son appareil dentaire et le fait qu’il postillonne quand il parle,
• Pierre-Alexandre rebaptisé Puduk parce qu’il pue,
• Marco, le némésis de Titeuf lui faisant de l’ombre par rapport à Nadia. Marco il est cool, il est plus âgé que Titeuf et ses potes parce qu’il a redoublé,
• Valérie surnommée Dumbo, parce qu’elle a des oreilles en feuille de chou (la légende dirait que ça lui permet d’allé plus vite quand elle fait des courses de kayak), meilleure amie de Nadia et véritable peste qui tire les cheveux, griffe, fait des coups tordus aux garçons envers qui elle est très hostile (surtout Titeuf),

• Nadia, la « future » de Titeuf comme ce dernier aime le dire, se voyant déjà marié avec. Considérée comme la plus belle fille de l'école, Titeuf et la moitié des garçons en sont amoureux. Très proutprout, Nadia joue de son statut et s'en amuse, ayant créé carrément un classement de ses garçons préférés. Problème pour Titeuf, à force d’enchainer les bides, il n'est que onzième sur la liste.

De brèves inspirations des films Disney et Pixar, ne croyez pas que Titeuf Le film jouera les copiteurs. L’univers, l’ambiance lui étant propre, il les garde. Comme pour l’animé, Titeuf marquera par son doublage exceptionnel, travaillé à la perfection par des acteurs et actrices au timbre de voix collant aux personnages. Titeuf, tout comme la série, retrouve son célèbre doubleur, Donald Reignoux (la voix d’Andrew Garfield dans les Spiderman, Reese dans Malcolm), ce faisant une joie de retrouve l’un de ses personnages fétiches. Parce que oui, Titeuf, on se marre grâce aux doubleurs et les intonations qu’ils emploient à travers des dialogues délirants.

Divorce, autonomie, adolescence, sexualité, chagrin d'amour, maladie psychique, séparation, relations familiales, Titeuf aborde sur un ton humoristique et parfois émouvant, tout ce qui fait la vie des gens. Difficile de lui reprocher quoique ce soit tant les thèmes sont abordés de manière réfléchie. Pour en remettre une couche, et confirmer son statut de film réfléchit, en plus de vous offrir une chanson utile et sympathique signée Johnny Hallyday, on illustre les faux préjugés qu'ont les garçons envers les filles au travers d’une chanson somptueusement hilarante et mignonne « A quoi ça sert », écrite et chantonnée par des grands de la variété française : Bénabar, Alain Souchon, Francis Cabrel, Jean-Jacques Goldman.

Le psychologue à Titeuf :

-Je vais te montrer des tâches d’encre et tu devras me dire à quoi elles te font penser. (Titeuf pensant après avoir vu le premier
dessin) C’est Nadia ! Il a réussit à faire Nadia ! Il est trop fort.
Ca devrait être un truc pour m’attendrir. Ensuite CRAC, il ouvre mon
crâne pour photoscanner mes neurones. Je vais pas me laisser avoir
comme ça moi.
- (Titeuf répondant au psy) Ca me fait penser à une tâche d’encre…

Au final, bien rythmé, hilarant, émouvant, coloré, vivant, intégrant des personnages charmants et délirants, Titeuf le film garde tout ce qui fait son succès papier et télévisé pour une nouvelle histoire ne manquant pas de faire réfléchir et rire. Ce film sonne juste de par sa narration tournant autour de l'enfant et son incapacité à tout comprendre du monde des adultes. On se régalera des répliques, des gags des moments de rêves, tout en aidant l'enfant vivant dans des situations difficiles à les aborder avec leurs parents histoire de dédramatiser tout ça. Une œuvre charmante à voir et à revoir à partir de 6 ans.

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