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Ultime combat par Kevin Gosse

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Disparu le 16 août durant la post-production de son dernier long métrage Assassin's Fury, le réalisateur étasunien David A. Prior aura laissé une trace indélébile dans le cinéma bis. Davantage connu outre-Atlantique, l'homme fut pourtant l'un des artisans du genre, ou plutôt des genres. A partir de la moitié des années 80 et pendant une décennie, ce passionné, sous la multi casquette de scénariste réalisateur (voire producteur), fut l'auteur de plus d'une vingtaine de bisseries, où se croisèrent tueur psychopathe, zombies vengeurs, et nombre de films de guerre fauchés qui occupent la majeure partie de cette filmographie au service d'une série B louchant vers le Z. Si Prior dirigea au cours de sa vie plusieurs figures récurrentes et abonnés aux productions déviantes : Michael Ironside, Joe Spinell, William Smith, David Carradine, Charles Napier, Richard Lynch, Robert Z'Dar, Jan-Michael Vincent, Traci Lords et même Pamela Anderson, le réalisateur reste toutefois indissociable de son cadet, Ted, qui aidera jusqu'à cette triste fin son frère, à la fois devant et derrière la caméra.

Longtemps inédit en DVD (le Blu-Ray sort aux USA le 13 octobre prochain), Ultime combat est sans conteste le film le plus marquant de la fratrie Prior, ce dernier ayant même droit, vingt-cinq ans plus tard, à une séquelle toujours signée par Prior, nommée Deadliest Prey, avec de nouveau la paire Ted Prior et David Campbell dans leur rôle respectif (l'année 2013 sonnant son grand retour après une timide réapparition dans les années 2000). A l'instar de Strike Commando mis en scène par l’inénarrable Bruno Mattei, et sorti la même année avec le sémillant Reb Brown, Ultime combat puise son inspiration du côté de la franchise Rambo, tout en y apportant une once d'originalité (osons le l'écrire), le scénario lorgnant également vers le classique des années 30, La chasse du comte Zaroff, ou quand un Rambo blond devient la proie de méchants mercenaires commandés par un colonel tout aussi sinistre. Mais n'allons pas trop vite.

A 75 miles au Sud-Est de Los Angeles, le colonel John Hogan (David Campbell) dirige de mains de fer un mystérieux camp de mercenaires financé par un certain Don Michaelson (Troy Donahue). Cet ancien gradé, remercié par les cuistres ronds de cuir de l'armée étasunienne qui ne croyaient pas en ses méthodes, rassemble des soldats perdus dans un seul but, en faire "les mercenaires les meilleurs du monde", avant de les envoyer vers de lucratifs théâtres d'opération dans diverses dictatures sud-américaines. Secondé par le lieutenant Thornton (Fritz Matthews), Hogan a mis au point une méthode unique en guise d'entrainement : la chasse à l'homme, ou enlever un inconnu et le lâcher en pleine forêt avec une dizaine d'hommes armés à ses trousses.

Or le procédé est quelque peu hasardeux, et dépend en premier lieu des qualités athlétiques de la victime, non consentante faut-il le rappeler. On peut ainsi s'interroger sur la pertinence des proies choisies à l'instar du comptable/banquier look-a-like à forte corpulence, qui jugera certes rapidement la situation inextricable dans laquelle il est plongé "Fils de pute, i'vont m'tuer", sans cependant pouvoir contrecarrer les plans de Hogan & co "T'es un homme mort, gras double". Las de tomber à chaque fois sur de piètres proies, Hogan ordonne à son lieutenant de faire mieux, d'autant plus que Thornton élimine dans son dos à mesure les soldats qui ne donnent pas satisfaction : "Il (gras double) m'a pris en traite" "je sais. Pan! ". Bref comme l'indique amèrement Hogan : "Et merde, on est tombé sur une équipe de gonzesses, ma parole. Réunis quelques hommes et trouve une proie, et coriace cette fois". Car n'oublions pas la devise Hogan que le colonel aime à formuler devant chaque nouvelle recrue : "Quand on s'entraîne, c'est pour de bon".

De bon matin, nos pieds nickelés, perdus dans la banlieue de Los Angeles, jettent innocemment leur dévolu sur un dénommé Danton qui sort les poubelles les cheveux au vent. Il est emmené manu militari dans leur van sous les yeux impuissants de madame en nuisette, ses petits doigts accrochés au grillage de la maisonnée. Grand mal leur en a pris. Est-ce l'image de ce délicieux short trop court en jeans, ce corps bodybuildé caché sous cet intriguant sweat-shirt, ou ce mulet blond savamment négligé, toujours est-il que les kidnappeurs ignoraient à qui ils avaient à faire... mais pas le colonel Hogan, une fois découvert les premiers mercenaires retrouvés morts dans la forêt : "Ça me dit quelque chose ce style. C'est mon style. Danton. Mike Danton!". S'en suit un massacre de recrues en bonne et due forme sous les yeux impuissants de Hogan en treillis, ses grandes mains crispés posées sur son bureau. Bref, c'est la panique parmi les pioupious "Merde, c'est le monde à l'envers. C'est lui qui nous chasse". Mais Thorton veille toujours au grain : "Ferme ta gueule ! Pan ! ".

Mike Danton était le meilleur au Vietnam. Il l'est encore. Véritable machine à tuer au sang-froid reptilien, l'homme conjugue l'ingéniosité des castors juniors et de Mac Gyver (le mulet de notre héros n'est pas là par hasard) à des performances et des connaissances dignes des meilleurs commandos en matière de camouflage. Tuer avec une brindille, surgir de l'eau tel un crocodile, manger des lombrics, ou parsemer la forêt de pièges redoutables, plus rien n'arrête Mike Danton, au grand dam de Hogan ? Ce serait oublier que le colonel sait exactement ce que Danton pense "c'est moi qui lui ai appris". Le colonel décide alors d'user de méthodes plus psychologiques pour faire plier son ancien élève : kidnapper sa femme Jaimy (Suzanne Tara) et la violer en sus. En l'apprenant, Mike est désormais très très énervé !

En aparté et en guise d'intermède à teneur hautement engagé, Jaimy a également lancé son propre père (Cameron Mitchell), retraité de la police, a la recherche de Mike avec pour seul indice, le début d'une plaque d'immatriculation et la couleur de la camionnette des pieds nickelés susmentionnés. Un paternel qui non content d'être un fin limier (il retrouvera le camp, mais il ira seul, sans prévenir ses anciens collègues...), croise sur sa route le louche Michaelson, devenu le regrettable réceptacle d'une vie misérable au service de l'ordre : "Qui je suis ? Un petit homme de rien du tout qui a passé sa vie à traquer des hommes de votre genre. [...] Aujourd'hui les pauvres qui vous ont enrichi vont gagner. Crève ordure. Pan !". Fin de l'aparté politique.

« Too much is not enough » ainsi pour être aussi la devise de cet Ultime combat. Outrancier par sa violence, le film provoque néanmoins paradoxalement des rires tant les situations confinent au ridicule (après les mercenaires armés, il faut voir Danton s'attaquer seul contre un char). A apprécier davantage pour son style cartoonesque involontaire (la capacité du héros à se relever des nombreuses explosions de grenades ou l'incapacité des vilains à le toucher à bout portant!) que pour sa bêtise crasse, les dialogues et le casting faisant le reste, ce long métrage prend rapidement des allures de grand mauvais film sympathique. Dans son rôle de héros guerrier crypto-gay au look improbable (3), Ted Prior donne une performance qui marquera longtemps les esprits, à l'image de son affrontement final contre le vil Thornton. Le rôle d'une vie en quelque sorte.

CULTE

http://www.therockyhorrorcriticshow.com/2015/09/ultime-combat-deadly-prey-david-prior.html

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