Brain damage

Avis sur Twin Peaks : Fire Walk with Me

Avatar PFloyd
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Bon, je ne veux pas trop m'attarder sur Twin Peaks la série, mais pour donner mon avis, je la considère comme une des meilleures séries des années 90, et ce malgré ses quelques défauts, dont cette foutue seconde moitié de saison 2. Le ton y est à la fois sombre et faussement naïf, le côté soap est parfait pour créer le malaise et certaines séquences sont juste hallucinantes de puissance visuelles et auditives. Et il y a cette fin, certes frustrante, mais ô combien marquante - je suis toujours sous le choc personnellement.

Alors que pas mal de fans souhaitaient une suite à la série, Lynch s'est plutôt tourné vers la préquelle avec Fire walk with me. Exercice casse-gueule par excellence, surtout sur une série mythique. Or, je trouve que l'ami David s'en sort très bien, et ce n'est pas étonnant vu le sujet choisi. Les 7 jours précédant la mort de Laura Palmer permettent à Lynch de montrer encore une fois sa maîtrise des thématiques qui lui tiennent à cœur : perversion de l'innocence, perte de repères, d'espoir, et surtout une impression que ce qui va arriver est inéluctable. Laura Palmer est désespérée et morte avant même qu'elle ne le soit vraiment. On assiste donc aux derniers jours d'une condamnée, et c'est typiquement le genre de sujet que Lynch sait traiter en y projetant son cinéma. Et puis, en refusant de faire une suite, le réalisateur se retire aussi une sacrée pression.

L'idée de la préquelle permet aussi à Lynch de s'affranchir de la série. Oubliés le côté soap et les moments drôles ; Fire walk with me est d'une noirceur extrême, surtout dans sa deuxième partie. Nous ne sommes plus sur ABC, et surtout la production laisse au cinéaste carte blanche sur le projet ; pas étonnant donc de retrouver un traitement beaucoup plus lynchien, avec des séquences très fortes, comme la boîte de nuit ou dans la chambre de Laura à la veille de sa mort ; idem concernant la violence, plus crue, ou encore tout ce qui est travail du son, un peu dans la lignée de Blue Velvet. Lynch désoriente le spectateur, le bouscule dans ses certitudes, et franchement, ça marche. Le film prend aux tripes et monte en puissance jusqu'à la fin, onirique et très belle.

Après, si Lynch prend ses distances au niveau de la réalisation et du ton de la série, il s'appuie quand même sur elle concernant certains points, notamment le casting. Kyle MacLachlan, Sheryl Lee, Ray Wise, Dana Ashbrook, James Marshall, David Lynch himself... Si l'on ne retrouve pas tous les membres du cast d'origine - et notamment Lara Flynn Boyle qui fut remplacé ici par Moira Kelly pour jouer le personnage de Donna Hayward et qui le fait mal - globalement ça se tient. Le fait de ne pas retrouver tout le monde ne me gêne pas trop, vu que la série est centré d'abord sur Laura Palmer, pas sur Twin Peaks - d'ailleurs, on ne reconnait pas la ville de la série, mais l'absence de Ben et Audrey Horne me chagrine un peu, surtout Ben, qui a quand même une importance au niveau de sa relation avec Laura dans la série. A la place, Lynch fait intervenir des guests, notamment dans la première partie du film : Kiefer Sutherland, toujours awesome, et David Bowie notamment. Pas extraordinaire, mais bon, pourquoi pas.

Parfaite transition pour évoquer le défaut du film selon moi : sa première partie, axée sur le meurtre de Teresa Banks qui est évoqué dans le pilote de la série. Bon, ça aurait pu être une bonne idée, sauf que ça se traîne et que si Kiefer est convaincant, son acolyte l'est beaucoup moins. Ce n'est pas trop la faute de Chris Isaak, plus celle de l'écriture. Ca se veut mystérieux, mais on s'en fiche un peu en fait. Quand MacLachlan arrive, l'intérêt monte d'un cran, mais ça reste quand même une grosse demi-heure assez inutile en fin de compte.

Néanmoins, avec Fire walk with me, Lynch arrive à créer une oeuvre complémentaire de la série. Le film s'intègre parfaitement dans le scénario - j'ai regardé le pilote juste après et c'est sans faille, et éclaire la fin de Laura Palmer, et sa descente aux enfers. Très sombre, pessimiste et flippant par moment - BOB, Twin Peaks le film devrait être aimer par les fans de la série et les amoureux de Lynch. Clairement indissociable de la série, et un très bon film en prime, chapeau David.

Blue Rose

Bon, plus de deux ans après avoir vu Fire walk with me (bientôt trois, que le temps passe vite rogntudju de sa maman), j'ai eu le bonheur de le revoir sur grand écran. Les rétrospectives étant plutôt rares dans ma ville, il ne fallait pas se rater, surtout pour ce film en plein retour de Twin Peaks.

En me relisant, je me suis dit qu'il fallait que je corrige certains éléments de la critique d'origine, mais plutôt que d'effacer et de remplacer comme un sagouin, je préfère le faire ici - et puis cela montre l'évolution que peut avoir une oeuvre dans nos esprits.

Et la première grosse correction que j'aurais à faire sur mon avis de l'époque concerne cette première partie. A l'époque je la trouvais foirée parce que trop absconse, avec un Chris Isaak sorti de nulle part et une affaire balancée vite fait bien fait. Aujourd'hui, je trouve qu'elle fait non seulement sens avec la série - après tout Cooper évoque plusieurs fois Teresa Banks dans la série et son meurtre est central dans celui de Laura Palmer - mais qu'elle agit comme un exutoire pour Lynch. Exit les beaux cadres propres et sympathiques de Twin Peaks, place à Deer Meadows et à ses caravanes décrépies, son commissariat rempli de connards et son bar/restaurant glauque au possible. Le premier plan du film - la télé fracassée - montre aussi bien l'état d'esprit du bonhomme sur le moment...

Autre chose aussi, la violence. Encore plus que dans mon souvenir, Fire walk with me est un cauchemar d'une noirceur infinie. Certes Lynch fait montre de sa maîtrise des effets sonores et visuels pour provoquer la peur et l'horreur chez le spectateur (tout en radicalisant son style depuis le pilote de Twin Peaks et Wild at Heart, beaucoup plus sombre et torturé), mais l'histoire suffit largement à dégoûter n'importe qui. Après tout, on parle d'une adolescente violée et battue par son propre père qui essaie tant bien que mal de vivre avec ces traumatismes - tout en se faisant manipuler par d'autres hommes - et qui voit aussi sa mère fermer les yeux sur cela, sans doute sous la contrainte - le verre de lait et l'attitude de Leland semblent l'attester. Joie de vivre tout ça.

Et là j'en viens à un point central : comment en se disant fan de Twin Peaks peut-on rejeter ce film en disant qu'il n'est pas Twin Peaks ? Ces gens ont-ils vu le pilote, le 2x07 ou encore l'épisode final et ses vingt minutes de Black Lodge tellement folles que trois ans après je me souviens parfaitement de ce qui s'y est passé ? Si le film est plus sombre que la série, il n'en garde pas moins les mêmes thématiques - coucou le presque inceste de Ben Horne sur sa fille - et les mêmes types de séquences - le meurtre de Maddy faisant écho au meurtre de Laura. Et sans s'arrêter à cette filiation premier degré, Fire walk with me parvient à épaissir l'avant-série mais aussi l'univers Twin Peaks en général : Philip Jeffries, la bague, Blue Rose, l'incompréhension de Dale Cooper face à ces menaces surnaturelles, l'odeur de brûlé, la bouillie de maïs... Des choses que l'on retrouve dans la série originale et aussi dans le retour de Twin Peaks. Ainsi, Fire walk with me fait figure de pierre angulaire, mettant en scène le passé et préparant le futur.

Une vraie claque au cinéma, un tout petit peu ternie par l'absence de Lara Flynn Boyle et la trop courte apparition de Bowie qui aurait mérité plus d'exposition. Mais bon, l'univers de Twin Peaks est imparfait, ça fait son charme.

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