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Un cœur en hiver par abarguillet

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Amis de longue date, Maxime et Stéphane sont devenus luthiers et se sont associés. Le premier, souriant et volubile, s'occupe des clients, tandis que le second, introverti et taciturne, semble ne vivre que pour la sonorité de ses violons. Maxime lui présente l'une de leurs clientes, Camille, une virtuose de l'archet. Le temps passant, Camille découvre que l'attitude manifestement distante de Stéphane cache mal l'extrême intérêt qu'il porte à sa carrière et le trouble qui l'envahit en sa présence. Quelque chose qui ressemble à une séduction froide se glisse entre les deux jeunes gens, sous l'oeil inquiet de Maxime, épris de Camille

Sur ce scénario d’une froide rigueur, Sautet nous offre l’un de ses films les plus mystérieux, les plus bergmanien, l’histoire d’un homme qui, contrairement à son ami, ne sera jamais touché par la grâce, parce qu’en lui quelque chose se refuse à la vie et à l’amour. L’amour, il le consacre à son métier de luthier, à la beauté des notes qui sortiront des violons qu’il répare ou construit de ses mains. Le son est pour lui la seule poésie amoureuse qui séduit son cœur. Grand professionnel, il est un piètre ami et visiblement un amant incapable de se donner et de s’abandonner. Est-ce parce qu’il ne s’aime pas, est-ce parce qu’il est incapable d’aimer les autres, de sortir de ce confortable abri dans lequel se réfugient son orgueil et son indifférence ? Néanmoins, il semble que le talent de Camille le touche, il se plaît à l’écouter jouer mais, apparemment, cela lui suffit, alors que la jeune femme va se brûler les ailes en se jetant à son cou et en lui avouant ses sentiments, scène dont elle sortira profondément humiliée et honteuse et brûlure qui l'anéantira un moment mais dont elle guérira en se consacrant exclusivement à sa carrière de musicienne.

D’une extrême simplicité de narration, ce film touche par le jeu subtil des acteurs, Daniel Auteuil dans le rôle de Stéphane et André Dussollier dans celui de Maxime, la beauté grave et la grâce d’Emmanuelle Béart, la musique de Maurice Ravel, l’imagerie douce et lent, le climat de cet hiver intérieur où se consument les cœurs. Une œuvre sobre, d’une beauté lasse, comme détachée de la vraie vie et absorbée par l’art qui, tour à tour, exalte et blesse en raison de la distance qu’il impose parfois à la vie.

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