"Roubaix, c'est ma malédiction."

Avis sur Trois souvenirs de ma jeunesse

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Grâce au festival Télérama, j'ai pu voir ce film que j'avais volontairement esquivé à sa sortie, n'étant pas très attiré par un prequel d'un long-métrage que je n'ai pas vu... Mais entre temps, j'ai eu le temps de découvrir le cinéma de Desplechin, et j'étais plus qu'impatient de voir ce qu'il pouvait faire dans Trois souvenirs de ma jeunesse.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les trois souvenirs présentés n'ont pas la même importance, et donc pas la même durée. Cela prend tout son sens quand on voit le plus long, celui consacré à Esther. Il s'agit du premier amour de Paul Dédalus, un amour complexe et dur mais véritablement flamboyant. Leur vie amoureuse est bancale, en particulier à cause de la distance qui les sépare, mais cela ne les empêche pas de partager de beaux moments. Quand même, cette relation épistolaire est magnifique ! Les séquence où les personnages récitent face caméra leurs lettres remplies de banalités sont à la fois futiles et pleines de poésie. Le seul défaut que je peux trouver à leur relation, c'est leur rencontre et leur première discussion : j'ai du mal à concevoir que Paul puisse trouver quelque chose à Esther, qui se conduit vraiment comme une garce.

Pourtant, cela s'accorde totalement avec le caractère des deux personnages, au fil du film on constate que l'effrontée s'assagit au contact du garçon un peu lourdaud, qui lui va légèrement s'affirmer. Cette (subtile) évolution s'opère en grande partie grâce aux acteurs qui, il faut bien le dire, sont très bien dirigés par Desplechin. Il les fait jouer de la même manière qu'il fait jouer Amalric et Devos. Cela se voit dans leurs mimiques et dans leur diction, et cela ne tombe jamais dans la simple copie. Le jeu des deux jeunes acteurs est assez singulier, il faut le reconnaître, mais cela reste tout à fait crédible dans le registre du bizarre. De la même façon, le texte est très littéraire, ce qui n'empêche pas les acteurs de bien poser leurs intonations sur chaque syllabe. Je pense d'ailleurs qu'il n'y a que Desplechin qui peut tirer quelque chose d'aussi authentique avec un langage aussi particulier.

Et on arrive au point qui m'a chiffonné : cette authenticité est en quelque sorte mise à mal par les très nombreux regards caméra. Je ne sais pas s'ils sont là pour interpeler le spectateur ou pour lui demander de prendre du recul sur ce qu'il est en train de voir. En tous cas, voir une scène contenant beaucoup de réel se terminer par un effet mettant en avant l’artificialité de la scène, cela me freine beaucoup.

À la manière d'Un Conte de Noël, je n'ai pas énormément apprécié le film à cause de certains choix de réalisation, mais je considère que Trois souvenirs de ma jeunesse est un bon film, très juste dans sa représentation d'un amour passionné mais difficile, éreintant mais nécessaire.

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