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Avis sur Un condamné à mort s'est échappé

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En janvier 1954, le jeune rédacteur des Cahiers du Cinéma François Truffaut publiait son célèbre article pamphlétaire sur les dérives d'une certaine tendance du cinéma français qui annonçait déjà la politique des auteurs. En effet, il opposait les artisans de la « qualité française » comme Autant-Lara aux artistes tels que Renoir ou Ophüls, garants d'une cohérence thématique et esthétique, expression de leur intériorité d'auteur.

Parmi les cinéastes défendus dans le texte de Truffaut figure Robert Bresson, certainement le cinéaste français de l'époque le plus radical mais aussi le plus moderne, annonciateur des mutations que le cinéma français connaîtra à la fin des années 50. Ainsi, l'apport de la Nouvelle vague, portée par un discours théorique novateur provenant des critiques-cinéastes de la revu d'André Bazin ne fait pas table rase du passé et ne s'appuie pas que sur la modernité italienne et américaine de l'après-guerre comme beaucoup d'historien semblent l'affirmer. On peut en effet déceler chez Robert Bresson une préfiguration ainsi qu'une radicalisation de la notion d'auteur tel que l'entend Truffaut en 1954. Jamais, de fait, chez aucun cinéaste, pas même chez Renoir, cher aux Cahiers, un tel ascétisme esthétique, d'une attention quasi obsessionnelle pour les même motifs n'avait vu le jour dans le paysage cinématographique français. Ce que proposait Bresson, notamment à travers Journal d'un curée de campagne en 1951, adapté du roman de Bernanos, puis avec Un Condamné à mort s'est échappé, inspiré du récit autobiographique d'André Devigny allait durablement marqué du sceau de la modernité le cinéma français.

Mais qu'est ce qui fait de Robert Bresson un cinéaste si unique par rapport aux auteurs qui lui sont contemporains ? Cette spécificité ne résiderait-elle pas justement dans sa manière de représenter le réel ? Intéressons nous à Un Condamnée à mort s'est échappé sorti en 1956, œuvre matricielle concentrant toutes les obsessions formelles du cinéaste qui se perpétueront tout au long de sa filmographie. La rigueur avec laquelle Bresson agence de nouveaux rapports d'image par le biais du montage dessine tout au long du film un nouveau rapport au monde qui préfigure pour le spectateur les expérimentations de la Nouvelle Vague au sens large et qui confirme l'importance du temps pour les cinéastes d'après guerre. Nous verrons donc comment la fragmentation du réel orchestrée par le montage est guidée par la subjectivité du personnage de Fontaine.

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