Mars, et ça repart.

Avis sur Total Recall

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Il me sera difficile pour cette critique de faire preuve d'une grande pertinence et d'exhaustivité. Tout d'abord parce que je n'ai pas lu la nouvelle de Dick dont le film est tiré (lacune à combler d'extrême urgence pour un admirateur du bonhomme comme moi), ensuite parce que il s'agît d'un de ces films vus enfant et dont l'objectivité du regard qui lui est porté est forcément discutable. Et enfin, parce que j'aimerai bien (enfin, je me comprends) voir le prochain remake en date qui sortira cette année et dont la B.A m'inquiète un peu, afin de pouvoir bénéficier d'un regard d'ensemble autour de l'univers du matériau originel.

Mesdames et messieurs je réclame donc votre indulgence, et soyez les bienvenus dans les années 80 du futur.

Total Recall, c'est avant tout l'occasion de voir Verhoeven se faire une fois de plus plaisir avec un monde dystopique, bardé d'éléments SF prétextes à pas mal de délires, voire déviances. Bien que les thèmes de Dick soient fortement visibles (manipulation de la réalité, des rêves, mutations de l'être humain évoluant vers quelque chose de plus métaphysiquement puissant, flux de l'avenir etc...), on sent bien la patte du Hollandais Violent qui nous sert son cynisme et déballe son imagerie aliénante empreinte de violence physique, social et morale, sans concession, et parfois un poil condescende dans cette démarche démonstrative appuyée qui le caractérise.
Petite illustration un poil digressives mais néanmoins symptomatique: ces fameuses séquences de suffocations au début et à la fin du film, de prime abord intéressantes d'un point de vue trucage—car il faut l'avouer, c'est chiadé comme effets (chapeau Rob Bottin)—mais qui s'avèrent rapidement dérangeantes par leurs longueur, notamment concernant celle de fin, dont l'insistance dans la violence la rend inutile, pour ne pas dire dispensable.

Véritable actionner SF, cette version—disons plutôt lecture— de la nouvelle de Dick de 1990 à le mérite d'être efficace et directe. L'aspect science fiction ne tient pas entièrement du decorum grâce aux thèmes porteurs du romancier en filigrane; il véhicule assez bien une certaine fascination que peuvent inspirer les interrogations suscitées par l'identité de l'homme vis-à-vis de sa mémoire, sa place dans l'univers, son évolution d'un point de vue de l'espèce, la perception du réel, le flux temporel et son appréhension.
D'un autre côté l'aspect actionner, avec un Schwarzie alors presque au zenith au volant, punchlines et attitude un tantinet badass, aidé par quelques scènes d'effets speciaux "en dur" assez spectaculaires et quelques rixes bien menées, en font un divertissement plus qu'honnête. Ce qui est sûr c'est que le public de 1990 en a eu plus pour son argent qu'en aurait le quidam de nos jours avec certains navets dont je tairai le nom.
Les fans de têtes de cons seront ravis de retrouver Ronny Cox et Michael Ironside, plus antipathiques que jamais. Et ceux ayant toujours voulu voir Stone s'en prendre une pourront se vanter de l'avoir vu.

Personnellement, quand Verhoeven fait dans la SF moi j'adhère, encore faut il prendre le film pour ce qu'il est: pas une nouvelle de Dick, un film qui s'en inspire. Il ne le fait de façon pas trop insultante si on le compare à un Paycheck (au hasard) ou à un Next (au hasard), et le résultat est efficace. Ceux qui comme moi seront déçus du boulot de Doyle (directeur photo chez Wong Kar Wai entre autres), pourront se rabattre sur les maquillages et créatures ou masques en animatronic de Bottin pour la partie artistique. Et puis ce thème de Goldsmith!

Tu te casse sur Mars.

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