La très supportable légèreté de la mort

Avis sur Un petit boulot

Avatar Anne Schneider
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Pour son dernier opus - film posthume, donc, puisque Pascal Chaumeil a été emporté à 54 ans, l'an dernier, par un cancer -, le réalisateur de "L'Arnacœur" s'est offert le plaisir de retrouver Romain Duris, toujours prêt à proposer ses services, non plus en briseur professionnel de couples, ici, mais en tueur à gages amateur poussé par la nécessité, mais peu à peu tellement séduit par ce nouvel exercice qu'il va consentir à enchaîner les contrats, avec un professionnalisme décroissant...

Le ton est vif, le rythme alerte, et Romain Duris, barbu et chevelu, porte avec brio, sur sa silhouette menue, tout le poids du film. Avec une démarche de baroudeur, d'abord furieux de son état de chômeur, puis exaspéré par les abus auxquels s'autorise sur ses employés la grande firme auprès de laquelle il a trouvé du travail, il emmène la narration de la satire sociale initiale vers une espagnolade finale qui déchaîne le rire. Quel que soit le rôle qui lui est confié, son naturel est confondant, ce qui ne l'empêche pas de maintenir simultanément une forme de distance constante avec ce personnage ; mais l'interstice est si mince que l'on ne saurait dire s'il passe entre l'acteur R. Duris et son personnage ou entre différentes facettes de ce même personnage, comme si celui-ci n'en finissait pas de se demander quel rôle l'intrigue prétend lui faire jouer ; légère étrangeté à soi-même qui, sans doute, nous le rend si proche...

Lui donnent la réplique une série d'acteurs qui semblent emportés dans ce plaisir du jeu : Michel Blanc, en mafieux aussi véreux que craintif, aussi froid que soudainement sentimental ; le réalisateur, ici acteur Gustave Kervern, en collègue aussi scrupuleux qu'inquiet, guetté par la dépression mais sauvé par son sens de la camaraderie ; Alex Lutz, en inspecteur du travail exaspérant à souhait ; deux personnages secondaires, chargés d'ancrer l'action dans le territoire belge où elle est censée se dérouler, territoire décalé par excellence : Thomas Mustin et Philippe Grand'Henry, deux dégaines si peu hollywoodiennes que l'on n'est pas près de les oublier...

Tout ce joli monde semble avoir permis à son créateur, qui a réussi à parachever le travail sur le film jusqu'à sa post-production, de passer de vie à trépas dans un éclat de rire, fauché en plein vol à l'image des premières exécutions assurées par Romain Duris, les plus virtuoses de la série.

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