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Avis sur Un jour sans fin

Avatar Oka Liptus
Critique publiée par le

Einstein s'était peut être douté, un jour, que ses théories de la relativité restreinte et générale seraient détournées follement pour produire des œuvres artistiques et culturelles.

En partant d'un principe fantastique temporel et régénérateur, Harold Ramis réalise un exploit malin, qui utilise le postulat d'un jour qui se répète en boucle pour engendrer des questions existentielles sur la routine, les remises en cause difficiles, l’évolution personnelle, la difficulté de devenir une version améliorée de soi-même au jour le jour, ou le fait de s'adapter aux événements et aux autres le tout dans un univers féerique et délicieux aux multiples personnages singuliers.

"Régénérateur" ? Oui, car en revivant le même jour plusieurs fois, le réalisateur permet à Bill Murray de dévoiler plusieurs facettes foisonnantes et progressives de son personnage qui doit s'adapter à une dimension du temps qui peut rendre fou. Cette matrice devient atypique : les protagonistes se transforment et se modifient durant le même jour selon les agissements du personnage principal.

De cette boucle répétée, le film pose déjà facilement - à tout un chacun - la question du train-train dans l'absolu, en visant le spectateur sur les habitudes sociales, les attitudes professionnelles robotisées, le manque d'évolution identitaire et les relatives de prises de risque.

Le postulat spirituel du film repose sur cette idée carrée : si être cynique est agréable, ce n'est qu'une protection sociale artificiellement confortable, qui ne donne pas accès à la jubilation de la vie... Il existe une différence philosophique entre le plaisir d'une part (chose immédiate mais éphémère) et le bonheur d'autre part (état à long terme, consolidant la bienveillance et le savoir-être.)

"Un jour sans fin", son principe, l'idée fantastique même du film se base – et mieux – remplace la médecine liée à la psychothérapie. Ici, elle est surnaturelle. La boucle temporelle est une thérapie en tant que telle. Rien n'explique cette distorsion du temps. Le Karma ? Dieu ? Son but est en tout cas de faire émerger le bon fond du personnage de Phil Connor – peut être car il en vaut le coup. Sa journée en définitive est-elle une prison ou une bénédiction ?

Ce dernier devient l’horloge vivante qui connait autant que faire se peu chaque seconde de ce qui se produit dans sa journée répétée. A l'intérieur de son microcosme, ce héros finit par pouvoir anticiper tout ou presque de sa boucle routinière, ce qui lui laisse le temps de se remettre en cause et de provoquer une performance d'acteur où l'objectif est de jouer et interpréter une variété graduelle de personnages de lui-même. Si vous avez connu la série "Demain à la une", l'approche surnaturelle est similaire en ce sens où, à travers une astuce fantaisiste, on peut connaitre à l'avance les agréments et tragédies potentielles qui se confrontent en une journée (pour "'Un jour sans fin") et des journées (pour la série "Demain à la une".)

En tant que personnage de cinéma, Bull Murray tient un pouvoir : devenir un super héros. En connaissant par avance les aléas de la même journée, il a le potentiel, si la volonté est là, d'aider ses prochains.

Par ailleurs, sur la base d'un besoin romantique unique (sortir avec Andy Macdowell, probablement à son apogée) le film utilise d'une manière plus que logique et évidente, le comique de répétition (le jour se répète, quoi de plus opportun que de bénéficier de cet exercice filmique?) Bill Muray apprendra tout d'elle afin d'arriver à ses fins. Les réajustements journaliers de la part du héro seront alors hilarantes de mauvaises foi.

A cet égard, le radio réveil représente un personnage à lui tout seul, avec sa musique initialement féerique, puis de plus en plus accablante et qui fait tourner le film en tragédie.

Durant son aventure intérieure, le héro sera suicidaire, malgré la réalisation douce et cynique. Même en devenant un héro, il se rendra compte qu'il ne peut pas tout faire. La scène avec une personne âgée mourante est déchirante.

Puis vient ce Bill Murray émancipé et lucide, qui choisira ses priorités pour devenir meilleur. Le schéma devient alors celui d'un classique hollywoodien de noël - en restant singulier. Le film a cette grâce de Frank Capra en terme de films des périodes d'hivers, avec son jazz US et ses scènes utopiques ou Bill Murray sait jouer du piano ou sculpter de la glace.

Bienvenue dans une comédie romantique à la fois fantasque, fantastique et doucereusement surnaturelle.

Non, votre dvd n'est pas rayé, il s'agit juste de la magie d'Un jour sans fin qui s'opère.

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