Dire merde c'est beau.

Avis sur Uncut Gems

Avatar Alexandre Rémond
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Les frères Safdie savent lâcher prise dans la chevauchée. Ici leur caméra granuleuse grimpe au visage d'un Adam Sandler méconnaissable de fureur et le tout fait voler encore plus haut ce cinéma de la marge.
Ici c'est moins une affaire de marginaux, de dernier de cordée que celle d'un rebu axiologique. L'antithèse de l'homme saint rêvé par les magazines feminins. On suit un véritable pervers au sens psychatrique en ce que notre héros semble réduire toute les relations humaines en rapport de pur objet, de pur satisfaction utilitaire. Du moins c'est ce qu'on croit voir au premier regard. J'aime les films qui savent retourner nos petites certitudes pour nous faire épouser un autre monde. Ici on finit par l'aimer ce pervers.
Il y a d'abord un homme perdu entre la maman et la putain. La volonté d'être père de famille, mari mais qui a encore le pied dans l'esprit de conquête de son adolescence. Le classique de la névrose masculine auquel personne ne pourra lui jeter la première pierre.
Il y a le pathos de l'escroc dans lequels on peut tous se retrouver.
Mais il y a surtout que le twist du dernier quart d'heure est une célébration de la jouissance. Notre rebu rejoue encore une fois sa vie dans un goût de la transgression ultime et assume de ne pas chercher à se comprendre, à se raisoner pour vivre le jeu pour le jeu. Il ne se soucie pas de l'argent au fond. Il veut exploser ses passions amoureuses, sportives et matérielles en un coup.
La beauté de l'humain est sa tombe. Il peut par pur liberté dire merde aux contingences, à la raison et la morale. Il peut dire merde à la vie s'il le veut.

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