« Mais laissez donc parler Robert Pierre ! »

Avis sur Un peuple et son roi

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Tiens ! Un film sur la Révolution française ! Mais quelle riche idée ! S’il y a bien un événement historique qui mérite depuis des décennies d’être traité par le cinéma, c’est bien celui-là. Quand on pense à la densité de péripéties, de retournements de situation, et surtout d’enseignements politiques, sociaux et humains qui sont contenus sur une période aussi courte, ç’en est même hallucinant qu’encore aujourd’hui on doive se contenter du pauvre « Danton » d'Andrzej Wajda ou bien encore de cette purge interplanétaire que fut cette commande pour le bicentenaire de la Révolution : le diptyque « Les années Lumière / Les années terribles » ! C’est donc non sans une réelle curiosité que je suis allé voir ce « Un peuple et son roi ». Même si le projet était porté par des pontes d’un cinéma français bien classique et ronflant, il y avait quand même fort à espérer pour que Pierre Schoeller ne tombe pas aussi bas que Robert Enrico et Richard Heffron trente ans avant lui. C’est qu’en trois décennies, on a le temps d’apprendre des erreurs du passé ! Non ? …Eh bien à croire que non. Car – accrochez-vous bien – je pense qu’on peut aisément dire que, non seulement Pierre Schoeller reproduit les erreurs du terrible diptyque, mais qu’en plus il les aggrave par une multitude de choix plus que désastreux. Parce que c’était quoi le problème du diptyque « Les années Lumière / les années terribles » ? Le problème c’était que les préoccupations en termes de reconstitution historiques l’avaient totalement emporté sur les préoccupations en termes d’efficacité narrative, si bien qu’on s’était retrouvé avec deux films incroyablement longs, verbeux, pompeux, et surtout dénués d’imagination. Chaque scène n’était là que pour que illustrer un événement de manière pathétiquement scolaire. Tout ceci avait des airs de pièce de théâtre du collège où chacun récitait les pages du manuel de 4e. Aucune chair. Aucune âme. Aucun intérêt. L’ennui puissance mille. Un ennui que les profs d’Histoire de l’époque nous passaient d’ailleurs avec plus ou moins de sadisme revendiqué, eux-mêmes ayant parfaitement conscience que ce film était non seulement une purge en termes de spectacle fictionnel, mais qu’il était en plus un échec total en termes de pédagogie. Or, la question que je me pose en sortant de ce « Roi et son peuple » c’est « est-ce que Pierre Schoeller a vu le diptyque maudit d’Enrico et Heffron avant de faire son film ? Parce que franchement, je ne vois vraiment pas comment on peut ainsi reproduire les mêmes erreurs sans s’en apercevoir. Ce n’est pas compliqué : aucun moment de ce film ne sonne vrai. On enchaine les longs tunnels de dialogues artificiels – quand ce ne sont pas des chansons ! (si si, je vous jure) – le tout sur un fond musical qui ne sait pas quoi souligner dans l’intrigue tellement celle-ci est plate et vaine. Ainsi se retrouve-t-on avec des nombreuses scènes en assemblée où le pugilat politique prend la forme d’une chambre immobile et silencieuse dans laquelle chacun attend tranquillement la phrase du précédent pour réciter son paragraphe de manuel scolaire. On se retrouve aussi avec des paysans de la campagne profonde discutant des décisions prises par la Constituante, énumérant leurs prises de décision et débattant du droit des femmes à être citoyennes (moment d’authenticité garanti). Et puis encore, je pourrais vous citer toute une autre flopée de moments gênants comme celui-ci : la récitation de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen sur fond de Gaspard Ulliel en train de jouer avec un papillon ; Stéphane de Groot déguisé en prêtre jureur qui fait un prêche pro-révolutionnaire avec l’accord et la joie unanime de la population ; Louis XVI réveillé dans son sommeil par le fantôme de Louis XIV lui demandant ce que le premier a bien pu oser faire du royaume que le second lui avait légué (je vous jure) !. Entre comédie musicale foireuse faisant passer « Les misérables » pour « West Side Story » et longues scènes de théâtre malaisantes qui nous font réévaluer positivement l’écriture du scénario de la dernière pièce de l’école voisine, ce film surprend à chaque instant par son incroyable capacité à faire tous les mauvais choix possibles et imaginables. Personnellement, je trouve assez hallucinant qu’on ait pu confier autant de comédiens de renoms – et surtout autant d’argent – à quelqu’un qui démontre à chaque seconde que non seulement il ne sait pas voir ce qu’il y a d’intéressant dans la Révolution française, mais qui en plus a l’air de ne pas comprendre non plus comment fonctionne une fiction et le cinéma en général. Ainsi, sur un film de deux heures, Pierre Schoeller semble n’avoir eu que pour seule ambition celle de glisser ça et là quelques symboliques dont il sera sûrement le seul à voir la pertinence (les volets de la galerie des glaces qu’on ferme comme le signe de la fin d’une monarchie, un cheval que le peuple dompte dans la salle du manège, Louis XVI restant stoïque en signant les lettres patentes de la DDHC mais versant malgré tout une larme…) Non seulement en termes de reconstitution historique le film est bien plus contestable que le diptyque d’Enrico et Heffron, mais il n’arrive même pas pour autant à se faire moins chiant et pénible. En cela, Pierre Schoeller a réalisé là un objet filmique vraiment singulier et qu’il était difficile d’imaginer avant de l’avoir vu… Une belle catastrophe en somme. Une catastrophe qui, en plus, nous laisse à nouveau dans l’attente qu’un jour, on saura parler au cinéma de la Révolution française…

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