L’amour intact

Avis sur Trois souvenirs de ma jeunesse

Avatar Ragnarök
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Ce n’est certainement pas le meilleur film pour découvrir Arnaud Desplechin, mais que voulez-vous, j’avais envie d’aller au cinéma en ce mercredi ensoleillé et la bande-annonce m’intriguait. Préquel ou suite - je ne sais pas et j’ai hâte de savoir - de Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle), le film semble pourtant se détacher de son prédécesseur en se concentrant uniquement sur la jeunesse de son personnage, Paul Dédalus.
[Petite précision : ne connaissant ni le réalisateur (une de mes nombreuses lacunes du cinéma français), ni ses précédents films, cela ne m’a pas empêché d’apprécier pleinement le film et de le comprendre.]

De retour du Tadjikistan, Paul se retrouve confronté à un problème de papier d’identité à l’aéroport. À partir de là, il va évoquer sa jeunesse sous la forme de trois récits. Les deux premiers, très courts, présentent l’enfance de Paul ainsi qu’un voyage scolaire à Minsk où il fit don de son identité à un immigré après une sombre histoire de trafic… Éclipsées au maximum, ses deux récits mêlant drame familial et thriller peinent à trouver une finalité dans la suite du récit. Et pourtant, cette première demi-heure divertit, intrigue, et éblouit de par sa mise en scène et son jeu d’acteur singulier, presque théâtral.

Puis arrive le troisième récit. Le plus long, de loin le plus beau, le plus juste, et le plus émouvant. Paul, de retour à Roubaix, sa ville natale, fait la rencontre d’Esther, jeune femme insolente, sauvage, mais tellement séduisante. L’instant d’un weekend, les deux adolescents vont faire connaissance et marqueront le début d’une longue correspondance. Lui à Paris, elle à Roubaix, tout deux unis par une passion amoureuse à la fois euphorique et destructrice.

Ses péripéties sentimentales, tantôt tragiques, tantôt drôles, s’adressent directement au spectateur et à sa propre histoire. Ce ne sont pas trois souvenirs quelconques, ce sont trois souvenirs de ma jeunesse. Véritable miroir du passé, le film de Desplechin a su me faire vibrer, me ramenant constamment à mes expériences personnelles, créant une empathie incroyable autour de cette palette de personnages.

Récit initiatique mêlant souvenirs, regrets et amour de jeunesse, Trois souvenirs de ma jeunesse décrit un amour resté intact malgré la fuite du temps, malgré le hasard des rencontres. La vie est un dédale comme le décrit le nom de Paul, Dédalus. Il ignore où sa relation avec Esther le mènera mais s’y accroche de toutes ses forces. Et si le lien entre les trois récits peut sembler flou au premier abord, on comprend finalement que chacune de ces histoires font parties intégrantes de l’identité de Paul. Même le souvenir le plus anodin reste gravé à jamais dans le coeur et la mémoire d’un homme. La scène finale nous le montre une dernière fois et se termine sur un regard caméra tout simplement majestueux et incroyablement fort.

Les dialogues somptueux, le découpage intelligent, l’aspect théâtral et les visages inconnus des acteurs (pour la plupart) font du nouveau film d’Arnaud Desplechin une bouffée d’air frais pour le cinéma français. D’ailleurs parlons-en de ces acteurs… Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet, un magnifique duo, d’une grande maturité. Deux figures de la jeunesse inoubliables que j’aimerais tant revoir. Je n’oublierai pas ces scènes où, face-caméra, ils évoquent tour à tour leurs peines et leurs espoirs décrits dans leurs lettres.

Il ne me reste plus qu’à me lancer à la découverte de ce cinéaste dont la sensibilité semble être proche de la mienne et le talent immense.

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