Un monde sans hommes

Avis sur Trois Femmes

Avatar Snake Plissken
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Après le succès commercial de « MASH », Robert Altman jouit d’une liberté artistique exceptionnelle tout au long des années 70, peaufinant avec « Nashville » et « Un mariage » un style de récit choral propre à sa vision ironique d’une société américaine en pleine crise identitaire. Si « Trois femmes », probablement son film le plus intimiste, le plus onirique et le plus fascinant, semble, sous des auspices bergmaniens, s’éloigner de cette forme cinématographique très personnelle, il n’est est pas moins son expression la plus épurée, la plus littérale, le point ultime où les mosaïques de personnages et récits multiples finissent, à force de complémentarité et d’interchangeabilité – de gémellité – par se confondre et se perdre.
Pinky, Millie et Willy. Trois femmes. Trois figures fantomatiques traînant leur solitude dans un monde où toute communication semble impossible. Souvent taxé de misogynie, Altman prend ici le partie de ses Moires et les conduit in fine sur le chemin d’un univers féminin fantasmatique d’où sont exclus les hommes, éléments exogènes d’aliénation.
Après une heure d’un récit apparemment classique, les motifs récurrents de l’eau, les miroirs et autres surfaces réfléchissantes, la musique obsédante de Gérald Busby, les décors asséchés de Palm Springs… finissent, parfois discrètement, parfois avec insistance, par nous plonger irrémédiablement dans cette tragédie antique aux confins du fantastique.
Comme tout rêve obsessionnel dont on ne saurait résoudre l’énigme, « Trois femmes » , à l’image des fresques hallucinées de Willy, nous invite à le revisiter sans cesse, avec la jouissance d’éprouver une douleur d’autant plus forte qu’on ne songerait pas à la crier.

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