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Avis sur Trois souvenirs de ma jeunesse

Avatar Adam  Kesher
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Drôle de titre, mauvais titre même. En plus d'être relativement mielleux, il ne reflète pas vraiment le propos du film. Ce nouveau Arnaud Desplechin est bien une histoire de vie à trois temps, mais l'un d'entre eux prend le pas sur les autres.
Seul compte Esther dans la vie de Paul Dédalus. Quand on a fait sa connaissance, tout le passé devient terne. C'est peut-être d'ailleurs le seul vrai intérêt des deux première parties (hors-mis l'intro inutile). On peut rentrer dans le film au début des "années Esther" sans rien perdre du récit, et c'est dommage. Le film aurait pu durer 20 minutes de moins.
C'est avant tout un problème de récit, le personnage de Paul Dédalus est atypique, sa vie moins. Le scénario n'est donc pas original du tout dans le fond, mais dans la forme si.
Tout ce qu'incarne Mathieu Amalric est trop commun. A la grande exception de l'épilogue très significatif. C'est essentiellement le jeune casting qui transporte. Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet forment un couple splendide de spontanéité et d'authenticité. Ils portent avec brio des dialogues d'une fulgurance désopilante. Ils incarnent un amour vrai.
Le film se joue des apparences et trompe le public. En plus du titre pas si accordé au contenu, "Trois souvenirs de ma jeunesse" prend un point de vu très orienté, mais les considérations vont fortement être bousculées sur la fin de l'histoire.
Paul et Esther sont des amants fougueux, rapidement entrainés dans une relation passionnelle. Comme une évidence, cette ardeur rend la relation tumultueuse. L'amour déborde donc il est difficile à contenir, l'affection est si forte qu'elle devient facilement conflictuelle.
Paul et Esther c'est un couple de bohème qui semble loin de toute figure familial; tant à construire entre eux qu'à conserver leurs filiations respectives. Leurs parents sont fous, absents, inexistants; leur vie de couple condamnée à fluctuer entre extrême proximité et inexorable distance. Donc c'est le destin classique d'un amour fort, aussi beau que douloureux. Y a quelque chose de traditionnel dans cette histoire proche de la tragédie, et pourtant quelque chose d'autre se dit.
Les épilogues sont souvent maniérés et superflus, mais au contraire celui-ci est nécessaire et probant. Mathieu Amalric rend compte d'un point de vu tronqué sur ces souvenirs. Comme le spectateur, il était resté sur une relation arrivée au bout d'une impasse, avec une certaine fatalité. La dernière mise au point ouvre le focus et précise l'environnement de cette relation.
Paul Dédalus prend conscience, des dizaines d'années plus tard, des vrais difficultés que son histoire n'a pas surmontée. C'est justement de ne pas s'être engagé dans la vie de couple, de n'avoir jamais cru à son avenir, qui a laissé Esther s'éloigner. Quand Paul commence à montrer de la jalousie et de l'attention pour sa relation avec Esther, il est trop tard. Paul l'a délaissée, et l'a laissée aux bras de ses, soi-disant, amis. La relation de Paul et Esther n'était pas condamnée, elle a était condamnée.
L'écriture, le jeu et la mise en scène figurent très bien le point de vue de son histoire, pour nous amener vers une conclusion à remords, mais pas fataliste, bien au contraire. Tout cela orchestré par une playlist séduisante.

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