Le rêve et le sang.

Avis sur Total Recall

Avatar Errol 'Gardner
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En 5 ans, Verhoeven a écrit l'une des plus belles pages du cinéma sulfureux et outrancier américain, sans que cela définisse un genre à part entière. De "Robocop" à "Basic Instinct", le réalisateur hollandais s'exprimait à travers une réalisation d'un style inimitable, incontournable, provocant, fait d'humour grinçant, critiquant et anticipant la société de consommation (dans "Total Recall", on vend et on achète des rêves et de l'oxygène), la cupidité, la concupiscence, l'arrivisme et le nihilisme des hommes, tout en présentant des histoires très divertissantes.
Ce Total Recall, sorti en 1990, est un petit bijou de science-fiction, riche de part son scénario, l’auto-caricature que fait Arnold Schwarzenegger de sa propre personne, les seconds rôles, sa réalisation bien sûr ou encore l'ambiance futuriste suscitée par l'atmosphère claustrophobique de Mars.
En 2048, Douglas Quaid fait chaque nuit le même cauchemar : en compagnie d'une belle jeune femme brune, il est victime, sur Mars, d'un accident mortel. A défaut de se rendre sur cette planète pour élucider la cause de cette obsession, il opte pour la solution la plus économique de la société Recall : on lui implante dans le cerveau des souvenirs aussi précis et vivants que s'il avait vraiment passé un séjour là-bas. Il se choisit une identité d'espion mais la machine à rêve de la société Recall se dérègle. Douglas Quaid aurait-il réellement été espion par le passé? (Le titre du film aurait pu être "Douglas Quaid, celui qui ne se souvient pas de ses vies antérieures") Ce qui suscite d'autres interrogations : nous trouvons-nous alors déjà dans le rêve programmé, où est-ce la réalité (dans le film)?
Arnie est impeccable en Douglas Quaid, inénarrable en héros un peu naïf et niais (comme il sait si bien le faire rien qu'en souriant), qui subit sa condition d'homme moderne au milieu du XXIème siècle. Au delà de la critique de la consommation et du consumérisme, Verhoeven pose cette question plutôt métaphysique, encore très actuelle : pouvons-nous échapper à notre identité, à ce que l'on est réellement, et donc à nos desseins? Arnie, à travers son personnage, fait plus qu'y répondre : au début du film, on voit un lion en cage, qui tourne en rond. Il a besoin d'action, d'adrénaline. Mise en abyme parfaite : Arnie reste Arnie et composera toujours des rôles faits pour lui (et qui définissent en quelque sorte son identité d'acteur) et ne peut pas jouer les moutons conformistes casaniers bien longtemps. Comme le démontre le film, il laisse son autre "lui", son double, son "Hulk-Terminator" prendre le dessus, et recouvre alors son identité.

Le film est bien rythmé, alternant séquences d'action sanglantes et moments plus calmes qui permettent de souffler un peu. Il est, à bien des égards, le pendant de Robocop. Il va plus loin dans la réflexion de l'évolution de notre société, qu'il voit complètement noyée dans la haute technologie, moins le symbole d'un progrès que de la chute de la civilisation occidentale, et est le manifeste d'un réalisateur en état de grâce, libre de faire ce qu'il veut, et de faire mieux, plus fort, plus provocant encore. Comme un aboutissement logique du film, parcouru de cette dimension onirique qui nous transporte littéralement, Verhoeven se permet une fin ouverte, évitant le clap de fin austère brisant le rêve et le rôle du cinéma : Quaid a-t-il rêvé tout cela ou au contraire était-ce la réalité? Un pur moment de divertissement,

Nb : à ne pas louper : la femme aux trois seins, malformation due aux conditions de vie sur Mars (- et fantasme de Verhoeven?). Le rôle de Sharon Stone en femme fatale, quand on voit comment la caméra purement voyeuriste (et assumée) est braquée sur sa formidable plastique, annonce "Basic Instinct".Le "méchant" parfait, Michael Ironside, sorte de Jack Nicholson de série B période Roger Corman. La scène de tuerie, ultra-violente, dans les escalators, qui rappelle l'homicide involontaire d'un cadre de l'OCP par un robot défectueux dans Robocop.

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