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Un merveilleux dimanche par Le Blog Du Cinéma

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UN MERVEILLEUX DIMANCHE est l’un des quatre films inédits d’Akira Kurosawa, à enfin paraître en vidéo (remasterisée par Wild Side) le 28 octobre 2015. On y suit pendant une journée entière, un couple: Masako et Yuso.

Leur objectif: trouver de quoi occuper – et pourquoi pas rendre merveilleux, ce fameux dimanche… Avec seulement 35 yens en poche. Il y a dans ce postulat d’une épure folle, une promesse d’inventivité, de débrouillardise et de renouvellement qui correspond pleinement à l’esprit du film, tout comme à la mise en scène de Kurosawa, ou à la réalité des deux protagonistes. Le romantisme n’est par exemple, pas vraiment ce qui intéresse le cinéaste dans ce couple. Il cherche plutôt, à capter leurs personnalités, leurs humeurs, leurs rêves ou leurs sentiments à travers leurs différentes interactions; celles avec la société Tokyoïte, ou simplement celles qu’ils entretiennent l’un envers l’autre. Kurosawa nous propose ainsi un film très élastique et imprévisible pour illustrer cette relation. Tant dans son rythme, que par les émotions qui y filtrent. UN MERVEILLEUX DIMANCHE se construit dans ce grand écart entre moments tristes et joyeux, entre comédie burlesque et tragédie hardcore… Entre longs moments contemplatifs/introspectifs… Et péripéties contextuelles en série; Entre poésie de l’instant… Et réalisme blafard d’un Tokyo en reconstruction; Entre l’exploration d’un couple japonais … Et une virée dans l’intime d’une ville.

S’il y a une seule chose vraiment constante dans UN MERVEILLEUX DIMANCHE, c’est ce souci du grand écart entre chaque scène. Kurosawa façonne par tout cela une « histoire d’amour » hybride, à la fois très crédible par cette attention toute particulière aux choses du quotidien, mais également très cinématographique par l’aspect conte poétique qu’elle prend par moments.

Comme souvent chez Kurosawa, le récit, l’image (mouvements des corps devant la caméra, mouvements de caméra, composition du cadre), son (musiques et bruitages, fantastiquement adaptés aux situations et à l’humeur des personnages), ou encore acteurs (l’optimiste/Masako/Chieko Nakakita et le pessimiste/Yuzo/Isao Numasaki), fusionnent pour créer cette succession de scènes fascinantes, construites chacune autour du contraste entre deux tonalités distinctes. Il y a ainsi une liberté de ton et une imprévisibilité de la mise en situation qui donne au film un charme indéniable. Jusqu’à même, cette volonté de transformer UN MERVEILLEUX DIMANCHE en feel good movie, par l’inclusion du spectateur dans le processus narratif (une surprise formelle vraiment couillue). La somme de ces qualités en est aussi son défaut: à l’instar des films de la Nouvelle Vague, il est nécessaire d’être sensible à l’absence d’enjeux au sein d’un film, mais également d’accepter l’hétérogénéité très stimulante de la mise en scène.

Puis il y a ces éléments fondamentaux pour la réussite du film: les contextes sociaux et intimes. Le Tokyo de 1947 dans lequel évoluent les personnages porte encore les subtils stigmates de la guerre. Il y a par exemple cette « inflation » qui rend le peuple globalement pauvre – un environnement où la débrouillardise est synonyme d’opportunisme et d’exploitation de l’autre, illustration d’un capitalisme qui commence à corrompre les valeurs d’honneur et de morale typiquement japonaises (nous en parlons plus en détail dans notre critique du Cimetière de la morale ou dans celle de Yojimbo. Il y a aussi ces quelques ruines, propices au rêve comme à la déchéance… Puis il y a cette relation ou quelque chose est brisé sans que l’on se dise jamais quoi.
Kurosawa ausculte, par les déambulations de ces deux êtres, de nombreuses choses graves et profondes. On reconnait un peu dans UN MERVEILLEUX DIMANCHE, le Scorsese de Taxi Driver (ou celui du méconnu After Hours)… Dans cette façon de capter l’âme d’une ville et d’une époque à travers l’aléatoire et l’imprévisible, les contrastes, les micros enjeux, les moments en apesanteur.

Après le film de propagande contaminé par les obsessions humanistes du cinéaste Le plus Dignement, l’ersatz du divertissement made in Kurosawa situé en Japon féodal Qui marche sur la queue du tigre.., l’intense triangle amoureux inscrit dans un contexte politique fort (la période 1933-1945) Je ne regrette rien de ma jeunesse… Akira Kurosawa, nous propose cette fois, avec ce MERVEILLEUX DIMANCHE, de regarder le japon d’après guerre dans le blanc des yeux, tout en nous racontant l’histoire touchante et poétique d’un homme et d’une femme.

Chroniqué dans le cadre d’une rétrospective consacrée à Akira Kurosawa par le festival Lumière 2015. critique issue du Blog du Cinéma

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