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Un homme dans la foule

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août 2009:

Je ne suis plus où j'ai vu Patricia Neal pour la dernière fois. Ma mémoire continue de me jouer des tours. Un film noir sans doute. Découverte dans Le jour où la terre s'arrêta, sa prestation dans ce film confirme tout le bien que je pensais d'elle : belle et du talent à revendre. Il n'y a guère que sur une scène (dans le bar avec Matthau) où il m'a semblé qu'elle chargeait un peu la mule. Je conçois que commencer une chronique de ce film en évoquant l'actrice principale est une injure faite aux scénario et à la construction méticuleuse et efficiente d'une histoire parfaitement huilée. Maisl il arrive parfois que la raison, la réflexion me fassent défaut, que je prenne ma critique par le petit bout de la lorgnette.

Soit! Continuons donc avec les comédiens. Je vais dire deux mots sur Walter Matthau, sans doute des banalités. Cela fait drôle de le voir si jeune, si fringant et fluet. Déjà pointent sous les lunettes, l'épaisseur de ses futurs personnages, surtout l'espèce de morgue railleuse et finaude qu'on lui connait, une sorte de personnalité ursidée qu'il ne pourra jamais vraiment faire oublier... et tant mieux!

Cependant ce film est avant tout une réelle et brillante performance d'un acteur que je ne connaissais que de nom. Le nom de Matlock me disait bien quelque chose mais j'avais oublié sa tête de "vieux". Aussi le physique d'Andy Griffith m'est-il apparu familier d'emblée sans pour autant que je parvienne à en définir la raison. D'abord une voix, benue du fin fond du coffre, l'acteur rie à gorge déployée pour mieux cacher sa face qui n'est pas in the crowd mais bien enfouie pour berner son monde. Personnage à double facette, très complexe à jouer, mais Griffith réussit à maintenir un joli niveau de performance.

Bien maintenant venons-en au crucial, au prépondérant de l'affaire, à ce qui rend le film indispensable à voir : le scénario. Budd Schulberg frappe très fort avec un sujet coup de poing sur la démagogie et le cynisme au service du profit et de la réussite comme on dit. Entre Poujade et Sarkozy, un quidam à gouaille se découvre des talents d'orateur. Il fait plaisir, brosse le public auditeur dans le sens du poil. D'aspect frustre et grossier, le personnage véhicule un idéal politiquement correct, flagorne la masse en houspillant quelque peu les patrons. Ce lécheur de boules comprend d'instinct le pouvoir des mass-media sur l'opinion. Mais sa démesure le perd. Le conte se veut moral évidemment. Bien entendu dans la vraie vie les mêmes personnages ne sont pas assez cons pour se dévoiler à l'antenne, malheureusement. Et surtout ils savent rester à leur place : Séguéla, à ce que je sache, n'a jamais entrepris une carrière politique. Ah, si! Berlusconi l'a fait. Reste que le scénariste décortique avec une finesse d'observation et d'écriture rarements égalée les méthodes, les processus de pensée qui aujourd'hui encore continuent de façonner le discours de tant de politiques tout entiers dans les mots de leurs chargés de communication. Quand l'apparat prévaut sur le fond.

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