Requiem for a Nightmare

Avis sur Trainspotting

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Il y a quelque chose de drôlement séduisant chez cette œuvre charnière de Danny Boyle, une sorte de liberté excentrique. Le cinéaste anglais paraît jouer avec sa caméra, un peu comme un enfant surdoué : il en fait des tonnes, ne se soucie pas de la notion de dosage, mais est indéniablement doué, et prend un malin plaisir à s’affranchir de bien des règles qu’on lui impose.

Cette volonté-là est déjà trouvable dans le fondement de son œuvre : on suit les vagabondages d’un groupe de junkies écossais (à l’accent plus prononcé que guyness, c’est vous dire), voguant entre crises de désintox, « hits » d’héro et aventures multiples. Dans les années 70, le Nouvel Hollywood prenait déjà cette direction en représentant des personnages loin des idéaux sociétaux de l’époque, créant ainsi une rupture avec le code de censure de l’époque, le Code Hays. Les personnages représentés étaient souvent violents, ou se trouvaient aux antipodes de la « morale ». S’il serait faux et stupide de considérer Danny Boyle comme un artisan du Nouvel Hollywood, un pan entier de « Trainspotting » en comprend bien la noirceur et le pessimisme. En plaçant ses personnages dans un cadre dénaturé (Edimbourg est représenté comme une ville morte, et seule la face obscure de Londres est montrée), marqué par l’ennui et la déchéance, le cinéaste anglais s’inscrit ainsi dans une ambiance sale, que David Fincher reprendra également trois ans plus tard avec Fight Club.

Mais c’est aussi un ascenseur émotionnel. Avec l’incipit in medias res du début, on est directement plongé dans la frénésie des personnages, bouffés par leur addiction, mais qui paraissent au contraire libre avec ces travellings et ce montage dynamique. Et puis les scènes d’angoisse viennent par à-coups, mais ces dernières sont à chaque fois d’une maîtrise saisissante et d’une noirceur surprenante : le talent de Danny Boyle est exprimé par cette maîtrise du récit et du rythme, malgré un sentiment de court-métrage étiré pour la deuxième partie, avec un rythme un peu bâtard, mais que l’on peut cautionner puisque le propos et le cadre du film le permettent.

Finalement, le film fait preuve d’une certaine virtuosité, une liberté et une frénésie totalement assumée, certes parfois brouillonne avec ce sentiment de fourre-tout qui s’en dégage parfois. Mais quelle fin, cynique à souhait, puisque le personnage, dans sa quête de liberté et d’un échappatoire à l’aliénation, finit par y céder, « to be just like us ».

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