Que reste-t-il de nos amours ?

Avis sur Trois souvenirs de ma jeunesse

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C'est du Truffaut. C'est du Hitchock. C'est du Desplechin.
Trois moments de la jeunesse de Paul Dedalus, cet homme qui dans Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) nous plongeait déjà dans les affres de l'Ulysse propre à Joyce et qui revient là nous expliquer comment il a été un héros, comment il a détesté sa mère et comment il a aimé une première Esther du temps de sa prime jeunesse, à l'image d'Emmanuelle Devos qu'il aimera à l'âge adulte sans trop savoir comment lui dire ou le ressentir.
Trois parties inégales mais qui s'ouvrent comme une madeleine de Proust ; les souvenirs, après tout, ne sont-ils pas sélectifs ? Ne les modifie-t-on pas en fonction de l'importance qu'ils ont dans notre cœur ? Ne prend-on pas plaisir à les étirer s'ils nous paraissent immenses dans notre mémoire, et à les diminuer quand ils nous sont difficiles ?
Le premier amour, en voilà une belle histoire. Et quel premier amour ! "Est-ce que quelqu'un t'a déjà aimé plus que sa vie ? Voilà comment je voudrais t'aimer", lance un Paul Dedalus à peine adulte à la belle Esther, volage, frondeuse, difficile à satisfaire mais que la passion va paradoxalement étioler, diminuer, ratatiner. « Est-ce que l'amour fait mal ? », demandait Deneuve à Depardieu dans le Dernier métro, (écho à la Sirène du Mississipi...) et celui-ci lui répondait oui : « Comme les grands oiseaux rapaces, il plane au-dessus de nous, il s'immobilise et nous menace ».
C'est cette même menace qu'éprouvent les deux amants, tout neufs aux choses de l'amour, malgré l'habitude feinte d'Esther et de ses nombreux amants (imaginaires ou réels). Les lettres qu'ils s'échangeront et nous liront face caméra rythment leur idylle : il faut bien que l'un s'éloigne pour que la flamme subsiste, pour que le manque se crée, pour qu'il y ait des trajets en train et des déchirements, toujours plus durs, toujours plus bouleversants ; mais il y a cette liberté dont jouit Paul, et cette lâcheté propre aux hommes chez Desplechin : il n'ose pas avouer à Esther qu'il l'aime mais qu'elle l'étouffe, qu'il veut l'aimer mais « l'aimer à peine », et qu'il aime à profiter de Paris et de sa vie qui fourmille sans son amante près de lui.
Esther est pourtant « l'amour intact, le chagrin intact, ma fureur intacte » de Paul, celle qu'il compare à un paysage, et on repense là encore à Truffaut et à Belmondo qui détaille à Deneuve son image, en lui disant que son visage est un paysage ; celle qu'il ne cesse jamais d'aimer, même des années après, même quand sa vie a repris son cours. Un amour dont on ne se remet pas, et dont le souvenir hante notre mémoire.

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