Joyeusement dépressif

Avis sur Un pigeon perché sur une branche philosophait...

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Je suis content de savoir que vous allez bien.
Je suis content de savoir que vous allez bien.
Je suis content de savoir que vous allez bien.

Un pistolet dans la main seul dans un bureau, en pleurs sur le sol carrelé d’un couloir, en pyjama rose dans la cuisine d'un appartement d’une grande tour de béton, je suis content de savoir que vous allez bien.

Les personnages ne cessent de répéter ce refrain au téléphone comme des robots préprogrammés. Les personnages ne cessent de répéter ce refrain alors qu’ils font tout sauf aller bien. Les personnages ne cessent de répéter ce refrain d’une humanité aliénée, recroquevillée sur elle-même, qui veut s'efforcer de croire que tout va bien.

Pour son cinquième film en 45 ans, qui clôt sa trilogie des vivants, Roy Anderson revient avec sa vision dépressive d’une humanité qui se dirige droit vers l’apocalypse. Succession de 39 scènes, de 39 plans séquences, de 39 plans fixes oniriques, à la recherche du plan parfait.

39 scènes complètement figées, dans des lieux pales, grisâtres, mornes, morts dans lesquels évoluent des personnages pales, grisâtres, mornes, morts. Des morts-vivant dans un monde mortuaire. 39 scènes sur la banalité et la trivialité de la vie quotidienne, entrecoupées de quelques scènes plus surprenantes, plus abstraites, plus extrêmes où l’exceptionnel surgit de manière inattendu de l’absurdité de la vie de tous les jours. 39 scènes drôles, 39 scènes tristes aussi. Les scènes comiques sont résolument tragiques et les scènes tragiques résolument comiques. Emouvant. 39 scènes indépendantes mais complémentaires où l’on retrouve le goût prononcé du réalisateur suédois pour les vendeurs. Après un vendeur de réfrigérateurs et un vendeur de Crucifix, Un pigeon met en scène deux vendeurs de farces et attrapes dépressifs. Deux vendeurs qui veulent aider les gens à s’amuser mais qui semble porter toute la tristesse du monde sur leurs épaules. 39 scènes qui auraient pu être moins nombreuses. Le propos fini par s’épuiser, les scènes par se répéter, le film par s’essouffler.

38 scènes aux personnages fondamentalement tristes pour une scène spontanément joyeuse. Deux jeunes filles font des bulles sur un balcon, souriantes, rayonnantes de joie. Pures. L’innocence juvénile comme révélateur de la médiocrité des adultes. Encore. 45 ans après A Swedish Love Story.

Drôle à en pleurer de désespoir.

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