Devenir Gris

Avis sur Un homme qui dort

Avatar Matthew_Horne
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Alors c'est l'histoire d'un gars qu'on croirait sorti d'un groupe de post-punk qui s'emmerde dans tout paname pendant 1h17 avec une nana qui lit le texte éponyme de George Perec (aka ce virtuose qui s'est amusé à écrire un bouquin de 300 pages sans la lettre "e"). Voilà.

Non je rigole, évidemment Un Homme Qui Dort, sur le plan strictement scénaristique, et sur sa forme, on pourrait croire que ça vaut que dalle, que c'est du vent, et je comprends qu'on trouve ça indigeste. Ça filme la banalité, le quotidien, la redondance, la léthargie, c'est la légèreté qui est filmée mais avec une grande gravité. Car oui, c'est précisément cette insistance sur la monotonie du quotidien couplée à la solitude et la dépression. C'est pas mal filmé d'ailleurs, ça cumule plans très rapprochés comme très larges, on sent la solitude écrasante comme l'immensité vertigineuse de la ville qui vaut pas mieux. Y a pas mal d'isophélies qui passent assez bien en noir et blanc même si ça peut paraitre facile pour symboliser l'aliénation.
Il y a une alchimie qui parvient à fonctionner entre ces images accumulées et la narratrice qui nous flanque le texte en plein visage. D'un coté ces représentations froides et cliniques d'un monde et d'un protagoniste pourtant désincarnés, presque spectraux (c'est là que le format 4:3, le N&B et la photo' qui vire du banal à l'obscur font leur effet), de l'autre, cette littérarité d'une autre œuvre qui s'incruste dans

Un Homme qui Dort, ce n'est pas Les Temps Modernes sauce bobo post-68, ce n'est pas une critique des méfaits de la ville, c'est simplement une œuvre qui gravit les échelons de la noirceur, une progression convaincante de l'ennui vers une exagération. Le personnage qu'on suit peut paraitre creux, mais sa déshumanisation rend le propos d'autant plus fort, on le résume à ces gestes, ces actes, à cette non-vie apathique, il n'est plus l'Homme mais ce que l'Homme doit faire pour croire qu'il existe. D'une certaine façon, on découvre l'animalité de nos sociétés dites "civilisées", à travers la mise en place d'un système culturel reposant sur le matériel

On peut ou pas se tristement reconnaitre à travers lui, une chose est sure, ça dépeint et décrypte assez finement ces détails comme ces grandes lignes de la morosité urbaine.
Cela dit, au bout d'un moment, la forme sisyphienne du film qui est à l'image de son fond se mord la queue et en ce qui me concerne, j'ai commencé à décrocher une vingtaine de minutes avant la fin. On se retrouve là face à une expérience, une crescendo de désillusion à vivre (qui n'est pas vide de réflexions quand même) plutôt qu'une construction filmique traditionnelle. C'est peut être ce qui m'a gêné au bout d'un moment, en tout cas le concept est bon, et pour peu qu'on adhère à cette promiscuité instiguée avec le spectateur, Un Homme qui Dort s'avère prenant.

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