Ever heard of Rekall ?

Avis sur Total Recall

Avatar Wykydtron IV
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L'idée de départ est de Philip K. Dick, je ne sais pas à quel point l'histoire en est inspirée, mais ça donne la base un peu intello du curieux mélange qu'est Total recall, et auquel s'ajoutent trois scénaristes dont Dan O'Bannon, créateur entre autre d'Alien, Dark star et Le retour des morts-vivants, que jusque là je reliais entre eux par un thème commun de l'enfermement qui soumettait à une menace. Total recall par contre n'y correspond pas, peut être que ça vient aussi du fait qu'il ait collaboré avec d'autres scénaristes ; mais O'Bannon a aussi bossé sur un segment de Métal hurlant, et à un moment je me suis dit que Total recall était un peu une autre version filmique de "Heavy metal", en moins chaotique et plus malin.
Je vois les 4 auteurs, plus ou moins directement, de ce film comme ceux qui ont posé la base, que j'imagine un peu plus sage que ce qu'on voit à l'écran, car le résultat final je l'attribue surtout à la touche de Paul Verhoeven, ce cinglé anticonformiste. Encore récemment j'avais vu Flesh+blood de lui, auquel une scène de Total recall fait d'ailleurs un peu écho (le couple qui s'embrasse en un lieu peu commun), et on peut penser que ce qu'il a fait au moyen-âge avec son premier film américain, il le fait au futur avec ce film de science-fiction dont il est question ici, réalisé 2 ans après RoboCop.

Ce que je pense venir de la nouvelle de Philip K. Dick, à en croire son titre qui est "We can remember it for you wholesale", c'est l'idée de pouvoir emprunter les souvenirs de quelqu'un d'autre. Rien que ça est prometteur, le fait que Quaid aille sur Mars ainsi, et je m'imaginais déjà des troubles d'identité, un mélange entre le vécu et souvenir d'un autre, mais en fait le voyage mental ne fonctionne pas et le film prend une tout autre direction à laquelle je ne m'attendais pas... et tant mieux probablement, car la récupération des souvenirs d'autrui est une idée qui a été superbement développée dans le film "Strange days", très bon.
Dans Total recall, le souvenir n'a pas été implanté dans la tête de Quaid, en fait il semblerait que sa mémoire a déjà été effacée par l' "Agence", qui a voulu cacher sa vraie identité... mais est-ce que Quaid est réellement quelqu'un d'autre, ou est-ce que tout cela fait partie de ce qu'on lui a implanté, en sachant qu'en plus du séjour sur Mars il voulait rentrer dans la peau d'un agent secret ?
L'idée de départ que je trouvais géniale avec l'implantation de souvenir est délaissée, comme si elle n'était rien, et n'avait servi qu'à amener la vraie histoire... ou bien est-ce que ce que vit Quaid fait partie de ce qu'il souhaitait ? A la façon dont les choses présentées, les deux sont possibles, et on attend de voir la suite des évènements pour connaître le fin mot de l'histoire. En ayant aussi le point de vue des méchants, qui complotent contre Quaid, le spectateur peut se dire que s'il les voit de ses propres yeux, et non à travers ceux du héros, ce qui se passe est réel, mais on n'en est pas certain, il faudrait savoir quelles règles le film s'est fixé : est-ce qu'il ne montre que ce qui arrive réellement, ou est-ce que même si Quaid n'est pas présent lors de ces scènes qui ont tendance à le conforter dans l'idée qu'il est agent secret, ça nous est montré tout de même ? Peut être que, comme dans un rêve, Quaid voit ce qu'il n'est pas censé voir, sans s'en rendre compte, comme c'est souvent le cas avec les incohérences dans nos songes ; et en plus de ça il peut s'imaginer ce qui le conforte dans sa position, à savoir que les autres sont réellement des ennemis, donc il est réellement agent secret (car en effet, bien qu'on nous dise qu'il est question de la récupération de la mémoire de quelqu'un d'autre, Quaid semble avoir la possibilité de modeler son aventure selon son propre vécu ; ainsi peut-être que ce qu'on lui a expliqué à Rekall fait aussi partie de son trip, ce qui expliquerait cette liberté qu'il a).

Selon le point de vue, on peut considérer que lorsque Quaid est sur Terre et que sa femme l'attaque, c'est le mélange entre la réalité et l'imagination, tandis qu'il s'éloigne peu à peu de ce qui le raccroche au réel en allant à la découverte de l'inconnu, à savoir Mars. Mars, planète où il souhaite aller sans l'avoir jamais fait, et qu'il pourrait très bien visualiser comme il le souhaite, selon ses propres fantasmes.
Le scénario n'est pas si complexe que ça, mais je considère que le doute instauré dès le début et qui persiste pendant tout le reste du film suffit à faire que Total recall est plutôt malin, surtout qu'il y a plusieurs rebondissements ou révélations qui continuent de maintenir le doute en place au fur et à mesure. Quaid dit qu'une femme est réelle car il l'a rêvée avant son expérience. Et si il avait projeté son fantasme de la femme de ses rêves dans ce qu'il imagine vivre comme aventures ?
Le doute qu'on introduit sur l'identité de sauveur interplanétaire qui est celle, ou non, de Quaid, apporte aussi une touche semi-parodique par rapport au personnage de héros invincible typique des films d'action. Comme le fait remarquer un personnage, le fait qu'il surmonte tous les obstacles sans mourir prouve qu'il n'est pas dans la réalité, ce qui est sûrement vrai, mais le spectateur est tellement habitué à voir à l'écran des badass qui surmontent tout, comme John McClane (auquel Total recall fait référence, d'ailleurs), qu'il ne s'est pas posé la question jusque là. Dès lors le film assume son exagération dans les scènes d'action, fait poser un regard nouveau sur ce qu'on voit, ce qui permet d'avoir les avantages du film d'action crétin sans les inconvénients comme la culpabilité d'apprécier un truc pareil. Dans les avantages, j'inclue les répliques percutantes auxquels Schwarzie est habitué ; je retiens celle sur le divorce, parmi celles qui m'ont stupéfié. La figure de la pute au grand coeur aussi est détournée, "expliquée" même pourrait-on dire, puisqu'on peut attribuer sa création au fait que Quaid, quand on lui demande avant l'expérience quel type de femme il préfère, ne sait se décider entre "demure" et "sleazy".

Bien intelligent aussi, il y a ce traitement spécial accordé à la science-fiction, que je trouve clairvoyant par rapport à ce qui pourrait réellement arriver si tel ou tel élément de SF se concrétisait dans notre univers, car un peu comme l'a fait Douglas Adams dans H2G2, mais en moins trash, les scénaristes se sont amusé à abîmer l'image que la fiction nous offre des technologies futuristes. Ce qui m'a vraiment fait penser aux romans d'Adams, c'est surtout les avancées techniques qui sont montrées comme négatives, en un sens un retour en arrière, notamment avec ce chauffeur de taxi robotisé qui ne comprend rien à ce que lui dit le héros pris dans une situation typique de film d'action, puisqu'il est poursuivi. La scène est très juste par rapport à ce qui arrive aujourd'hui parfois avec les évolutions handicapantes de la technologie, et est aussi simplement hilarante.
Je dirais que Total recall est en de nombreux points pessimistiquement drôle, à voir également comment est représenté Mars. Ce nouveau territoire, une fois que la limite de l'outer-space à été franchie, est montré comme gâché tout comme la Terre, tout autant perverti, car sur le sol de la planète rouge, à cause de l'arrivée de l'homme, se retrouvent les quartiers riches qui côtoient ceux des miséreux. A peine a-t-on conquis une nouvelle planète que l'on y retrouve ce qui peut donner envie de s'échapper de la Terre.
Pour moi c'est cet aspect-ci du film que j'accorde aux scénaristes, même si je me doute que le délire plus allumé vient un peu d'eux aussi, mais j'aime à penser que c'est Paul Verhoeven véritablement qui a pété les plombs, car même si il s'en tient à ce qu'il a comme script, il amplifie voire ajoute le trash, le gore, le grand-guignolesque.

J'avais lu sur IMDB qu'il y avait des scènes qui avaient été censurées, et contrairement à RoboCop, il n'y a pas de director's cut, bien que les coupes soient visibles dans les bonus du DVD. Et pourtant, le film est étonnamment osé, en dépit de la censure. Total recall s'ouvre merveilleusement, avec une scène de rêve qui se finit bien trashement, de quoi me plaire, et la suite distribue de nombreux éléments déviants, fous, surprenants, et je me demande vraiment comment Verhoeven a pu les concrétiser dans son film.
La violence est exagérée déjà, avec des bruits de coups amplifiés, et des impacts de balle décuplés. Et puis il y a pleins d'autres délires gores et comiques, et des idées loufoques, et un sérieux qui côtoie le n'importe quoi de par des scènes qui devraient être traitées au premier degré, mais où l'image est rendue grotesque par des effets spéciaux qui donnent un air complètement débile au reste... il faut juste voir la scène où le héros se retire une puce de la cervelle, ça aurait pu être sérieux mais Verhoeven en fait quelque chose de burlesque. Il y a de ces moments complètement et volontairement crétins, ça en est savoureux, comme lorsque Quaid donne sa puce à un rat, le résultat est attendu, mais la débilité des conséquences est si poussée de façon assumée que c'en est à éclater de rire.
Total recall c'est un mélange improbable entre un auteur sérieux, un réalisateur fou, et des scénaristes certainement situés entre deux. La bande fait de la SF farfelue, tordue en tous sens. En plus du traitement ironique des technologies de demain que nous offrent tant d'autres films bien plus clean, il faut compter sur des variantes d'un élément classique de la SF que Total recall a introduit dans son univers : l'hologramme, utilisé plusieurs fois, de diverses façons qui prolongent le fun ; c'est énorme.

Certains effets spéciaux ont un peu vieilli, et on sent quand même quelques restrictions malgré la surprenante liberté dont a bénéficié le réalisateur, mais ce film est suffisamment irrespectueux pour qu'il me plaise énormément.
Paul Verhoeven a fait un film pour moi. Ce film s'appelle Total recall. Sérieusement, il y a tant d'éléments qui ne sont là que pour me plaire.
Quant à la fin du film, la façon de stopper l'histoire est tout simplement un superbe engagement immoral. J'aime.
Il n'y a vraiment que les effets spéciaux un peu datés qui m'ont moins plu.
Pour voir Schwarzenegger se faire plusieurs fois frapper dans les parties génitales, une naine avec une mitrailleuse, ce qui arrive quand quelqu'un va sur Mars sans oxygène, une femme à trois seins, ... bref un gros "mindfuck" comme le dit Quaid, loin d'être aussi sot que ça en a l'air, faites rapidement appel à Rekall.

PS : critique qui date un peu (juillet 2011), mais je voulais rendre honneur à ce film formidable avant la sortie du remake, où Colin Farrell prend la place de Schwarzenegger.
Un remake de Total recall en PG-13, ce qui veut dire une une violence minimisée, pas de sexe, pas de vulgarité... "what were they thinking" ?!

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