Traduire la confusion et l'excitation d'un amoureux inapproprié

Avis sur Un Cottage dans le Dartmoor

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Le muet l'a emporté définitivement au cinéma dès 1930-1931. A Cottage on Dartmoor (muni d'un accompagnement jazz depuis 2016 et déjà pourvu de quelques passages sonores à sa seconde sortie en 1930 – pour la scène de mise en abyme) fait partie des derniers fiers résistants, mobilisant de grosses ressources créatrices et clamant son rejet du nouveau (et fatal) progrès. Le scénario est simple, assez 'pulp' et rien de ce que raconte le film n'est original ou mémorable. Pourtant il sait produire de fortes impressions et peut marquer les esprits, relativement à l'état des lieux en 1929.

En cause, la splendeur technique (photo sublime, montage complexe et abondant, travellings avants et autres mouvements amples) et les initiatives dans la narration. La mise en scène ajoute des petites intrigues emmêlées du quotidien, ausculte le milieu 'esthétique' (les protagonistes se retrouvent autour d'un salon de manucure). Le récit est forgé au travers d'un empilement de flash-backs, dans lesquels s'insèrent des rafales de flashs, vécus ou abstraits, instantanés ou en série (par exemple cette scène où Joe rase son adversaire).

Plus préoccupé d'expérimentations que d'épaisseur, le film multiplie les détours, les tableaux intenses et soudains, les pics expressifs. La fille, Sally, entretient une attitude bizarre vis-à-vis de son collègue et éventuel amant. Il y a des mystères dans la relation, voire dans la réalité objective, sinon carrément la nature de ce qu'on voit. Les liens du trio eux-mêmes sont contradictoires. Défendables sur le papier et sûrement cohérents dans le cadre de ces péripéties, ils sont pollués par un certain flou psychologique, qui est probablement l'effet le plus voyant des turpitudes du projet artistique.

L'évocation du parlant se concentre autour d'une séance mystère. Pendant cette longue séquence (onze minutes – avec quelques souvenirs et fantasmes de Joe en guise de récréation), le spectateur d'Un cottage ne peut que contempler les spectateurs face à leur écran. Il constate leurs visages, soupçonne leurs tensions, refabrique le film projeté à travers eux ; un opus grave ou plombant manifestement (au moins plus agaçant qu'amusant), dès que le son est venu couper la douce euphorie dans la salle. Ainsi se joue le procès du parlant, accusé de désacraliser les charmes et la magie du septième art.

Ce quatrième et dernier film muet d'Anthony Asquith est son premier grand 'coup', deux ans après s'être lancé via Shooting Stars, déjà témoin de ses audaces formelles et de sa distance. Connu des cinéphiles pour Browning Version et Pygmalion, il est devenu un des 'grands' réalisateurs britanniques d'avant-guerre, derrière Hitchcock et Michael Powell en termes de reconnaissance et de passage à la postérité.

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