Quand le mieux est (vraiment) l'ennemi du bien...

Avis sur Transformers : L'Âge de l'extinction

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La simple évocation de Michael Bay et c'est tout un pan de la (ma) filmographie 90's-2000's qui ressort: Bad Boys, Armageddon, Pearl Harbor... certes, plus des succès commerciaux que des succès critiques, mais une empreinte indéniable dans le film à gros renforts d'effets spéciaux.

A ce titre, la franchise Transformers est pour moi la parfaite illustration de la course effrénée des studios américains à l'heure actuelle: l'avalanche de moyens, d'explosions, la simplification voire la caricature à l'extrême des desseins des personnages...tout cela bien sûr altère au plus haut point l'épaisseur donnée au personnage, à l'histoire et plus généralement au sens du film.

Alors à l’orée de la sortie de ce nouvel opus et fort d'un nouveau casting, l'idée de donner une nouvelle chance à ses jouets de notre enfance semblait légitime.

Et très franchement, rien à signaler si ce n'est une déception encore plus prononcée!

Indéniablement le film remplit son contrat au niveau du "ouah", des effets spéciaux: l'arrivée des Dinobots pour ce 4ème volet et non dans les précédents était motivé par le réalisateur par un manque de maturité des technologies usitées...De même, les transformations des Autobots ainsi que les scènes de combat sont à mettre au crédit de Michael Bay. On note aussi, ce souci du détail propre au réalisateur et qui fera que les Autobots comme les Decepticons verront leur physique, leur gestuelle et leur attitude améliorées.

Mais c'est ce qui constitue l'effet pervers de la franchise "Transformers". Au sortir du film, je me voyais incapable de ressortir LA scène d'action de ce film. Encore une fois loin de moi l'idée de m'apitoyer mais il se dégage de ce film une impression de "trop". Là où certains films dévoilent progressivement ce qui justifie un budget plus que conséquent ou distille ici où là leurs meilleurs cartouches, "Transformers" est à ranger parmi les films "sulfateuses": là où certains justifieront ce procédé par une volonté de ne pas accorder de temps mort au téléspectateur, de le tenir en haleine, je fais partie de ceux qui voient dans ce film une sorte d'orgie d'effets spéciaux qui dessert complétement le propos du film. C'est un peu comme si un spectacle pyrotechnique débutait, se poursuivait et se terminait par...le bouquet final. Ou comme si un épisode des Power Rangers n'était constitué que du combat final entre les 2 robots. Du coup, plutôt que d'apprécier les améliorations (esthétiques, technologiques) des Transformers, de tenter de suivre les tribulations des personnages, petit malaise avec cette légère impression d'ingurgiter ces progrès, ces effets spéciaux plus que de les regarder.

Le comble a été atteint pour moi au moment d'atteindre les "3D": Déflagration auditive (ah Steve Jablonsky, disciple émérite d'Hans Zimmer et qui s'est donc senti obligé d'emprunter de manière intempestive du "Braams" tiré d'"Inception"), Décrochage cérébral (avec ces changements d'unité de lieu tellement logique et ses "rebondissements" scénaristiques pas du tout prévisible) et Diarrhée visuelle (trop d'explosion, foire d'empoigne frôlant la confusion). Bien évidemment, on ne peut parler ici de climax tant l'effet "3D" est répétitif et usé à souhait jusqu'à la lie.

Pourtant, du changement on nous en promettait: exit Shia Labeouf, bonjour Mark Wahlberg. Fini aussi l'histoire d'amour niveau "Dawson", bonjour paternité, responsabilité et prégnance de la cellule familiale. La trame du film semblait modifiée: des gentils au passé lourd et empli de galères, des méchants pas si méchant, des gentils un peu méchant, des méchants un peu gentil...oui écrit comme ça, cela peut paraître caricatural, mais c'est ce qui ressort de ce film: la simplification à l'extrême et au service d'effets spéciaux.

Attirer l'auditoire le plus large donc et donner un nouveau souffle à cette franchise. Tel était le pari de ce nouveau volet de Transformers. Et pour cela, rien n'aura été laissé au hasard. Outre, la palme du placement de produits le plus audacieux (ou comment placer dans un paysage chaotique Victoria's Secret ou Armani...damn ils m'ont eu!), "Transformers: l'âge de l'extinction" décroche le pompom du pompom. Ainsi, pour justifier et mieux pénétrer le marché chinois (véritable enjeu pour les boîtes de production US tant le protectionnisme est de rigueur dans le "pays du milieu"), quoi de mieux qu'une pirouette scénaristique pour déplacer le "conflit"...à Hong-Kong...trop gros me diriez-vous? Sur les 1 milliards de $ de recette du film, 300 millions ont été drainés sur le marché chinois...Coïncidence? Je ne crois pas...

Alors après 2h45 (et autant d'effet "3D" subi) si le spectacle promis est incontestable et la "patte" Michael Bay reconnaissable entre mille, cette impression que "le mieux est l'ennemi du bien" semble tout justifié: en effet, à trop vouloir tendre à la perfection au niveau du réalisme des Transformers, dans la transformation d'un paysage urbain en un vaste chaos, tout cela se fait au détriment d'un élément essentiel, l'histoire en l'occurrence. Outre le propos (bien calé dans les "standards" avec son lot de patriotisme, de séparation puérile du bien et du mal...), c'est la manière de véhiculer ce propos, de l'énoncer (hormis les envolées philosophico-lyrique d'Optimus Prime, peu ou pas de dialogue hormis les fameux "Oh My God!", "Daaaaaad!") et le rythme donné à l'ensemble qui discrédite les bonnes intentions de Michael Bay.

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