Post-scriptum

Avis sur Toy Story 4

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Attention, ce texte décortique et analyse de nombreuses thématiques du film. Pour garder le plaisir de la surprise, passez votre chemin.

So Long Partner… Il y a 9 ans, c’était sur ces mots que Toy Story 3 avait offert la plus belle des conclusions à une saga qui a bercé mon enfance (par bercer il faut entendre que j’ai probablement rayé les dvd des deux premiers à force de les regarder en boucle). Cette scène d’adieu restera probablement pour moi et pour beaucoup comme l’une des plus marquantes de l’histoire du cinéma. Au moment de ce passage de flambeau avec la petite Bonnie, au moment où Woody et sa bande regardent la voiture d’Andy s’éloigner, on comprend immédiatement : Lee Unkrich et son équipe ont réussi à créer un pur moment de grâce et à donner au spectateur la satisfaction rare d’une fin imparable. Pas de doute possible, c’était une fin parfaite et logique.

Quand un quatrième opus a été annoncé, j’ai crié au scandale, allant jusqu’à accuser au fond de moi ce studio qui m’ait pourtant si cher de malhonnêteté artistique. C’est idiot mais je me sentais presque blessé personnellement. Il faut dire qu’inconsciemment, quand une œuvre nous a autant touché et accompagné de l’enfance à l’âge adulte, on finit par se l’approprier. Bref je me suis bêtement senti trahi, comme si Pixar me devait quelque chose. Le temps a passé, les ressentiments aussi. Puis vint ensuite la bande annonce, pas franchement émoustillante : on commençait à sentir venir le syndrome de la suite OSEF maintenant bien connu par l’organisation mondiale de la santé.

Il s’est pourtant vraiment passé quelque chose d’étonnant pendant mon visionnage du film : dès les premières minutes, j’ai eu une révélation. J’ai immédiatement compris où Pixar voulait en venir. C’était pourtant évident. Toy Story 3 ne pouvait pas être la fin de la saga. Si la boucle semblait avoir été bouclé, il restait encore un chapitre à refermer. Ce chapitre c’était celui de Woody. On nous laissait effectivement croire qu’après la fin du « cycle » Andy, ils allaient retrouver une seconde vie dans les mains de la petite Bonnie. En voyant ce nouvel opus, il devient rapidement évident que nous étions bien naïfs. Woody a tout vécu avec Andy, il a toujours été là depuis le début. Il l’a accompagné dans toutes les grandes étapes de l’enfance, des moments les plus difficiles jusqu’aux moments les plus heureux. Andy était tout pour lui. Comment avais-je pu donc imaginer que ce cowboy pourrait si facilement retrouver un sens à son existence après cette séparation ? Car Toy Story 4 est sans pitié avec son personnage et clarifie les choses dès le départ : cette relation qu’il a eu avec Andy sera définitivement unique et plus jamais il ne la connaitra avec un autre enfant. Woody a fait son temps, il faut maintenant pour lui l’accepter et réussir à tourner la page : voilà l’enjeu dramatique de son ultime chevauchée. Le moment fatidique est venu pour lui. Cette angoisse d’être abandonné et de ne plus appartenir à un enfant, thématique centrale des premiers épisodes, Woody va devoir s’y confronter plus que jamais. Et contrairement aux opus précédents où il s’agissait toujours d’y échapper (il a toujours été question de devoir retourner chez soi, de retrouver son enfant qui a besoin de ses jouets), il va cette fois devoir l’embrasser. La quête est même fondamentalement inversée : au travers de péripéties pourtant toujours sur une variation similaire aux premiers films, il faut ici s’affranchir définitivement et faire le deuil de sa condition passée.

Jusqu’au bout, notre cowboy tentera de se raccrocher à tout ce qu’il peut. Remis dans un placard, il sait très bien que Bonnie n’a plus besoin de lui. Pourtant il fera tout ce qu’il peut pour qu’elle soit heureuse parce que c’est le seul moyen qu’il a de se sentir utile. Il se l’avouera d’ailleurs plus tard à lui-même et aux autres dans une des scènes les déchirantes du studio à la lampe : il fait tout ça parce c’est la seule chose qu’il peut faire. Le moteur de l’intrigue est Fourchette qui est un jouet fabriqué à partir d’une « cuichette » et de batônnets trouvés dans une poubelle et prenant soudainement vie. Ce dernier refuse d’accepter sa nouvelle condition et s’obstine à vouloir retourner là d’où il vient : dans une poubelle. « J’ai été fait pour une seule utilisation, pour une salade ou un taboulé à la limite (citation approximative de la vf) ». Là où un temps le shérif aurait tout fait pour se débarrasser de ce nouveau concurrent, il se donne pour mission de veiller sur lui, car Fourchette n’est pas n’importe quel jouet : c’est le jouet préféré de Bonnie.

Loin d’être un simple MacGuffin, ce nouveau personnage n’est autre que le reflet du cowboy. Deux personnages, une même situation en miroir : la même obstination à essayer de se rapprocher de son ancienne condition et la notion de « déchet ». Fourchette est littéralement bricolé à partir de déchet. Woody n’est plus le jouet qu’il a été et semble avoir atteint sa date de péremption. L’un doit accepter sa condition de jouet et d’appartenance à un enfant, l’autre doit accepter que cette condition soit derrière lui. L’intrigue principale est d’ailleurs à double sens. A un premier niveau, dans une dernière aventure totalement folle, Woody devra presque littéralement tout donner pour essayer de rendre à nouveau un enfant heureux. Mais aider Fourchette à accepter sa condition et à retrouver Bonnie c’est aussi s’aider lui-même. Ce dernier acharnement presque insensé/cette dernière aventure est montrée comme une étape indispensable de son deuil de ne probablement plus jamais être désiré par un enfant comme il l’a été par Andy.

Pour le mettre sur la bonne route et pour l’aider à franchir le cap, on retrouvera la bergère Bo, grand amour du cowboy, devenue depuis plusieurs années un jouet totalement indépendant et réintroduite dans un flashback presque annonciateur de ce qui va suivre. Woody croise également la route de nouvelles têtes à la fois drôles et touchantes ayant pour point commun le thème de l’obsolescence : une poupée défectueuse des années 50, un vieux cascadeur abandonné car il ne fait pas la même chose que dans la publicité… L’obsolescence, plus que jamais, est une préoccupation majeure de Toy Story 4. Rarement elle aura été abordée si frontalement par les premiers volets. Ce n’est pas un hasard que l’intrigue soit centrée autour d’une boutique d’antiquité, dans laquelle les personnages pénètrent comme dans un cimetière hanté dans une scène assez creepy qui va jusqu’à citer Shining. Tous cherchent à y échapper ou cherchent une rédemption. Certains y parviendront peut-être (mais pour combien de temps ?). Seul défaut qu’on pourrait peut-être trouver à ces nouveaux personnages, c’est qu’ils éclipsent les anciens : mais ce film, c’était de toute façon celui de Woody et ces personnages étaient parfaits pour mettre sa quête personnelle en lumière.

Thématiquement, Toy Story 4 se hisse immédiatement dans les Pixar les plus riches et profonds. Encore plus mature et plus sombre que le précédent, on y aborde presque plus directement (mais toujours sous couvert de périphéries aussi légères que jouissives) des sujets lourds comme la dépression, le deuil, la peur de la mort et de l’abandon, la peur de na pas être aimé… Comparaison osée mais non dénuée de sens, ce film se rapproche par certains points d’Impitoyable de Clint Eastwood ou plus récemment du Logan de James Mangold. Woody est montré comme un héros fatigué et mélancolique essayant de retrouver un sens à son existence et de trouver la réponse à la question : « et maintenant ? ». Est-ce qu’il doit continuer et persévérer sachant très bien que son heure de gloire est maintenant loin derrière lui ? Doit-il tout arrêter, recommencer une nouvelle vie ?

Plus qu’un simple épilogue, plus qu’une quatrième variation de Toy Story, ce dernier épisode se révèle finalement être nécessaire pour aller véritablement au bout de ce qui avait été entrepris il y a maintenant 24 ans.

Dans Toy Story 3, c’était Andy qui avait dû faire ses adieux à ses jouets. Andy c’était moi, c’était vous. Mais la fin laissait une certaine ouverture et jouait plus sur le deuil de l’enfance que sur le véritable deuil des personnages emblématiques de la saga. Dans cette nouvelle conclusion, c’était quasiment écrit depuis la première séquence. Plus le film avance et plus on peut entrevoir clairement où Pixar veut nous emmener. Mais c’est lors de la scène finale, dans un torrent de larme, que je l’ai réalisé. Dans Toy Story 4, c’était maintenant à moi de leur faire mes adieux.

So Long Partner.

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