👉 On vous partage notre 1er bilan de la nouvelle version de SensCritique.
Continuez à suivre l'avancée du site sur journal de bord.

Un éclair de génie dans un ciel bien gris

Tu ne tueras point, c’est un peu comme faire un burger avec un morceau de bœuf Wagyu pris dans un bun discount en manque de fraicheur.

Autant insister directement sur le gros point positif du film. L’assaut d’Hacksaw Ridge par les américains est probablement la scène de guerre la plus hallucinante qu’il m’ait été donné de voir. La montée au front, la tension qui précède le combat, la découverte des corps laissés là par le précédent assaut, le déclenchement des hostilités puis l’horreur du conflit : tout est quasiment parfait. L’ambiance est assourdissante, extrêmement pesante. On sent l’humain parfaitement vulnérable. Les balles et les obus transpercent la chair, allant au-delà de la simple effusion d’hémoglobine dont les films du genre nous donnent l’habitude. Démembrements, blessures, crasse, cris… On s’y croirait presque.

Au milieu de cet assaut, Desmond Doss court de soldat en soldat, afin de ramener les blessés au point de départ pour les faire soigner. Rien d’original jusque-là, sauf que Desmond, guidé par ses croyances religieuses, refuse de porter une arme. Cet aspect scénaristique permet de proposer un discours très chrétien (ce qui ne surprendra pas venant de M. Gibson), mais renforce surtout le sentiment d’impuissance du personnage et, partant, du spectateur, sachant très bien que la moindre erreur sera immédiatement fatale. Sur cette heure de film, la réalisation est inspirée, le film prend littéralement aux tripes, et offre une expérience réellement singulière.

Mais… mais… le reste du propos du film est malheureusement d’une banalité assez affligeante. Pendant toute la première partie, Desmond décide de s’engager, refuse de porter une arme, fait son entrainement malgré la méfiance et le rejet de ses supérieurs et camarades. Cette heure de film propose tous les clichés possibles sur ce genre de film. Beaucoup de couleur, de bonne humeur, une love story assez ringarde. Puis dans la partie entrainement, plutôt desservie par des acteurs au jeu assez médiocre, un sentiment de voir un Full Metal Jacket du pauvre. Le discours moralisateur ne prend pas, c’est long, niais, insipide. Au moins, une fois passée la première heure à se demander si tout le film va être du même acabit, l’assaut d’Hacksaw Ridge nous saute à la gueule à la manière d’un obus.

La dernière scène aussi, décrédibilise les faits en voulant insister sur la symbolique.

La guerre perd toute son horreur puisque Desmond est là est a prié pour ses soldats. Que ces derniers gagnent en motivation, soit. Mais pourquoi les japonais deviendraient-ils subitement des cibles apeurées alors qu’ils étaient jusqu’alors de redoutables ennemis ? Je n’ai rien contre l’utilisation de la religion au cinéma, bien au contraire. Mais quand on fait un film tiré de faits réels, il ne faut peut-être pas trop en abuser.


Le sentiment au sortir de la salle est mitigé. L’impression d’avoir vu une immense scène de guerre, mais pas forcément d’avoir vu un grand film. Mel Gibson montre ses talents indéniables à la réalisation, mais s’embourbe dans des travers contre-productifs. C’est dommage, mais il n’empêche que rien que pour ses côtés positifs, le film vaut clairement le coup d’œil.

L9inhart
6
Écrit par

il y a 5 ans

4 j'aime

5 commentaires

Tu ne tueras point
guyness
2

La dernière tentation du fist

Rater un film est à la portée d'à peu près tous les réalisateurs. Presque tous, même les plus grands, ont un jour loupé la marche de leur ambition. Non, le vrai exploit, c'est d'arriver à rater...

Lire la critique

il y a 5 ans

139 j'aime

77

Tu ne tueras point
Plug_In_Papa
4

Le triomphe de la volonté

Il a beaucoup été reproché aux distributeurs français le titre francophone Tu ne tueras point en lieu et place de Hacksaw Ridge, qui désigne l'endroit où se tient la bataille au cœur du nouveau film...

Lire la critique

il y a 5 ans

115 j'aime

12

Tu ne tueras point
Laaris
4

Tu ne riras point

Un vegan bigot oppressif décide d'aller faire la seconde guerre mondiale à mains nues. Au début il passe pour un con, se fait bolosser par Vince Vaughn, et finit en cour martiale, mais s'en sort...

Lire la critique

il y a 5 ans

88 j'aime

20

Le Grand Jeu
L9inhart
5
Le Grand Jeu

Le Grand Bluff

Aaron Sorkin est assis à la table. À la rivière sort une Dame. Il a deux paires. Un jeu honnête, mais pas forcément de quoi fanfaronner. Pourtant, Aaron fait tapis. Les autres joueurs se couchent,...

Lire la critique

il y a 4 ans

38 j'aime

2

Santa & Cie
L9inhart
5
Santa & Cie

Classique mais efficace

Pour commencer, je ne comprendrais jamais pourquoi Senscritique place systématiquement les 5/10 dans les critiques "négatives". On doit pas avoir les mêmes notions en mathématiques. Ou alors c'est...

Lire la critique

il y a 4 ans

14 j'aime

4

Wind River
L9inhart
5
Wind River

Le fond ou la forme ?

Sicario et Hell or High Water ont deux points en commun : un (très) bon accueil critique et un scénariste, Taylor Sheridan. Il n'en fallait pas plus à ce dernier pour se faire un nom et pouvoir...

Lire la critique

il y a 4 ans

14 j'aime