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Un homme est passé par Alligator

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Très belle oeuvre, tendue, colorée.
Sturges installe un huis-clos pesant, une prison en plein désert. Les montagnes environnantes qui telles des murs immenses imposent aux personnages l'immobilité ou l'horizon vaste, sans fin, une cage à l'air libre ou bien encore la voûte céleste qui trône sur les têtes comme un plafond haut mais stable et indépassable.

Les éléments naturels ne sont pas les seuls à dresser des barrières et des obstacles dans les pieds de cet étrange vieux bonhomme. En noir, il se détache, il détonne, il frappe les habitants de ce patelin paumé. Indésirable, la mouche sur le lait, semblant porter le deuil... de qui au juste?
Un homme mystère, estropié, lutin étrange, à la démarche assurée, trop assurée pour ne pas ébranler les certitudes des habitants, assises sur une peur mal enfouie.

Dans le rôle du chien dans un jeu de quilles, Spencer Tracy éclabousse de sa grande classe le superbe cinémascope. Sans gros plan, les comédiens élaborent un spectacle à l'intensité jouissive.

Sturges fait peser les silences. Le montage excelle à faire monter la pression. Le scénario est aux petits oignons et ne révèle qu'avec parcimonie ses éléments constitutifs. On savoure.

Ryan encore une fois drapé dans un rôle de malade mental laisse planer longtemps un doute sur sa vilenie et sa perversité. Le récit est agrémenté de personnages secondaires au choix pittoresques ou pathétiques, mais campés par de très bons comédiens. Je pense à l'éternel Brennan bien entendu, à Jagger également ou encore Borgnine le toujours admirable dans un rôle de salopard, et que dire de l'énigmatique Lee Marvin?

En somme un authentique western vieillissant, entre train perdu et jeep déchue. Casting monumental pour décors tout aussi démesuré faisant peser mille doutes, mille angoisses et mystères, mille âmes perdues. Du très grand Sturges.

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