Quand un peuple retrouve la parole... un très joli film.

Avis sur Un divan à Tunis

Avatar Caroline Tosel Luciano
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Cette comédie fine et réussie nous entraîne dans la chaleur du monde méditerranéen, dans un Tunis pimenté et coloré. On sort de la projection revigoré et plein d’espoir en l’humanité. On découvre une Tunisie qui se réveille et se libère après le printemps arabe et la chute de la dictature Ben Ali.

Loin des attendus politiques et religieux sur le sujet, c’est à travers des destinées contrastées que Manèle Labidi Labbé exprime le retour à la vie d’un peuple, sa parole retrouvée. Son diplôme fraîchement obtenu à Paris, Selma revient dans son pays natal, poussée par le besoin viscéral de retrouver le terroir de ses origines. Fait iconoclaste dans ce contexte : elle y ouvre un cabinet de psychanalyste. Les personnages se révèlent à nous par petites touches, par des bribes échangées sur le divan, dans les bureaux ou dans la rue. Une galerie de petites gens bien plus perturbés qu’ils n’y paraissent : la propriétaire du salon de coiffure qui cache derrière sa féminité outrancière et ses airs de parvenue un profond mal-être, le boulanger qui ne peut s’empêcher d’exprimer son homosexualité et son attirance pour les sous-vêtements féminins, la jeune cousine n’aspirant qu’à partir pour la France... On découvre ainsi le pays qui reprend vie même si certains travers ont du mal à disparaître : une administration tellement inerte et corrompue qu’elle prête à sourire, une police qui a du mal à s’affranchir de ses mauvaises habitudes machistes et oppressantes... On remarque aussi d’amusants clins d’oeil au père Sigmund dont le portrait affublé d’une chéchia orne le cabinet de Selma. Si le regard de la réalisatrice se fait parfois gentiment moqueur, il est toujours tendre et juste.

Et puis, il y a Selma si belle et solitaire, implacable dans sa volonté de s’affirmer au monde. Magnifique Golshifteh Farahani. Des parents dont l’absence est entourée de mystère aux relents dramatiques. Une histoire d’amour qui reste au stade du possible. Salma nous guide dans la découverte de son pays mais se dévoile peu. Sans doute un choix de scénario pour ne pas sombrer dans le récit autobiographique.

Un film sensible, émouvant, drôle, vrai... Un cinéma qui suggère, immerge, ne juge pas et nous offre une bien jolie façon de voyager et d’appréhender l’histoire. A voir.

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