Changement d'époque

Avis sur Tom Horn

Avatar Kerven
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Fin du XIXième siècle, la frontière ouest de l'Amérique a fini son expansion, elle n'ira pas plus loin mais aura trainé derrière elle toute une troupe disparate de migrants, d'aventuriers, de cow-boys, d'entrepreneurs... Et alimenté les premiers livres sur la conquête de l'Ouest, et par la suite les films qui firent mon bonheur de gosse. Quelques westerns ont tenté d'évoquer cette période particulière ou les colons devenus enfin sédentaires et établis, commencèrent à regarder avec gène et animosité ces hommes libres sur leurs chevaux qui faisaient parler la poudre noire et se refusaient une vie immobile. Ils représentaient une époque maintenant révolue, allant de la guerre de Sécession aux guerres Indiennes, celle-ci venant de se clore en 1890 par le massacre de Wounded Knee. Un an avant, Oklahoma City a été fondée en une journée suite à la « Land Run ». Le Chemin de fer relie enfin la côte ouest à la côte est, assurant le ravitaillement de manière générale. Les bisons ont été remplacés par les élevages de bovins, et les barbelés ont poussés sur la prairie. San Francisco compte 300 000 habitants. Ne restaient plus que les loosers de cette conquête qui devenus bandits s'emparaient du bétail et de l'or des autres. On fit alors appel à des hommes rudes pour les éradiquer. Et une fois cela fait, les derniers survivants de l'Ouest n'avaient plus leur place qu'à deux endroits : le gibet ou la troupe de Buffalo Bill...

Tom Horn était un de ces hommes solitaires, qui fit la charnière entre l'ancien monde libertaire, et le nouveau qui appelait de ses vœux la stabilité par le capitalisme. Le film est attribué à William Wiard, mais en réalité, ce projet avait été commencé par Don Siegel, repris par Steeve McQueen lui-même, puis confié à Wiard. Ce n'est pas le premier film sur ce « héros » du Far-West, pendu en 1903 et qu'incarne un Steeve McQueen qui se sait atteint par un cancer des poumons. Tom Horn est son dernier western et son avant dernier film. La même année il jouera dans son dernier film « Le Chasseur » ; il y incarne un chasseur de prime perdu et inapte à notre monde moderne ; un peu ce que serait devenu Tom Horn s'il avait vécu un peu plus...

Ce fameux Tom Horn est à lui seul une incarnation du Far-West. A 16 ans, il quitte le Missouri et part à l'aventure. Il se fait enrôler dans la cavalerie et va vite se faire remarquer par son courage et son habilité au combat. Il aurait tué son premier homme lors d'un duel pour une prostituée. Doué pour les langues, il deviendra interprète de Geronimo. Après ces aventures, il utilise son pécule gagné dans l'armée pour installer son ranch. Mais l'installation tourne au désastre quand il se fait piller son troupeau qui représentait tout son capital. Suite à cela il fera un combat personnel de poursuivre les voleurs, et contribuera grandement à la pacification de l'Ouest, sa réputation suffisant souvent à faire taire les velléités d'héroïsme... Il travaillera pour différents groupements d'éleveurs, ainsi que pour la célèbre agence Pinkerton. Tom Horn en impose par son calme sous la pression (y compris au moment de sa pendaison), et par sa capacité à traquer sa proie sans jamais lâcher. Charismatique, il n'en est pas moins très dangereux, soupçonné également d'avoir travaillé comme tueur à gages.

Tom Horn avait aussi intégré dans sa vie une grande part d'éléments culturels indiens. Devenu maître dans l'art du tressage du cuir ; très habile à ce qui ne s'appelait pas encore des rodéos (roping) ; il finira écrivain en rédigeant ses mémoires pendant son incarcération. Les photos de Tom Horn, qui datent d'ailleurs de ce passage en prison, montre un homme au regard franc et direct.

Steeve McQueen incarne à la perfection cet homme qui a senti que l'époque basculait et que sa place ne s'y trouvait pas. Etait-il coupable du meurtre qu'on lui a attribué ? Les passions sont encore vives entre les « pour » et les « contre ». La vérité serait un peu entre les deux, une thèse prétendant que l'adolescent tué portait le manteau et le chapeau de son père, ce qui aurait induit Horn en erreur. Le film laisse planer l'incertitude. Il y avait foule pour son procès et son exécution. Les photos montrent que l'époque a effectivement changée : costumes de villes, vélos dans les rues, premières voitures... Horn est un anachronisme. C'est sûrement la raison de cette foule pour les derniers jours de cet homme dont chacun ressent qu'avec lui une page de l'Histoire se tourne.

Tom Horn n'est pas un grand western, la faute à l'absence d'un grand réalisateur ; le rôle porté par Linda Evans est anecdotique, la photo aurait pu être plus travaillée... Ce n'est pas le meilleur film avec McQueen. Mais c'est le témoignage d'un ouest en pleine mutation, et la fin d'un homme au destin exceptionnel. A voir en streaming ou à trouver dans toutes les bonnes médiathèques.

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