Il sort enfin des radars pour atterrir en salles européennes. Le rendez-vous n’est plus à l’heure de la rédemption, car il faudra sortir de toute la pression médiatique et morale qui entoure le réalisateur pour se satisfaire du résultat. Ce Woody Allen revient donc de loin, car sa dernière tentative avec « Wonder Wheel » n’était, hélas, pas à la hauteur des attentes. C’est avec une grande malice et un incontestable amour pour le Manhattan romantique qu’il nous ramène plus ou moins à bon port. En y ajoutant une charmante touche juvénile, il peut se concentrer sur son style d’écriture, si fluide et si frustrant dans son développement. Là où il y a débat, il y a matière à discuter de cette morale ou de ces émotions, inquantifiables et éphémères.


Les personnages névrosés ne manquent pas et Allen s’en sert de nouveau avec une grande finesse. Le statut d’étudiants est toujours une période confuse, mais pleine de joie par moment. Gatsby (Timothée Chalamet) et Ashleigh (Elle Fanning) en font les frais. L’un est un gentleman passionné et attentionné, tandis que la seconde est candide et ouverte. Mais de leur relation, naît une distance invisible qui les condamne presque dès les premières minutes. Que ce soit dans le dialogue ou un cadrage stable, ces tourtereaux auront bien des soucis à se faire, une fois émancipée de leur souffrance. Vient alors l’heure de la rébellion, dans la ville des promesses et des désirs. Chacun s’interroge sur leur identité et leur motivation, mais à très peu de moment, nous ne sentirons la flamme de la cohésion. Ce film préférera s’attarder sur la collision des cris de haine et des chocs des larmes, confondus avec une pluie battante, mais tranquille, comme s’il fallait les accepter et tourner la page.


Dans une ambiance smooth-jazz, ces derniers vont écumer rues, hôtels, studios et parcs, à la recherche de quelque chose qui leur manque. Ashleigh, seule face aux hommes, fait preuve d’une grande insouciance, pour ne pas parler de sincérité. Liev Schreiber lui tend un discours dépressif, ce qui justifie la noirceur et l’aura négative qui l’entoure. Puis, Jude Law débarque pour insérer une confusion auprès d’une Rebecca Hall en proie à la spontanéité. Enfin, c’est Diego Luna qui vient conclure la caricature du nouvel Hollywood, extravagant et sans modération. Quant à Gatsby, les femmes lui tomberont dessus afin de servir son caractère naïf, allant d’une future belle-sœur gênante à une mère conservatrice, mais protectrice. Son dilemme est plus nuancé, car on prend le temps de décortiquer son enfance. La présence de Selena Gomez confirme les intentions du metteur en scène, qui ne la prive pas d’atteindre une certaine complexité.


La ballade psychanalytique et les rencontres impromptues font de « Un Jour de pluie à New York », une belle comédie romantique, avec son lot de nuances. Allen montre qu’il est encore possible de faire du neuf avec des jeunes et cette note d’intention correspond à une belle lettre de révérence. Certains pourront voir une sorte de synthèse sur ce que ses précédentes œuvres sont pu raconter, mais d’autres préféreront garder un soupçon de mystère derrière les rouages d’une relation sentimentale, inégal et éphémère. De plus, on renoue avec le tourment de femmes dépendantes, pour mieux appuyer la notion d’émancipation, tout comme les douces claques à la classe aisée ou encore aux journalistes pulpeux. On alterne prudence et désenchantement, dans une quête adipique, mais qui vaut le détour. La ville finit par prendre le dessus sur ses personnages, torturés par des désirs incompatibles avec leur moitié, si tenté qu’ils soient palpables.

cinememories
7
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