Copie classique et militante, un objet conceptuel : vous avez 2h

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Voilà un film très emmerdant.

A son crédit, je dois remercier Mel Gibson de m'avoir fait découvrir ce type incroyable qu'a été Desmond Doss. Un objecteur de conscience, qui part à la guerre pour sauver des vies, franchement, c'est vraiment un sacré bonhomme. Comment donc, aborder ce film ? C'est tout le défis de cette modeste prose. A dire vrai, je n'en sais rien.

Très clairement Gibson sait filmer une bataille et plusieurs séquences sont hallucinantes de vérité crue. Par moments, rares, il parvient à susciter une véritable émotion. Les moyens sont là, le casting correct, juste pour Andrew Garfield, à côté de la plaque pour Vince Vaughn, correct pour Sam Worthington, toujours percutant pour Hugo Weaving. La photo est bonne, le soin apporté à la reconstitution tout à fait satisfaisant mais ...

... mais que c'est lourdingue ! La musique pompeuse et faussement triste, ces ralentis grotesque de tennis, les idées de Call of Duty d'homme tronc bouclier. Gibson livre une sorte de copie d'un clacissisme absolu, alternant les séquences sensées être obligatoire à coup de sergent gros méchant, d'entrainement scolairement récité, sa galerie de soldats plus caricaturaux les uns que les autres. Que manque-t-il à ce film ? De la nuance. Tout est totalement binaire. Rien n'est intelligent. Cette caricature est à des années lumières des grands films de guerre. Même des films moins réussis ou ambitieux tel Hamburger Hill éclaboussent cette copie qui fini dans la bondieuserie gerbante.

Bien entendu, le spectateur est saisi par le réalisme. Mais par tous les dieux de la guerre, quitte à nous faire vivre l'horreur des soldats, pourquoi ne pas aussi avoir l'ambition de rendre les choses plus complexes ? Le dyptique de Eastwood sur Iwo Jima est tellement plus fin, sans pour autant abandonner l'ambition de montrer la violence inouïe des combats. Desmond Doss n'a rien contre la guerre, il le dit lui-même en citant l'agression sauvage de Pearl Harbour. Mais ici le militantisme chrétien fait des Japonais des monstres, de la guerre une horreur mais une horreur à faire parce les monstres pas gentils ont attaqué et sont tous perfides même si yen a un qu'on aide pour montrer combien qu'on est plus gentil. Cette phrase résume mon état d'esprit. Un film qui est intéressant dans l'absolu mais dont la réalisation, grotesque parfois, confine à la débilité de tout raisonnement binaire. Le pathos n'a jamais fonctionné pour moi, je n'ai pu m'empêcher de comparer à Iwo Jima cité plus haut, à la Ligne Rouge, à Croix de fer ou Platoon, pour ne citer qu'eux. A aucun moment je n'ai pu me rapprocher de leur ombre devant ce concept Gibsonnien.

Un film militant à l'excès, classique au possible dans ses ressorts, techniquement réussi mais totalement incapable de faire appel à toute forme de réflexion. Au moins dans les séries B de guerre italiennes, on se marrait et on évitait un sermon.

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