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Avis sur Total Recall

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Cette critique fait partie de la liste "Un film, des scénarios" et "Un livre, un film"
https://www.senscritique.com/liste/Un_film_des_scenarios/1510143
https://www.senscritique.com/liste/Un_livre_un_film/1500234

Roman: Philip K. Dick, Titre original: "We Can Remember It for You Wholesale"
Adaptation: Ronald Shusett, Dan O'Bannon, Jon Povill et Steve Pressfield (non crédité)
(22 Août 1989)
Fidélité d'adaptation : 40% environ

Qualité d'adaptation : 100%

Le projet:

En 1974, Ronald Shusett achète les droits de la nouvelle de Philip K. Dick dans l'option d'en tirer un scénario et rencontre dans le même temps, un autre scénariste dont il avait apprécié le travail sur Dark Star (premier long de John Carpenter). Il s'agit de Dan O'Bannon.

Après leur aventure commune donnant la trame d'Alien, ils s'attellent à la rédaction d'un script se basant sur la nouvelle de Dick. Seulement, ils craignent que les effets spéciaux nécessaires ne soient hors de prix. Ils tentent quand même la pêche à l'investisseur.
Mais ne trouvant aucun preneur, ils laissent tomber et travaillent sur d'autres projets.

Ce n'est qu'au milieu des années 80 que Total Recall revient sur le tapis, par le biais du producteur Dino DeLaurentiis.
Celui-ci venant tout juste de créer De Laurentiis Entertainment Group (DEG Group pour les intimes), il est de tous les projets - bons ou mauvais - comme Maximum Overdrive, King Kong II, mais aussi Manhunter, Raw Deal, Blue Velvet...
Sa frénésie lui dicte donc d'accepter de le produire et c'est Richard Dreyfuss puis Patrick Swayze qui sont en lice pour le rôle de Quail (il ne deviendra Quaid que dans la version finale de Gary Goldman), devant la caméra de Bruce Beresford (remplaçant au pied levé un Richard Rush démisionnaire).

Puis après le départ de Beresford, ce sera David Cronenberg qui sera approché.
Celui-ci retravaillera donc le scénario pour coller au plus près de la nouvelle originale.
Mais il se heurtera aux désidératas du duo De Laurentiis/Shusett, qui souhaite un film d'aventures plutôt qu'un film cérébral.
Le fameux terme "divergences artistiques" prendra alors tout son sens.
Après quasiment un an de travail, Cronenberg claquera la porte et dira:
"- J'étais pris de migraine rien que d'y penser (à Total Recall), j'avais l'impression que des aiguilles me perforaient les yeux..."
Restera tout de même l'idée des mutants (incluant Quato aka Kuato), mais Cronenberg ne sera jamais crédité pour cet apport (ni sur le script que j'ai, ni même dans le générique du film).

Arnold Schwarzenegger - qui tentera à maintes reprises de s'immiscer dans le projet, , mais sera débouté car le personnage original de Quail ne correspond pas à son image de star de films d'actions - profitera de la banqueroute du studio DEG, pour inciter Carolco à racheter les droits de la nouvelle.
En échange, Schwarzy jouera le rôle principal (synonyme de rentrée d'argent) et aura aussi un droit de regard sur le scénario et sur le réalisateur.
Carolco accepte le deal et Schwarzy jettera son dévolu sur Paul Verhoeven, dont il avait beaucoup apprécié son RoboCop (et dont il est dit que le Chêne Autrichien avait en vue le rôle principal).
Le Hollandais énervé apprécie l'offre et accepte. Mais le problème restant, c'est le scénario...
Il engagera donc Gary Goldman pour travailler en binôme avec Ronald Shusett, car le script n'offre pas assez de péripéties (le fameux 3ème acte).
Reprenant donc les multiples versions du scénario (auxquels avaient participé Shusett, mais aussi O'Bannon, Jon Povill, David Cronenberg et Steven Pressfield), le duo livre enfin un script viable, avec quelques retouches de l'ami Schwarzy.

Total Recall sortira le 1er Juin 1990 aux USA et sera un énorme succès critique (bien que la violence excessive en ait refroidi quelques-uns) et commercial.

Le Film:

Douglas Quaid n'a qu'un rêve: aller sur Mars!
Sa femme Lori - bien qu'exaspérée par cette lubie - tente de faire de son mieux pour faire revenir son mari...sur Terre!

Quaid est résigné mais se laisse quand même ensorceler par la promesse d'implants mémoriels extraordinaires, vantés par la société Recall Inc.

Après avoir choisi parmi la sélection proposée par le directeur McClane - soit devenir un agent secret sur Mars - Quaid s'allonge sereinement sur le plateau de la machine à implanter...
...pour se réveiller en furie et cracher aux techniciens qu'ils ont bousillé sa couverture d'agent secret ! Mais son entourage tentera de le raisonner en lui disant que tout ceci n'était pas réel.
Doug ira alors sur Mars pour tenter de trouver une réponse à une question primordiale: Qui est-il donc vraiment..?

La critique:

Après le dévellopment hell narré ci-dessus et l'une des versions du scénario prévue à l'origine - détaillée en bas de page - force est de constaté qu'on revient de loin!
Le résultat?
Un excellent film qui - sous ses abords de gros actionner des 90's - est en fin de compte plus profond qu'on ne se l'imagine.

Il est évident que l'enthousiasme conjugué du trio Shusett/Schwarzenegger/Verhoeven, a fait des merveilles.
Malgré les changements majeurs effectués en rapport à la nouvelle de Dick (le personnage principal, les deux actes rajoutés - dont une fin totalement différente du récit initié par l'écrivain Américain - et même le fond de l'histoire), il est indéniable que Total Recall fonctionne à plein.

En effet, si l'on laisse de côté:
- les gimmick propres au blockbusters des 80's/90's (soit une propension à une violence très graphique, comme dans RoboCop 1 et 2, Commando et consorts...),
- une représentation des véhicules futuristes totalement hors-sujet voire ridicules
(idem que dans Blade Runner, Timecop, Retour vers le Futur...)
- et quelques incrustations sur blue-screen repérables (encore plus visible et douloureux sur les versions remasterisées du film),
le vrai sujet abordé dans ce film, c'est "à la recherche de soi-même".

Quaid n'étant pas satisfait de ce qu'il est (c'est à dire un simple quidam, engoncé dans une routine déprimante), il souhaite ardemment vivre une vie qui en vaut la peine.
Et lorsque Rekall refera surgir puissamment son rêve de toujours (aller sur Mars et avoir des aventures palpitantes), il s'y accrochera jusqu'au bout...et qu'importe s'il doit se perdre corps et bien dans le procédé.

Parce que pour un œil averti (qui en vaut deux...), Verhoeven transcende son script et nous emmène dans un vertigineux voyage, non pas dans la mémoire, mais dans le rêve.

Du moment où Quaid s'assied dans le fauteuil d'implantation mémorielle et commence à somnoler, le réalisateur nous tend la perche, en nous disant que tout ce qui va suivre, ne sera que le rêve si cher à Douglas Quaid:

Juste avant de se rendre dans la pièce d'implantation mémorielle, McClane résume ce qui va lui arriver:
" - ...vous êtes un espion en mission, opérant sous une couverture en béton.
On essaie de vous tuer de tous les côtés.
Vous rencontrez une... magnifique créature exotique...
En tout cas, à la fin du voyage, vous emballez la fille, tuez les méchants et sauvez la planète..."

Juste avant que ses yeux se ferment, Quaid aperçoit le visage de Mélina sur le moniteur des modèles de femmes proposés par Rekall...
Une Mélina qui comme par hasard sera son contact direct sur Mars, et qui sera la première personne pouvant l'aider à retrouver sa propre identité.

  • Le fait qu'il ait regardé attentivement les news concernant les rebelles Martiens - juste avant d'aller chez **Rekall* *- en résultent son parti-pris envers leurs causes désespérées.

  • L'envie de ne pas être qu'un simple ouvrier et BAM, il est capable de tuer 4 hommes en un rien de temps.

  • Lors de la visite du Dr Edgemar à l'hôtel Hilton, celui-ci lui résume -encore une fois, après l'épisode McClane dans le bureau de Rekall- (ainsi qu'à nous, spectateurs) le gros des évènements à venir:
    "- Les murs de la réalité s'écrouleront. Un instant, vous serez le sauveur des rebelles, et le suivant, le meilleur ami de Cohaagen. Vous verrez même des civilisations alien. Mais de retour sur Terre, vous serez lobotomisé!"
    Et c'est exactement ce qui se déroule sous nos yeux!

Le mur de la réalité, c'est celui qui est défoncé par les sbires de Cohaagen - juste après qu'il ait "tué" Edgemar - ensuite il deviendra réellement le sauveur des rebelles (en actionnant le mécanisme de fusion, qui créera une atmosphère respirable sur Mars), les civilisations aliens sont ceux qui ont construit le réacteur de fusion au turbinium et quant à la lobotomie...eh bien, le fondu au blanc de l'image final est assez probant, non?

Après, chacun son avis...

Bref, selon mon humble point de vue après le revisionnage du film -15 minutes avant que je n'écrive ces mots -Douglas Quaid va vivre son rêve le plus profond, amorcé par Rekall, mais il y perdra tout sens de la réalité et par la-même, il se perdra lui-même...lorsque son esprit sera effacé/reformaté...

"For the memory of a lifetime: Rekall, Rekall, Rekalllll..."

Le script non retenu:

(5eme version) par Ronald Shusett et Steven Pressfield, sur une histoire de Dan O'Bannon , Ronald Shusett, David Cronenberg et Jon Povill (ces deux derniers ne sont pas mentionnés sur le script), basé sur la nouvelle "We Can Remember It for You Wholesale" de Philip K. Dick.
(22 Août 1989).

Les personnages:

  • Douglas Quail (deviendra Quaid sur le script filmé): Quail est un homme de corpulence "normale" et travaille dans un bureau -comme dans la nouvelle.
  • Kirsten Quail (deviendra Lori Quaid): épouse - factice - de Doug, brune et déjà agressive.
  • Vilos Coohagen: pas de changement notable.
  • Bennie: pas de changement notable.
  • Melina: Pas de changement notable.
  • McClane (sans prénom spécifié, Bob McClane dans le film): de bien portant, il devient mince.

NB: A noter que Richter n'existe pas dans cette version.

L'histoire:

Des différences, il y en a à la pelle:

  • Il y a une scène pré-générique, où Quail rêve d'un Sphinx présent sur Mars, depuis des millions d'années,

  • Le dit Sphinx sera remplacé par le complexe souterrain des Stellaires,

  • Concernant le portique aux rayon-X se trouvant dans les lieux publics, il ne sert pas à identifier des armes potentielles, puisque Quail se fait tancer car il n'en porte pas!

  • Lorsque Quail débarque du taxi - après l'échec de l'implantation mémorielle chez Rekall -, ce sont deux officiels en costume qui veulent le tuer (ce sera un de ses collègue de travail, dans la version finale),

  • Quail tue les deux officiels d'une prise de karaté (ce sera bien plus long et violent, dans le film),

  • Lorsque Doug rentre chez lui, Kirsten regarde encore un porno sur la télé pirate,

  • Il n'y a pas de visiophones dans cette version,

  • Le gars prévenant Quail qu'il porte un mouchard électronique, se fait tuer dans les toilettes d'un bar,

  • Lorsque Quail a récupéré la mallette de Hauser, il n'y a pas d'écran vidéo. C'est d'une cassette audio que Hauser dira quoi faire à Quail (donc, pas de "Tu te casses sur Mars..."),

  • Pour passer le contrôle de passeport, Quail se sert d'un masque qui fait une chirurgie faciale laser provisoire (ce sera une fausse tête mécanique dans le film) et ne se fait donc pas remarquer du tout. Il se dirige simplement vers sa destination, sans encombre,

  • Dans cette version du scénario, il est possible de se déplacer en taxi à l'extérieur de la colonie martienne, au moyen de route - mais toujours avec un masque relié à des bouteilles d'oxygène - il va donc retrouver Mélina dans une station service loin dans le désert Martien,

  • Il n'y a donc pas de Venusville, ni de femme à 3 seins...

  • Lorsque le Dr Edgemar rend visite à Quail, pour lui dire qu'en réalité il n'est pas sur Mars mais chez Rekall, c'est Mélina qui apparait et tente de le convaincre (ce sera sa femme Lori, dans le film),

  • Une fois Edgemar mort, Mélina se précipite sur lui et appose son poignet sur la montre du mort. Elle explique à Quaid qu'elle fait ça pour maintenir un semblant de pouls...car la montre est en fait une bombe,

  • Il n'y a donc pas de combat entre Mélina et Lori, en découle que celle-ci ne meurt pas,

  • Il est fait mention d'un carburant fabriqué par la compagnie...Yutani (Shusett & O'Bannon ayant aussi écrit Alien, c'est un private joke.),

  • Farheem Kuato est un Hindou, portant fez et sherwani. Quail le rencontre dans son sanctuaire richement décoré (style Byzantin),

  • Après la mort de Kuato (que Bennie a tué car il craignait pour la vie de Quail) Bennie, Doug et Mélina s'engouffrent dans la voiture et roule en direction du Sphinx.
    Là, Quail explique le secret de ce monument (même chose que dans le film, en fait) mais les raisons de Coohagen diffèrent: dans ces versions antérieurs au script final, Coohagen ne veux pas dévoiler le secret pouvant modifier l'atmosphère de Mars, car il veut d'abord conclure des contrats avec des investisseurs immobiliers de la Terre (alors que dans le film, une atmosphère respirable lui retirera l'emprise quasi-impériale qu'il détient sur la population Martienne.),

  • C'est dans son taxi que Bennie dévoile sa trahison: il se bat avec Quail et utilise sa main artificielle (dotée d'une scie électrique) pour tenter de tuer Doug. Mais au cours de la bagarre, son outil défonce la cloison du véhicule et il est aspiré à l'extérieur, puis finit par imploser dans le vide Martien,

  • La fin ne diffère que d'unité de lieu - ici le Sphinx, là-bas la "pyramide"- et de temps.
    Mais point d’ambiguïté comparé à la fin du film. Ici, Quail devient un vrai héros et est célébré comme tel, par tous les mineurs Martiens.

La critique:

Très court (52 pages,) cette 5eme révision du script pour Total Recall, contient les éléments principaux que l'on retrouvera à l'écran, mais le tout manque de dynamisme.
Ceci dit, on est encore dans la mouvance de la nouvelle - tout du moins, la première partie - mais les personnages ne sont pas vraiment détaillés et en l'état, cela aurait donné non seulement un film très court, mais aussi sans aucun panache.
A mon humble avis, cette version aurait pu servir pour un téléfilm ou un épisode d'une anthologie S.F, mais pas pour un long métrage.

Bref, il manque un souffle épique pour sortir ce script d'une certaine mollesse...
Un peu similaire au script primaire d'Alien du même duo O'Bannon/Shusett, qui dans ses premières versions manquait aussi de coffre (c'est David Giller et Walter Hill qui peaufinèrent les versions finales).

La note: 6/10

Le livre:
Titre original: We Can Remember It for You Wholesale, paru en 1966. Titre français: Souvenirs à vendre.
Auteur: Philip K.Dick

L'histoire:

Le début de la nouvelle est quasiment la même que celle vu dans le film (à quelques aménagements près), soit:

Douglas Quail se réveille après avoir encore une fois rêver de Mars. Kirsten - sa femme - se plaint de cette obsession puérile qui revient tout le temps sur le tapis.
Quail - qui supporte de moins en moins le caractère nocif de sa femme - fait mine d'être en retard pour aller au travail - il est bureaucrate au Service de l’Émigration de la Côte Ouest (émigration pour Mars) - alors qu'en fait il a rendez-vous chez Rekal (avec un seul "L").

Une fois rendu à sa destination, il rencontre Mr McClane qui lui propose donc l'implantation de souvenirs mémoriels ayant trait à un voyage sur Mars, en tant qu'Agent d'Interplan (équivalent à la CIA).
Bien entendu, rien ne se passe comme prévu et à son réveil, il hurle que Rekal a brisé sa "couverture".
McClane décide donc de lui rendre la moitié de ses postcreds - la monnaie ayant court à cette époque - car il estime que c'est un bon compromis (sous-entendu, d'en garder la moitié pour le dérangement).
Mais Quail ne l'entend pas de cette oreille et réclame la totalité de son versement.
McClane cède.

Quail rentre chez lui et demande à Kirsten s'il est déjà allé sur Mars.
Celle-ci est excédée par ces incessantes questions concernant Mars et le quitte définitivement.
Mais alors qu'il se croit seul - et heureux de l'être - deux agents de l'Interplan surgissent derrière lui et le questionne sur son voyage sur Mars.
Quail - l'esprit confus car la visite chez Rekal lui a remémoré une partie du voyage - ne sait que répondre, mais les agents lui disent que soit il se rend, soit il meurt.
Ils lui apprennent aussi que l'Agence lui a implanté un transmetteur céphalique, permettant de savoir ce qu'il pense à tout instant.
D'abord sous le choc, Quail trouvera matière à exploiter ce fait: il réussit à s'enfuir puis - par la pensée - demande si l'Agence ne pourrait pas lui implanter un autre souvenir pour effacer son passé d'agent secret.

Interplan - via Rekal - accède à sa demande et il est décidé de lui créer un souvenir particulier:
Quail aura stoppé une invasion extra-terrestre - des créatures pas plus grandes que des souris - dans sa jeunesse en concluant un pacte.
Tant qu'il restera en vie, l'invasion sera mis en suspens, mais à sa mort...
Quail, Interplan et Rekal sont d'accord sur le principe.

Doug se retrouve à nouveau dans la pièce d'implantation mémorielle mais...
...il se trouve que ce faux souvenir est un vrai, en fin de compte!

Quail devient donc intouchable, pour le bien de l'Humanité...

La note: 9/10

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